Sarah

Cet article est planifié pour être publié dans la nuit du samedi au dimanche, soit dans la 25ème nuit du mois de Ramadhan. Ce dimanche était aussi la journée de la joie pour les catholiques. Lætare signifie « Réjouissez-vous ». C’est le premier mot du chant d’entrée du quatrième dimanche de carême. Et le plus important demeure ce qui n’est pas écrit ici.

Ces articles sont comme une grande enquête dont les indices s’éparpillent sur des milliers d’années, sur des milliers de kilomètres, et avec des milliers de témoins. Si un crime a été commis, il faut chercher les coupables. Si une victime a été oubliée, alors faisons revivre sa mémoire.

Il m’a semblé que l’article ‘Achreinu ne devait pas être surchargé comme le sont certains. Considérons donc que cet article a pour point de départ d’être une annexe afin de dérouler la suite de l’enquête. Commençons par quelques images. Celles qui sont communément appelés figurines piliers judéennes présentent un motif récurrent. Une photo se trouve en couverture. Il s’agit d’un buste de femme les mains portées sur la poitrine pour la mettre en avant. Le fait que le bas du corps, qui est la réelle origine de l’enfant porté, soit absent, laisse penser qu’il ne s’agit pas de célébrer la maternité. Mais il y a un autre détail typique de ces figurines: la coiffure. Généralement, lorsque l’on pense aux femmes de l’antiquité, on pense à un voile qui descend sur les épaules pour couvrir les cheveux. Ce qui fait dire que ces figurines ne sont pas la représentation d’une divinité est que les divinités sont d’avantage représentées avec des coiffes hautes. Ici, l’accent est clairement mis sur l’humilité. J’ai fini par trouver une coiffe similaire, à la même époque et très peu éloigné géographiquement: une lignée de prêtres égyptiens.

La chose saute aux yeux. Selon les données disponibles, ce type de coiffe, liée à ces prêtres, serait apparu durant la 18ème dynastie pour perdurer jusqu’à l’époque tardive égyptienne. A première vue, on pourrait croire que les femmes judéennes auraient emprunté cette coiffe aux prêtres égyptiens. Mais il est aussi tout à fait possible que ce soit l’inverse et que les origines de cette coiffe remonte à un temps bien plus reculé. En tous les cas, comme nous pouvons le constater, les égyptiens représentaient en statues leur prêtres, parfois statiques, parfois administrant le culte, mais il est certain qu’ils ne les adoraient pas. Les égyptiens n’étaient pas contraints par des règles monothéistes donc le problème n’est pas là. Y-a-t’il eu des dérives d’idolâtrie à l’égard des Ashérah des juives dans la période pré-exil? C’est tout à fait possible, mais ce n’était pas forcément la norme. Ce que tout cela m’inspire est une sorte de mouvement populaire de revendication portée par les femmes avant tout basé sur l’opposition au pouvoir centralisé du Temple. Il s’agissait avant tout de vénérer la mémoire d’une femme qui a posé une trace.  Dans un premier temps, on pourrait penser qu’il s’agisse de commémorer la mémoire de la soeur de Moïse. En tant que chantre à la cour de Pharaon, il serait assez logique que la coiffe typique soit empruntée. Mais il se trouve que le terme « Yah et son Ashérah » a été précédé sur la façade ouest du Levant par « El et son Athirat ».  La supposée parèdre Athirat est liée aux arbres, à la fertilité, et la fraternité. Un motif se dessine: celui d’une femme antique liée au Dieu Unique. Non pas en tant que divinité annexe, mais comme guide pour se diriger vers lui. Le mot ougarite sur la racine AThR exprime l’idée de trace, dans le sens de l’héritage laissée. Ce mot se retrouve, comme nous l’avons vu dans le précédent article, dans l’arabe dans le même sens que trace. Le sens s’étend à la marche, la guidée. Constatons que la traduction d’Asher par « En marche » est donc bien basé sur du concret. Les cananéens ont hérité de la mémoire d’une femme exceptionnelle. En mettant toutes les choses en perspective, notre enquête nous mène vers Sarah, la Matriarche, paix sur elle. Le passage le plus important la concernant est l’annonce qui lui est faite d’un fils né de ses entrailles. Ce passage est très complexe car il mêle une théophanie et l’apparition de trois envoyés par Dieu.

Genèse 17
Gn 17.1 Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel apparut à Abram, et lui dit: Je suis le Dieu tout puissant. Marche devant ma face, et sois intègre.
17.2 J’établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini.
17.3 Abram tomba sur sa face; et Dieu lui parla, en disant:
17.4 Voici mon alliance, que je fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations.
17.5 On ne t’appellera plus Abram; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations.
17.6 Je te rendrai fécond à l’infini, je ferai de toi des nations; et des rois sortiront de toi.
17.7 J’établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi.
17.8 Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu.
17.9 Dieu dit à Abraham: Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations.
17.10 C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi: tout mâle parmi vous sera circoncis.
17.11 Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous.
17.12 A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race.
17.13 On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d’argent; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle.
17.14 Un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple: il aura violé mon alliance.
17.15 Dieu dit à Abraham: Tu ne donneras plus à Saraï, ta femme, le nom de Saraï; mais son nom sera Sara.
17.16 Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils; je la bénirai, et elle deviendra des nations; des rois de peuples sortiront d’elle.
17.17 Abraham tomba sur sa face; il rit, et dit en son coeur: Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle?
17.18 Et Abraham dit à Dieu: Oh! qu’Ismaël vive devant ta face!
17.19 Dieu dit: Certainement Sara, ta femme, t’enfantera un fils; et tu l’appelleras du nom d’Isaac. J’établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui.
17.20 A l’égard d’Ismaël, je t’ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l’infini; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation.
17.21 J’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera à cette époque-ci de l’année prochaine.
17.22 Lorsqu’il eut achevé de lui parler, Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham.
17.23 Abraham prit Ismaël, son fils, tous ceux qui étaient nés dans sa maison et tous ceux qu’il avait acquis à prix d’argent, tous les mâles parmi les gens de la maison d’Abraham; et il les circoncit ce même jour, selon l’ordre que Dieu lui avait donné.
17.24 Abraham était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu’il fut circoncis.
17.25 Ismaël, son fils, était âgé de treize ans lorsqu’il fut circoncis.
17.26  Ce même jour, Abraham fut circoncis, ainsi qu’Ismaël, son fils.
17.27 Et tous les gens de sa maison, nés dans sa maison, ou acquis à prix d’argent des étrangers, furent circoncis avec lui.
Genèse 18
18.1 L’Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.
18.2 Il leva les yeux, et regarda: et voici, trois hommes étaient debout près de lui. Quand il les vit, il courut au-devant d’eux, depuis l’entrée de sa tente, et se prosterna en terre.
18.3 Et il dit: Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, loin de ton serviteur.
18.4 Permettez qu’on apporte un peu d’eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre.
18.5 J’irai prendre un morceau de pain, pour fortifier votre coeur; après quoi, vous continuerez votre route; car c’est pour cela que vous passez près de votre serviteur. Ils répondirent: Fais comme tu l’as dit.
18.6 Abraham alla promptement dans sa tente vers Sara, et il dit: Vite, trois mesures de fleur de farine, pétris, et fais des gâteaux.
18.7 Et Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon, et le donna à un serviteur, qui se hâta de l’apprêter.
18.8 Il prit encore de la crème et du lait, avec le veau qu’on avait apprêté, et il les mit devant eux. Il se tint lui-même à leurs côtés, sous l’arbre. Et ils mangèrent.
18.9 Alors ils lui dirent: Où est Sara, ta femme? Il répondit: Elle est là, dans la tente.
18.10 L’un d’entre eux dit: Je reviendrai vers toi à cette même époque; et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l’entrée de la tente, qui était derrière lui.
18.11 Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge: et Sara ne pouvait plus espérer avoir des enfants.
18.12 Elle rit en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux.
18.13 L’Éternel dit à Abraham: Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant: Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, moi qui suis vieille?
18.14 Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Éternel? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque; et Sara aura un fils.
18.15 Sara mentit, en disant: Je n’ai pas ri. Car elle eut peur. Mais il dit: Au contraire, tu as ri.
18.16 Ces hommes se levèrent pour partir, et ils regardèrent du côté de Sodome. Abraham alla avec eux, pour les accompagner.
18.17 Alors l’Éternel dit: Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire?…
18.18 Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre.
18.19 Car je l’ai choisi, afin qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, en pratiquant la droiture et la justice, et qu’ainsi l’Éternel accomplisse en faveur d’Abraham les promesses qu’il lui a faites.
18.20 Et l’Éternel dit: Le cri contre Sodome et Gomorrhe s’est accru, et leur péché est énorme.
18.21 C’est pourquoi je vais descendre, et je verrai s’ils ont agi entièrement selon le bruit venu jusqu’à moi; et si cela n’est pas, je le saurai.
18.22 Les hommes s’éloignèrent, et allèrent vers Sodome.

Dans le verset 18.3, Abraham, paix sur lui, s’adresse à l’un des hommes comme si il s’adressait au trio entier. C’est ainsi que je le comprends. Aucune trinité ici bien sur. Pour l’instant je conserve le passage où Abraham, paix sur lui, rit. Mais la question du rire est lié à Sarah, aussi ce passage semble extrapolé comme je le concluais dans un ancien article. En plus des passages grisés, j’ai choisi d’effacer la négociation. Dans le Coran, le récit est beaucoup plus simple. Le Créateur met fin immédiatement à toute négociation au sujet de la ville maudite. Ensuite on peut se dire que la théophanie consiste en une vision et que cette vision a pu avoir lieu pendant la visite des trois envoyés. Le verset 21 est une vision étrangère au monothéisme et n’a strictement aucune place dans le Livre.  Le verset 18.15 qui accuse Sarah de mensonge, est un mensonge introduit dans le texte.

Qu 11.69 Et Nos émissaires sont, certes, venus à Ibrahim  avec la bonne nouvelle, en disant: « Salâm ! » Il dit: « Salâm ! », et il ne tarda pas à apporter un veau rôti.
70 Puis, lorsqu’il vit que leurs mains ne l’approchaient pas, il fut pris de suspicion à leur égard et ressentit de la peur vis-à-vis d’eux. Ils dirent: «N’aie pas peur, nous sommes envoyés au peuple de Lut.»
71 Sa femme était debout, et elle rit alors; Nous lui annonçâmes donc (la naissance d’) Ishaq, et après Ishaq, Ya’qub.
72 Elle dit: « Malheur à moi ! Vais-je enfanter alors que je suis vieille et que mon mari, que voici, est un vieillard ? C’est là vraiment une chose étrange ! »
73 Ils dirent: « T’étonnes-tu de l’ordre d’Allah ? Que la miséricorde d’Allah et Ses bénédictions soient sur vous, gens de cette maison ! Il est vraiment, digne de louange et de glorification ! »
74 Lorsque l’effroi eut quitté Ibrahim et que la bonne nouvelle l’eut atteint, voilà qu’il discuta avec Nous (en faveur) du peuple de Lut (Loth).
75 Ibrahim était, certes, longanime, très implorant et repentant.
76 Ô Ibrahim, renonce à cela; car l’ordre de Ton Seigneur est déjà venu, et un châtiment irrévocable va leur arriver. »
77 Et quand Nos émissaires (Anges) vinrent à Lut, il fut chagriné pour eux, et en éprouva une grande gêne. Et il dit: « Voici un jour terrible. »

Ajib devrait être plutôt traduit par miraculeux, pour traduire l’émerveillement de Sarah, paix sur elle. Si bien que lawaylata devrait  plutôt exprimer quelque chose de positif ou neutre, tout du moins pas dans le sens de malheur. Mais si l’on suit la narration, la réaction de rire est consécutive à l’annonce faite contre Sodome. Cette curiosité nous renvoie à la Bible. Si le verbe ne décrit pas un rire alors que c’est son sens premier, cela signifie qu’il en va de même pour la racine hébraïque. Un passage coranique nous éclaire sur le champ d’interprétation de la racine DhHk.

83.29 Les criminels riaient de ceux qui croyaient,
30 et, passant près d’eux, ils se faisaient des œillades,
31 et, retournant dans leurs familles, ils retournaient en plaisantant,
32 et les voyant, ils disaient: « Ce sont vraiment ceux-là les égarés. »
33 Or, ils n’ont pas été envoyés pour être leurs gardiens.
34 Aujourd’hui, donc, ce sont ceux qui ont cru qui rient des infidèles
35 sur les divans, ils regardent.
36 Est-ce que les infidèles ont eu la récompense de ce qu’ils faisaient ? »

Il parait très curieux qu’au Jour du Jugement, les croyants récompensés adoptent la même attitude de moquerie.

Gn 21.5 Abraham était âgé de cent ans, à la naissance d’Isaac, son fils.
21.6 Et Sara dit: Dieu m’a fait un sujet de rire; quiconque l’apprendra rira de moi.
21.7 Elle ajouta: Qui aurait dit à Abraham: Sara allaitera des enfants? Cependant je lui ai enfanté un fils dans sa vieillesse.
21.8 L’enfant grandit, et fut sevré; et Abraham fit un grand festin le jour où Isaac fut sevré.

La traduction pose problème. Il est impossible que Sarah, paix sur elle, soit en train d’annoncer un rire à son sujet pour les générations à venir. Tout d’abord « de » devrait être traduit par « avec », ainsi cela supprime la moquerie. Mais, le rire ne semble pas être l’idée qui se dégage  de cette annonce. Nous retrouvons cette racine SHQ dans un Psaume. Elle y est placé en parallèle avec la racine RNN, que nous avons dans l’article précédent et que nous pourrions traduire par jubiler (de joie). SHQ ne décrit donc pas seulement l’exclamation spontanée du rire, mais aussi l’expression de la plus grande des joies (la spontanéité est remplacée par une sorte d’accomplissement).

Ps 126.1 Cantique des degrés.
Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, Nous étions comme ceux qui font un rêve.
126.2 Alors notre bouche était remplie de cris de joie (SHQ), Et notre langue de chants d’allégresse (RNN);
Alors on disait parmi les nations: L’Éternel a fait pour eux de grandes choses!
126.3 L’Éternel a fait pour nous de grandes choses; Nous sommes dans la joie.
126.4 Éternel, ramène nos captifs, Comme des ruisseaux dans le midi!
126.5 Ceux qui sèment avec larmes Moissonneront avec chants d’allégresse.
126.6 Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, Revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes.

Ce cantique n’étant pas attribué, la mention présente me parait appartenir d’avantage au commentaire afin de l’harmoniser avec le groupe auquel il a été attribué. Comme nous nous plaisons à laisser aller notre imagination, il est tout à fait envisageable que ce cantique puisse remonter au temps des Patriarches, ou plutot devrais-je dire au temps des Matriarches.

Voici que l’on peut livrer une toute nouvelle traduction. Ainsi, l’annonce de Sarah, paix sur elle, correspondrait à l’établissement de l’institution des Ashérah (le pluriel en hébreu est Ashirot, mais nous allons employer ce terme comme un nom propre):

21.6 Et Sara dit: Dieu m’a fait un sujet de jubilation; quiconque l’apprendra jubilera avec moi (sur mes traces).

Le nom Sarah

Il existe plusieurs explications pour le prénom Sarah. La plus populaire est celle basée sur le mot hébreu pour désigner une princesse. Mais le prénom n’est pas hébreu à l’origine mais provient d’un contexte polythéiste babylonien. Ce que je propose est que le nom d’origine est basé sur la divinité de fertilité qui va confondu plus tard avec la Athirah. Ce syncrétisme est tout à fait envisageable dans le contexte du Canaan ancien. Abraham, paix sur lui, aurait choisi, après s’être désavoué des idoles de son pays d’origine, de nommer sa propre femme avec un surnom dissimulant son origine. En enlevant le alef initial ( comme Liz pour Elizabeth) et en simplifiant le « st » par le son « s », il aurait ainsi obtenu un surnom proche mais néanmoins distinct. On peut imaginer que la tradition populaire ait pratiqué l’opération inverse.  Maintenant, il existe une solution alternative coranique. L’élégance de cette solution est de connecter le nom Sarah à sa fonction de chantre.

51.24 T’est-il parvenu le récit des visiteurs honorables d’Abraham?
25 Quand ils entrèrent chez lui et dirent: « Paix ! », il  dit: « Paix, visiteurs inconnus. »
26 Puis il alla discrètement à sa famille et apporta un veau gras.
27 Ensuite il l’approcha d’eux. « Ne mangez-vous pas ? » dit-il.
28 Il ressentit alors de la peur vis-à-vis d’eux. Ils dirent: « N’aie pas peur. » Et ils lui annoncèrent [la naissance] d’un garçon plein de savoir.
29 Alors sa femme s’avança en criant ṣarratin, se frappa le visage et dit: « Une vieille femme stérile. »
30 Ils dirent: « Ainsi a dit ton Seigneur. C’est Lui vraiment le Sage, l’Omniscient. »
31 Alors Abraham dit: « Quelle est donc votre mission, Ô envoyés ? »
32 Ils dirent: « Nous avons été envoyés vers des gens criminels,
33 pour lancer sur eux des pierres de glaise,
34 marquées auprès de ton Seigneur à l’intention des outranciers. »

L’expression arabe est « fi sarrah » si on marque une pause à ce moment là de la phrase (la terminaison en tin se prononce alors h). La traduction ne rend pas le mot en tant que nom. Sarratin est un hapax du Coran, le nom n’apparait qu’une seule fois sous cette forme. Comme le prénom n’apparait pas dans le texte, ce serait une manière élégante de le faire entendre dans le passage.

Remarquons que le nom de pays Assyrie est construit sur la même racine que Ashérah et que le nom moderne a perdu son alef pour donner le nom Syrie. Il est donc envisageable que le prénom Sarah puisse être issu de Ashérah (le S se prononce Sh en judéen).

Sur la trace des coupables de l’oubli de Sarah

Dans l’article suivant, les éléments significatifs des annonces faites à Hannah et à Marie, paix sur elles, étaient mises en correspondances. https://www.stephanpain.com/2025/01/03/un-temps-pour-tout/
Lire également https://www.stephanpain.com/2023/03/31/eli-et-larche/
Selon notre nouvelle grille de lecture, nous pouvons attribuer le titre de Ashérah également à Hannah, paix sur elle. Le moment du récit sur lequel notre attention est portée grâce à l’encadrement par les deux cantiques est donc ici:

Mon âme exalte le Seigneur
Annonce d’une rupture dans la lignée du grand-prêtre Annonce de la venue du Messie sans père
Visité une nuit (mention de l’Arche) Visitée une nuit par un ange
Parole adressée à Samuel attestée par ‘Eli Nourriture « céleste » attestée par Zacharie
‘Eli s’occupe de lui Zacharie s’occupe d’elle
Dispute scripturaire
1 Sm 2.12-17
Les qalames sont jetés pour la garde de Marie
Dispute entre prêtres
Mon cœur se délecte en l’Éternel
Naissance de Samuel Naissance de Marie
(le garçon n’est pas comme la fille)
présence de ‘Eli le grand prêtre au Temple de Silo. Il la bénit Zacharie, un proche cousin,  grand prêtre au Temple
Vœu d’Anne d’un fils dédié au Temple Vœu d’Anne d’un fils dédié au Temple
Désespérée de ne pas être  mère Désespérée de ne pas être  mère

Cette correspondance légitime ‘Eli en tant que juste et Kohen. La rupture dans sa lignée annonce une rupture et un renouvellement du sacerdoce par le ministère messianique. La dispute décrite par le Coran met l’accent sur le conflit entre prêtres. Nous en déduisions que la véritable raison de la scission entre Juda et Samarie est ce conflit. La lignée concurrente va donc s’établir dans la capitale de Juda. Elle justifie de sa légitimité par une nomination qui aurait été par Salomon, paix sur lui. Il semblerait que le mouvement populaire lié aux Ashérah soit motivé par l’opposition à cette lignée usurpatrice. En réaction, une caste de chantres aurait été créée afin de centraliser et de contrôler le chant religieux par les institutions du Temple. Il s’agit du groupe qui se présente sous le nom « fils de Coré ». Coré est le personnage central de la rébellion menée contre Moïse, paix sur lui. Il aurait fini englouti par la terre avec ses partisans, mais pas ses fils.
Selon le système mis en place par Moïse, paix sur lui, nous aurions alors trois groupes. En premier, celui des prophètes. Ils se succèdent les uns aux autres en se légitimant par l’imposition des mains. Il y a donc une continuité entre eux et un lien. Il ne peut donc y avoir plusieurs lignées prophétiques en exercice en même temps ou des prophètes concurrents voire ennemis. Ensuite nous avons le groupe des Kohanim. Normalement la prêtrise est héréditaire par le fils ainé. La lignée a été instituée par l’imposition des mains du prophète Moïse à son frère Aaron, paix sur eux. Cela signifie que les prophètes ont autorité sur les Kohanim et que ces derniers n’ont pas le don de prophétie. Enfin, c’est là tout l’enjeu des articles du moment, nous aurions donc une fonction de chantre qui pourrait constituer une sorte de troisième pouvoir religieux et qui serait féminin. L’imposition des mains ne ferait pas parti du processus de transmission. Si nous pouvons supposer qu’il y aurait une chantre principale rattachée au Temple, le meilleur exemple est la vierge Marie, paix sur elle, la fonction serait avant tout populaire et décentralisée. Selon moi, la fonction de chantre porte une énorme responsabilité, mais elle doit savoir aussi se soumettre à la Parole portée par les prophètes. L’innovation dans les textes peut amener à faire chanter à l’assemblée des paroles de mécréances.
A première vue, on pourrait penser que la chantre de l’Exode serait la sœur de Moïse, paix sur lui. Je pense qu’il s’agit plutôt de sa femme Tsiphora, paix sur elle. Mais je n’ai aucun élément pour alimenter cette idée sinon son nom qui signifie « oiseau » et que l’on retrouve dans le Psaume 84 (voir article précédent). Mais ce système va connaitre une irrégularité en la personne de David, paix sur lui. En effet, l’homme est à la fois prophète et chantre. Le Coran précise que révélation va lui être faite au travers d’un Livre spécifique, le Zabur. Les savants s’accordent pour affirmer que le Zabur est une partie du livre des Psaumes. Est-ce que ce livre correspond exactement au corpus davidien des Psaumes? On ne peut pas conclure. Toutefois, ce dont l’on peut être sûr est que bon nombre de Psaumes sont venu grossir ce livre dans les siècles qui ont suivi, et qu’ils ne sont pas prophétiques, voire anti-prophétiques. La subtilité des Psaumes par rapport à des livres prophétiques, est que sous couvert de poésie et d’abstraction, on peut insérer des prophéties auto-réalisatrices dans le corpus biblique. C’est ainsi que va être créé le Cantique des Cantiques, comme nous l’avons vu il y a quelques temps. Le livre difficile d’accès par ses thèmes et sa poésie va se retrouver au coeur de la révolte de +132. Dans la période exilique, les Psaumes vont tourner autour du retour en terre promise et du retour à une gloire passée. Dans la période qui nous préoccupe, celle qui suit la division entre Juda et Samarie, l’accent va être mis sur le Temple et sa centralité. Je pense que c’est à ce moment là que la divination par les Urim pratiquée par les prêtres va voir le jour. Le don de prophétie vient donc d’être accaparée. Seulement voilà, la prophétie ne fonctionne pas seule. Le récit de Samuel, paix sur lui, si il comporte des manipulations, doit être véridique lorsqu’il dit qu’il y a une rupture dans la prophétie. C’est alors que le personnage de chantre féminin entre en jeu. C’est à dire que si les prophètes ont autorité sur les prêtres et les chantres et que la légitimité des uns et des autres se fait par continuité par imposition des mains dans les périodes de stabilité, dans les périodes de ruptures, ce sont les chantres qui deviennent les vecteurs des miracles divins. Tout cela pour expliquer qu’après avoir détourné l’usage des Urim pour en faire un outil de divination afin de singer la prophétie, la caste dissidente de prêtres du Temple de la capitale de Juda va adosser son pouvoir religieux à une caste de chantre, qui elle s’arroge le droit de rédiger des textes dont la teneur prophétique est ambigue.

Qu28.76 En vérité, Qarun (Coré) était du peuple de Musa (Moïse) mais il était empli de violence envers eux. Nous lui avions donné des trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit: « Ne te réjouis point. Car Allah n’aime pas les arrogants.
77 Et recherche à travers ce qu’Allah t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublie pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Allah n’aime point les corrupteurs. »
78 Il dit: « C’est par une science que je possède que ceci m’est venu. » Ne savait-il pas qu’avant lui Allah avait fait périr des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens ? Et les criminels ne seront pas interrogés sur leurs péchés !
79 Il sortit à son peuple dans tout son apparat. Ceux qui aimaient la vie présente dirent: « Si seulement nous avions comme ce qui a été donné à Qarun (Coré). Il a été doté, certes, d’une immense fortune. »
80 Tandis que ceux auxquels le savoir a été donné dirent: « Malheur à vous ! La récompense d’Allah est meilleure pour celui qui croit et fait le bien. » Mais elle ne sera reçue que par ceux qui endurent.
81 Nous fîmes donc que la terre l’engloutît, lui et sa maison wabidārihi. Aucun clan en dehors d’Allah ne fut là pour le secourir, et il ne pût se secourir lui-même.
82 Et ceux qui, la veille, souhaitaient d’être à sa place, se mirent à dire: « Ah ! Il est vrai qu’Allah augmente la part de qui Il veut, parmi Ses serviteurs, ou la restreint. Si Allah ne nous avait pas favorisés, Il nous aurait certainement fait engloutir. Ah ! Il est vrai que ceux qui ne croient pas ne réussissent pas. »

L’expression coranique « lui et sa maison » (wabidārihi) n’indique pas forcément que ses fils sont morts avec lui (à ce point là de l’histoire, aucune maison physique ne peut être invoquée). Le nom du groupe des fils de Coré pourrait être un emprunt. En tout cas, on ne peut que s’interroger de la pertinence de s’identifier à ce personnage. Peut-être s’agissait de se rattacher indirectement à une lignée sacerdotale et à une famille à laquelle personne de vivant n’appartiendrait et en mesure d’exposer le mensonge.

Nb 16.23  L’Éternel parla à Moïse, et dit:
16.24  Parle à l’assemblée, et dis: Retirez-vous de toutes parts loin de la demeure de Koré, de Dathan et d’Abiram.
16.25  Moïse se leva, et alla vers Dathan et Abiram; et les anciens d’Israël le suivirent.
16.26  Il parla à l’assemblée, et dit: Éloignez-vous des tentes de ces méchants hommes, et ne touchez à rien de ce qui leur appartient, de peur que vous ne périssiez en même temps qu’ils seront punis pour tous leurs péchés.
16.27  Ils se retirèrent de toutes parts loin de la demeure de Koré, de Dathan et d’Abiram. Dathan et Abiram sortirent, et se tinrent à l’entrée de leurs tentes, avec leurs femmes, leurs fils et leurs petits-enfants.
16.28  Moïse dit: A ceci vous connaîtrez que l’Éternel m’a envoyé pour faire toutes ces choses, et que je n’agis pas de moi-même.
16.29  Si ces gens meurent comme tous les hommes meurent, s’ils subissent le sort commun à tous les hommes, ce n’est pas l’Éternel qui m’a envoyé;
16.30  mais si l’Éternel fait une chose inouïe, si la terre ouvre sa bouche pour les engloutir avec tout ce qui leur appartient, et qu’ils descendent vivants dans le séjour des morts, vous saurez alors que ces gens ont méprisé l’Éternel.
16.31  Comme il achevait de prononcer toutes ces paroles, la terre qui était sous eux se fendit.
16.32  La terre ouvrit sa bouche, et les engloutit, eux et leurs maisons, avec tous les gens de Koré et tous leurs biens.
16.33  Ils descendirent vivants dans le séjour des morts, eux et tout ce qui leur appartenait; la terre les recouvrit, et ils disparurent au milieu de l’assemblée.

Dans mon analyse, la fin du livre des Nombres, qui vient « sauver » de la mort les fils de Coré, ne fait pas parti de la Révélation. Le Coran vient confirmer ce que dit Nb 16, à savoir que les fils de Coré meurent avec lui, car ils se tiennent à ses cotés lors de l’intervention divine. Cela peut sembler démesuré et très violent, mais le contexte est très particulier dans l’absolu de l’histoire de l’humanité. Tout cela a à voir, et je reviens une nouvelle fois là-dessus sur la notion de libre-arbitre. La notion de jugement plein et entier est corrélé au libre-arbitre accordé à un humain ou un djinn. Le fait d’acquérir le statut de  prophète, implique la perte d’une partie voire de la quasi-totalité de son libre-arbitre. En effet, lorsque Dieu agit de manière très démonstrative par un prophète, celui-ci perd sa latitude dans la foi. Comme le dit l’expression: le doute n’est plus permis. En contrepartie, la perte de libre-arbitre implique des épreuves liées à la prophéties. Il en va de même pour le discernement dans la foi. Demander le discernement implique des responsabilités, donc de la rigueur scripturaire. La Révélation est un cadre verrouillée qui ne laisse que très peu de place à l’originalité dans la mesure où l’on aspire aux responsabilités.

Le pouvoir de cette assemblée de prêtre n’a cessé de gagner en puissance. Il est tout à fait envisageable que les rois de Juda lui étaient entièrement soumis. La cohabitation entre les chantres officiels et les Ashérah a perduré pendant plusieurs siècles jusqu’au basculement de la crise deutéronomique. Le roi et son armée ont mené la persécution contre les Ashérah dans tout Juda selon la volonté de la caste sacerdotale. La même qui fit face au Messie et qui fut traitée de vignerons infidèles tellement l’institution était corrompue. Il est clair que le jugement religieux rendu par les grands-prêtres n’avait alors plus aucune légitimité.  Malgré l’altération des textes, une information importante nous est tout de même parvenu: il semblerait que la Ashérah en chef officiait au Temple et cohabitait avec les chantres officiels.

2 Rois 23.1 Le roi  fit assembler auprès de lui tous les anciens de Juda et de sa capitale.
23.2 Puis il monta à la maison de l’Éternel, avec tous les hommes de Juda et tous les habitants de la ville, les sacrificateurs, les prophètes, et tout le peuple, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Il lut devant eux toutes les paroles du livre de l’alliance, qu’on avait trouvé dans la maison de l’Éternel.
23.3 Le roi se tenait sur l’estrade, et il traita alliance devant l’Éternel, s’engageant à suivre l’Éternel, et à observer ses ordonnances, ses préceptes et ses lois, de tout son coeur et de toute son âme, afin de mettre en pratique les paroles de cette alliance, écrites dans ce livre. Et tout le peuple entra dans l’alliance.
23.4 Le roi ordonna à _ilkija, le souverain sacrificateur, aux sacrificateurs du second ordre, et à ceux qui gardaient le seuil, de sortir du temple de l’Éternel tous les ustensiles qui avaient été faits pour Baal, pour _starté, et pour toute l’armée des cieux; et il les brûla hors de la ville, dans les champs du Cédron, et en fit porter la poussière à Béthel.
23.5 Il chassa les prêtres des idoles, établis par les rois de Juda pour brûler des parfums sur les hauts lieux dans les villes de Juda et aux environs de Jérusalem, et ceux qui offraient des parfums à Baal, au soleil, à la lune, au zodiaque et à toute l’armée des cieux.
23.6 Il sortit de la maison de l’Éternel l’idole d’_starté, qu’il transporta hors de la ville vers le torrent de Cédron; il la brûla au torrent de Cédron et la réduisit en poussière, et il en jeta la poussière sur les sépulcres des enfants du peuple.
23.7 Il abattit les maisons des prostitués qui étaient dans la maison de l’Éternel, et où les femmes tissaient des tentes pour _starté.
23.8 Il fit venir tous les prêtres des villes de Juda; il souilla les hauts lieux où les prêtres brûlaient des parfums, depuis Guéba jusqu’à Beer Schéba; et il renversa les hauts lieux des portes, celui qui était à l’entrée de la porte de Josué, chef de la ville, et celui qui était à gauche de la porte de la ville.
23.9 Toutefois les prêtres des hauts lieux ne montaient pas à l’autel de l’Éternel, mais ils mangeaient des pains sans levain au milieu de leurs frères.

Ce qui est traduit ici par _starté est en réalité le mot Ashérah. Si les femmes tissent, c’est surement pour établir des tissus de séparation car c’est une fonction féminine qui fait face en partie à une assemblée d’hommes.

Ajout 26/3
Dans l’article précédent, nous avons vu que Marie, paix sur elle, de par son chant à la suite de l’annonciation, s’inscrivait dans la lignée des Ashérah. Ici, nous pouvons recoller avec la scène décrite, avec cette précision:

Qu 3.37 Son Seigneur l’agréa alors du bon agrément, la fit croître en belle croissance. Et Il en confia la garde à Zakariyya (Zacharie). Chaque fois que celui-ci entrait auprès d’elle dans le Sanctuaire (Mihrab) , il trouvait près d’elle de la nourriture. Il dit: « Ô Maryam (Marie), d’où te vient cette nourriture ? » -Elle dit: « Cela me vient d’Allah. » Il donne certes la nourriture à qui Il veut sans compter.
39 Alors, les Anges l’appelèrent pendant que, debout, il priait dans le Sanctuaire: « Voilà qu’Allah t’annonce la naissance de Yahya (Jean Baptiste), confirmateur d’une parole d’Allah. Il sera un chef, un chaste, un prophète et du nombre des gens de bien. »

L’espace désigné par le mot Mihrab se retrouve ici:

21 Et t’est-elle parvenue la nouvelle des disputeurs quand ils grimpèrent au mur du sanctuaire !
22 Quand ils entrèrent auprès de Dawud (David), il en fut effrayé. Ils dirent: « N’aie pas peur ! Nous sommes tous deux en dispute; l’un de nous a fait du tort à l’autre. Juge donc en toute équité entre nous, ne sois pas injuste et guide-nous vers le chemin droit.

Une fois tous ces éléments assemblés, nous comprenons que Mihrab désigne le Parvis tel que le décrit Exode. Si Marie, paix sur elle, est isolée au sein du Parvis, cela signifie qu’il est divisée en section par des voiles. Cela explique l’audace des deux hommes: ils entendent que David, paix sur lui, est seul à chanter au milieu du Parvis. Le Parvis n’est donc pas uniquement utilisé pour les sacrifices.

Le mot traduit par « prostitués » est sur la racine QDS de la sainteté. Le mot d’origine est clairement lié à l’état de sainteté de la chantre qui a permission de servir au Temple. Le levier de la corruption morale, et l’accusation de prostitution est un classique du motif de persécution politique sous un vernis religieux. J’invite chacun, à prendre connaissance de l’épisode des Bacchanales. La similarité entre les deux récits de persécution est troublante. Il est clair que la ferveur religieuse, notamment l’exaltation dans le chant, peut déranger ceux qui ont vision mortifère et/ou infantilisante de la foi. Bien sur, il ne s’agit pas de tomber dans des excès d’ostentation corporelle ou sonore (ou dans l’absence). Selon ma perception, lorsque les paroles sont accord avec la Révélation, les chants tels qu’ils sont pratiqués par la communauté catholique sont sur le droit chemin.
La volonté d’imposer une caste de chantres officiels a trahi les mensonges de la caste sacerdotale en révélant qu’il en existait déjà une mais qui échappait à son contrôle. La suite du texte de 2 Rois aborde la question du passage de Pessa’h familial à centralisé. Nous sommes exactement dans la même dynamique. Le verset 23.9 est quant à lui implacable pour les partisans modernes du mensonge, héritiers de la caste coupable. Manger les pains au milieu de l’assemblée implique d’être tourné face à Dieu de la même manière que l’assemblée et non d’incarner le représentant divin face à l’assemblée.
Voir https://www.stephanpain.com/2024/03/09/atelier-de-reparation/

Illustrons cette captation de pouvoir:

2 Ch 20.13 Tout Juda se tenait debout devant l’Éternel, avec leurs petits enfants, leurs femmes et leurs fils.
20.14 Alors l’esprit de l’Éternel saisit au milieu de l’assemblée _achaziel, fils de Zacharie, fils de Benaja, fils de Jeïel, fils de Matthania, Lévite, d’entre les fils d’Asaph.
20.15 Et _achaziel dit: Soyez attentifs, tout Juda et habitants de la ville, et toi, roi! Ainsi vous parle l’Éternel: Ne craignez point et ne vous effrayez point devant cette multitude nombreuse, car ce ne sera pas vous qui combattrez, ce sera Dieu.
20.16 Demain, descendez contre eux; ils vont monter par la colline de Tsits, et vous les trouverez à l’extrémité de la vallée, en face du désert de Jeruel.
20.17 Vous n’aurez point à combattre en cette affaire: présentez-vous, tenez-vous là, et vous verrez la délivrance que l’Éternel vous accordera. Juda et Jérusalem, ne craignez point et ne vous effrayez point, demain, sortez à leur rencontre, et l’Éternel sera avec vous!
20.18 Le roi s’inclina le visage contre terre, et tout Juda et les habitants  tombèrent devant l’Éternel pour se prosterner en sa présence.
20.19 Les Lévites d’entre les fils des Kehathites et d’entre les fils des Koréites se levèrent pour célébrer d’une voix forte et haute l’Éternel, le Dieu d’Israël.
20.20 Le lendemain, ils se mirent en marche de grand matin pour le désert de Tekoa. A leur départ,  le roi se présenta et dit: Écoutez-moi, Juda et habitants de sa capitale! Confiez-vous en l’Éternel, votre Dieu, et vous serez affermis; confiez-vous en ses prophètes, et vous réussirez.
20.21 Puis, d’accord avec le peuple, il nomma des chantres qui, revêtus d’ornements sacrés, et marchant devant l’armée, célébraient l’Éternel et disaient: Louez l’Éternel, car sa miséricorde dure à toujours!
20.22 Au moment où l’on commençait les chants et les louanges, l’Éternel plaça une embuscade contre les fils d’Ammon et de Moab et ceux de la montagne de Séir, qui étaient venus contre Juda. Et ils furent battus.

La scène de crise politique rapportée ici présente un système verticalisé cohérent. Un lévite reçoit la prophétie. Le peuple est appelé à se repentir, mais il n’est pas concerné par le chant qui demeure un espace réservé. Le grand absent de la scène est l’Arche puisque dans les récits de batailles menées par Israël, elle dirigeait l’armée selon le schéma initiale de la prise de Jéricho. Mais sa présence ne garantit pas la victoire puisque contre les philistins, à la mort de ‘Eli, elle est capturée dans ce fameux épisode de rupture dans la lignée sacerdotale (1 Sm 4). Celui qui brille par son absence est le prophète. Dans la scène que nous commentons, il y aurait donc une présence prophétisante. Et il se se trouve que le personnage présenté serait justement un chantre. La scène pourrait être datée aux alentours de -860 -850. Nous sommes dans une période couverte par la prophétie d’Élie et Élisée, paix sur eux. Le roi cité dans le passage est d’ailleurs entré en interaction avec eux. Le récit lu tel quel, sans le questionner, légitime le système prophétie de chantre/chant élitiste/peuple soumis en rapportant la victoire contre l’ennemi. Pour illustrer mon propos, parfois il faut mettre les choses en perspective pour faire exercer aux gens leur esprit critique. Imaginons une église en temps de guerre. DImanche matin, célébration de la messe. Le chantre est une personne respectée et aimée, reconnu pour sa charité et sa piété. Au moment où il se place devant l’assemblée pour entonner le chant, une sirène retentit pour annoncer un bombardement.  Toute l’assemblée sait que la menace est réelle, un village a été détruit dans la région récemment. Le chantre est alors pris de convulsion et tombe par terre sous les yeux  terrifiés de l’assemblée. Il se relève et dit que Dieu lui a révélé que tout le village va être rasé mais que l’église va être miraculeusement sauvée et qu’il suffit de chanter avec lui au moment où les explosions se feront entendre. Quelle va être la décision de l’assemblée? Sera-t-elle unie dans sa décision?
Le fait est que lorsque le gouvernement a ordonné la fermeture de tous les lieux de culte, tout le monde s’est exécuté. Que personne ne vienne me raconter qu’il reste seul face aux bombes parce que la foi dépasse la peur.
Dans ce récit de menace militaire du livre des chroniques, le peuple est placé dans un état de stress et dans une prise de décision en urgence. Tous les verrous sautent pour accorder le don de prophétie à un simple chantre, fut-il lévite. Maintenant, je voudrais mettre cet épisode avec un autre, celui que nous avons abordé juste avant:

Nb 16.1 Koré, fils de Jitsehar, fils de Kehath, fils de Lévi, se révolta avec Dathan et Abiram, fils d’Éliab, et On, fils de Péleth, tous trois fils de Ruben.
16.2 Ils se soulevèrent contre Moïse, avec deux cent cinquante hommes des enfants d’Israël, des principaux de l’assemblée, de ceux que l’on convoquait à l’assemblée, et qui étaient des gens de renom.
16.3 Ils s’assemblèrent contre Moïse et Aaron, et leur dirent: C’en est assez! car toute l’assemblée, tous sont saints, et l’Éternel est au milieu d’eux. Pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée de l’Éternel?
16.4 Quand Moïse eut entendu cela, il tomba sur son visage.
16.5 Il parla à Koré et à toute sa troupe, en disant: Demain, l’Éternel fera connaître qui est à lui et qui est saint, et il le fera approcher de lui; il fera approcher de lui celui qu’il choisira.

Aussi étrange que cela puisse paraitre, ces hommes ne sont pas de simples négateurs. Ils pourraient refuser l’autorité sous prétexte que le Dieu invoqué ne serait pas le leur. Mais ce n’est pas le cas ici, ils reconnaissent le Dieu d’Israël. Ils reconnaissent même le principe de sainteté, et sûrement certaines ordonnances déjà en vigueur avant la descente de la Torah. Pourtant, ils refusent l’autorité du prophète, paix sur lui. Ou plutot, ils affirment une forme de légitimité spirituelle plus horizontale. Comprenons par là qu’il s’agit plutôt de s’imposer comme autorité à leur place, ne soyons pas dupes. Calife à place du calife. La scène qui suit est destiné à confirmer l’autorité du sacerdoce conférée à Aaron, paix sur lui.

16.8 Moïse dit à Koré: Écoutez donc, enfants de Lévi:
16.9 Est-ce trop peu pour vous que le Dieu d’Israël vous ait choisis dans l’assemblée d’Israël, en vous faisant approcher de lui, afin que vous soyez employés au service du tabernacle de l’Éternel, et que vous vous présentiez devant l’assemblée pour la servir?
16.10 Il vous a fait approcher de lui, toi, et tous tes frères, les enfants de Lévi, et vous voulez encore le sacerdoce!
16.11 C’est à cause de cela que toi et toute ta troupe, vous vous assemblez contre l’Éternel! car qui est Aaron, pour que vous murmuriez contre lui?

Remarquons qu’il n’est pas question du don de prophétie, mais juste du sacerdoce, qui ne confère pas ce don. Alors que dire des prétentions d’un chantre à avoir le don de prophétie?

Il se trouve que j’écoute de temps à autre des récits de conversion de supposés musulmans au christianisme. A force, je commence à discerne un motif récurrent dans la narration. Tout d’abord, il s’agit de poser un cadre qui va mobiliser les émotions du spectateur. Il va pouvoir s’identifier au témoin. Il est important que le cadre posé soit sur le registre de la foi brute et non sur les écritures pour conserver une approche facile. Une grande partie de l’interview va donc servir à habiller le récit. La partie déterminante est celle qui correspond à la bascule. C’est toujours le même processus: une prière adressée à Dieu pour lui demander la voie à suivre pour se diriger vers Lui. L’animateur de la chaîne adhère à ce principe. Le pasteur du récit adhère à ce principe. L’auditoire adhère à ce principe. Je n’adhère pas à ce principe. Je rappelle ici une des tentations au désert, pilier de la foi chrétienne:

4.5 Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple,
4.6 et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.
4.7 Jésus lui dit: Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.

La foi est l’inverse d’un saut dans le vide physique. La foi consiste à accorder sa confiance dans le Créateur sans avoir de preuve. Cette parabole évangélique, pas très bien rédigée, reconnaissons-le, tente d’illustrer le principe de mise à l’épreuve de Dieu. Autrement dit, de conditionner sa foi au fait d’avoir des réponses immédiates à sa requête. Ce n’est absolument pas comme cela que cela fonctionne. La Parabole du fils prodigue expose que c’est bien le fils qui fait la démarche de repentir. Ce n’est pas au Créateur de se repentir de  l’obscurité dans laquelle il a pu plonger celui qui l’invoque.
Et là où je ne suis pas du tout d’accord, c’est qu’à ce moment précis, l’animateur se met à invoquer les écritures. Et voici qu’il cite Jérémie, paix sur lui:

Jr 33.3 Invoque-moi, et je te répondrai; Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas.

Il suffirait donc d’invoquer pour avoir une réponse. Certes. Le souci est le contexte:

33.1 La parole de l’Éternel fut adressée à Jérémie une seconde fois, en ces mots, pendant qu’il était encore enfermé dans la cour de la prison:
33.2 Ainsi parle l’Éternel, qui fait ces choses, L’Éternel, qui les conçoit et les exécute, Lui, dont le nom est l’Éternel:

Nous sommes à la veille de l’exil. La tension avec les pays voisins est maximum. Jérémie, paix sur lui, est investi de la mission ingrate d’annoncer l’exil. Il va subit la persécution, et c’est à ce moment précis, au fond de son ministère, que Dieu s’adresse à lui en ces termes. Il ne s’agit en aucun cas d’en faire un principe général pour tous les croyants. A moins que vous considériez être dans la même situation de responsabilité.
Souvent il se trouve que les prières n’ont pas de sens, ou bien le croyant demande quelque chose qui lui est néfaste. La réponse divine n’est pas systématique. Quand on se pose de mauvaises questions, la tentation est grande de chercher des Signes qui puissent apporter une réponse. Et je parle en connaissance de cause, car bien des fois j’ai été confronté à des problématiques complexes dont je ne voyais pas l’issue. Dieu attend simplement le moment où l’on est prêt, où on a fait tout le cheminement en amont.
Revenons au témoignage. La jeune fille, se sentant vide dans sa foi musulmane, en rupture par rapport à ses proches et son environnement d’origine, va donc décider de participer à un culte chrétien, donc pas en simple spectatrice. C’est au cours du service, alors qu’elle formule une prière pour que Dieu se révèle à elle, qu’elle va avoir un ressenti clair en son coeur. Elle dit alors: si Dieu se révèle à moi dans une église, alors je dois suivre la voie chrétienne. J’avoue que le fait de présenter les choses ainsi est assez amusant.  Ce qu’il faut bien comprendre ici, et comme dans tous les récits de conversion, il y a une distance entre ce que comprend la personne et ce qui lui arrive vraiment. Sa démarche a été un engagement physique et une participation à un culte. Il y a un lâcher prise et le retour en arrière ne semble pas trop possible. Il est fort possible que même si le dévoilement de son coeur ne s’était pas produit ce jour-là elle aurait tout de même poursuivi son effort dans cette direction si elle s’y sentait plus en accord avec sa vision de la foi. La personne à blâmer ici est clairement l’enseignant/pasteur qui n’a pas su corriger le cadre théologique. De mon point de vue, ce n’est pas parce que cette jeune fille de culture musulmane a été guidé vers le christianisme que cela constitue une preuve de véracité d’une doctrine sur une autre. Dans ce récit, et dans d’autres que j’ai écouté, le rapport initial à la foi musulmane est altéré. Certains indices montrent une pratique d’héritage non-approfondie, voire incomprise. Il pourra être  percutant pour l’auditoire de présenter le converti comme un ex-imam, tout du moins un érudit alors que la personne ne l’a jamais été, sous prétexte de donner de l’épaisseur au récit, de montrer que c’est en toute connaissance intellectuelle et par un coeur toujours ouvert  que la transition s’est faite. Si l’on fait attention aux détails, il y a toujours des éléments qui montrent que le narratif du témoin cache un éloignement plus ou moins grand avec la pratique et/ou la compréhension de l’Islam. Ces récits sont en réalité des récits de conversion absolue à la foi et non de conversion par transition. Pourquoi le Créateur choisit de laisser certains se diriger vers le christianisme lui appartient. Tout est affaire de compromis : une certaine vivacité de la foi est retrouvée, mais au prix d’une distance par rapport à la justesse doctrinale. Afin de comprendre, on peut illustrer cela par une relation humaine : préférer la spontanéité d’un enfant bien intentionné, qui ne maîtrise pas encore les codes et peut tenir des propos maladroits, parfois même choquants, à une relation plus juste et mature mais plus froide.
Certains récits me dérangent fortement et même la description de certains aspects de la nouvelle foi chrétienne de la personne montre que cette foi est problématique. Une foi qui n’est pas basée sur l’adhésion ou l’amour, mais sur l’opposition et le rejet. Sans compter les miracles, généralement des apparitions, qui amènent à penser que la guidance n’est pas divine. Certains témoignages relèvent d’avantage de la manipulation spirituelle et sont profondément choquants. Après avoir murie la question, j’aboutis à une inspiration mixte. Nous avons d’une part la présence divine qui redonne un souffle à une foi à la dérive, mais qui se combine avec l’effet néfaste d’entités qui profitent des failles dans la compréhension. Au fond l’assemblée chrétienne se constitue sur ce compromis dès ses origines. La fragmentation de la compréhension de la foi ne peut s’expliquer que par le fait qu’une seule communauté ne peut endosser tout le poids de la Révélation. Nous pouvons en déduire que les plus élevés dans la foi sont ceux qui adhèrent à la doctrine islamique tout en parvenant à exprimer pleinement leur jubilation par un biais ou un autre. Si le chant d’assemblée est une autoroute, des chemins de traverse existent.

Il y a un passage qui est souvent cité dans de tel contexte pour justifier que Dieu puisse se révéler de manière ostentatoire à des personnes normales:

Ac 2.14 Alors Pierre, se présentant avec les onze, éleva la voix, et leur parla en ces termes: Hommes Juifs, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles!
2.15 Ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez, car c’est la troisième heure du jour.
2.16 Mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël:
2.17 Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes.
2.18 Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, Dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit; et ils prophétiseront.
2.19 Je ferai paraître des prodiges en haut dans le ciel et des miracles en bas sur la terre, Du sang, du feu, et une vapeur de fumée;
2.20 Le soleil se changera en ténèbres, Et la lune en sang, Avant l’arrivée du jour du Seigneur, De ce jour grand et glorieux.
2.21 Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Cette citation me parait quelque peu enthousiaste, pour rester agréable. Extraire des versets pour les faire correspondre à posteriori est un sport pratiqué par certains. On ne peut que s’étonner face à la pertinence de ce choix. Toujours est-il que, même si Pierre a dit une telle chose, il l’a fait dans le contexte d’un miracle fondateur chrétien. Il ne s’agit pas de décrire le fonctionnement quotidien de la communauté. Le principe d’étendre un statut réservé à l’ensemble revient à accorder du crédit à la contestation de Coré.  Mais bon, j’imagine que là encore, il s’en trouvera toujours pour rendre caduque l’enseignement qui lui est lié. Encore une fois, nous revenons au statut de prophétie: la révélation d’informations inconnues jusqu’alors. Si ces choses sont déjà connues mais ont été oubliées depuis, il ne s’agit que d’un rappel. En Islam, cette fonction se nomme nadhir. Instaurer une nouvelle pratique ou une nouvelle doctrine sort du cadre du rappel.
Remarquons bien que si j’expose des problématiques dérangeantes, comme ici les Ashérah, il ne s’agit pas d’une nouveauté mais d’une pratique encore d’actualité dont certains aspects ont été altérés, comme l’adossement strict aux textes de la Révélation, et qui a perdu son statut « officiel ».

Le nom Coré

Revenons à Coré. Penchons-nous sur la signification de son nom. Nous avons les versions biblique QoraH, et coranique Qaroun.

Nous avons donc le sens du mot hébreu qui évoque l’action de se raser la tête. Nous avons une emphase en: Lo yiqrehu qaraha.

Lv 21.1 Et l’Eternel dit à Moise: Parle aux sacrificateurs, fils d’Aaron, et dis-leur: (…)
5 Ils n’arracheront/raseront point les cheveux de leur tête pour la rendre chauve,
et ils ne raseront point les coins de leur barbe, ni ne feront d’incision en leur chair.

En arabe, la racine QRN serait à prendre dans le sens du compagnonnage. Ici, il serait pertinent d’évoquer la confrérie.
Mais nous pouvons aussi étudier l’égyptien. Dans Qaroun, nous reconnaissons le Roun de Haroun, paix sur lui (Aaron: grand est le nom). Rn en égyptien signifie « nom ». Cela explique la variation par rapport à qarin. Qa (A 28) signifie élevé à ne pas confondre avec le Ka, qui est un concept spirituel typiquement égyptien (d’ailleurs le Ka peut être élevé; un pharaon de la VIIIème dynastie porte le nom de Qaka_é: N5-A28-D28). Nous aurions alors le raccourci d’un nom théophore: « Le nom de _ est élevé » : _-A28-D21-N35.  Si nous prenons la version biblique, nous avons: rḥ = D21-V28; bouche + mèche torsadée: connaissance/maitrise. qrḥ: « Connaissance de l’élevé/élevé dans la connaissance de _ » A28-D21-V28.
rḫ-nswt (Rekh-nesout) traduit par « confident du roi »: titre honorifique porté par un haut dignitaire et grand-prêtre.
https://en.wiktionary.org/wiki/r%E1%B8%AB#Egyptian
Pour les bases en hiéroglyphes: https://www.stephanpain.com/2023/05/15/phoque-abstraction/

Le contexte de révélation de la Torah est l’Égypte antique où les règles de pureté des prêtres était lié au rasage de la tête. Nous avons le champ lexical de la confrérie, de l’élévation, de la connaissance, de l’élévation d’un nom d’une divinité. Tout nous indique que Coré n’est pas le nom du personnage mais un surnom donné par Dieu lui-même.  Le chapitre 21 de Deutéronome concerne les règles de pureté des prêtres et proscrit le rasage rituel. Coré était donc bien un prêtre de la religion polythéiste égyptienne malgré son appartenance. Sa trahison et sa volonté d’accaparer le sacerdoce n’était qu’une question de temps. La question que l’on pourrait se poser est pourquoi visiblement il n’a pas suivi le Samiri. Il devait le considérer comme un concurrent ou illégitime. Le verset suivant prend tout son sens, puisque les règles de pureté sont évoquées:

Nb 16.5 Il parla à Qoré et à toute sa troupe, en disant: Demain, l’Éternel fera connaître qui est à lui et qui est saint, et il le fera approcher de lui; il fera approcher de lui celui qu’il choisira.

Une autre piste peut nous éclairer:
https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Flajose/juda4.htm#_ftnref5

Antiquités judaïques, Livre IV, chap. II
2. Coré (Korés), un des plus éminents d’entre les Hébreux par la naissance et par les richesses, homme assez éloquent et fort capable de se faire écouter du peuple,

Le grec ne possède pas les sons gutturaux des langues sémitiques. Le H disparait donc pour laisser place à un S dans certaines traductions. Nous avons  le même principe avec le ayn de Yoshou’a, qui va donner un S final à Jésus (entendu en anglais). Il ne reste alors plus qu’à ce nom à être prononcé à la judéenne, avec le S prononcé Sh, et nous avons le nom Qoresh. Si ce nom semble familier aux musulmans, ce n’est certes pas un hasard. Méditons là-dessus.

Psaumes des fils de Coré

Il n’a échappé à personne que le Psaume 84 fait parti de cette série. Étant donné la place qu’il occupe dans ma théologie, il parait inconcevable qu’un Psaume clairement prophétique soit produit par des ennemis supposés de la Révélation. Nous allons donc tacher d’éclairer ce qui peut justifier cette contradiction. Aidons-nous des commentaires académiques qui font consensus sur le sujet pour poser les bases et étoffer le propos. (42, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 84, 85, 87, 88)

42
Le psalmiste vit le malheur d’être loin du temple de Dieu, et ses adversaires voient là une punition divine. Dans son exil si douloureux, il continue à désirer le Dieu lointain. En lui combattent la mélancolie et l’espérance de voir le Dieu vivant. Cette espérance traverse toutes les épreuves qu’il expérimente, soutenue par le rappel d’un passé heureux et dans la proximité de Dieu.

Le psaume 43,  attribué à David, paix sur lui,  constitue la suite de la supplication du psaume 42. On peut donc considérer le 42 comme constitué pour servir d’introduction à un Psaume établi.

44
Le psaume 44 est un psaume de lamentation et de  demande de délivrance. Il oppose Israël  aux nations.

15 Tu nous rends la fable des nations; [nous excitons] des hochements de tête parmi les peuples.

45
Un chant à l’honneur du roi et son palais en tant que bras armé contre les ennemis.

6 Tes flèches sont aiguës, des peuples succombent sous tes coups elles percent le cœur des ennemis du roi.

14 Toute resplendissante est la fille du roi dans l’intérieur du palais; Elle porte un vêtement tissu d’or.

La modestie dans le judaïsme. Le Midrash Tanhuma enseigne à propos de  verset 14: « Si une femme demeure modestement à la maison, elle est digne que son mari et ses enfants soient des Kohanim Gedolim [qui portent des vêtements d’or]. » Bien que ce soit le seul psaume où les femmes sont régulièrement mentionnées, il a été critiqué pour sa représentation idéalisée de la soumission attendue de l’épouse à un roi beau et puissant. (Avis moderne usuel)

46
Le nous collectif est utilisé pour parler de  Dieu et de son peuple face aux autres nations.  Un verset sort du lot puisqu’il fait parler Dieu:

11 Arrêtez, et sachez que je suis Dieu : Je domine sur les nations, je domine sur la terre.

Le verset 5  Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle est traditionnellement interprété comme l’une des prophéties vétéro-testamentaires de la doctrine de l’Immaculée Conception, enseignant que la Vierge Marie, paix sur elle, sera conçue indemne du Péché originel. Ce choix s’explique parce qu’il contient peu de références historiques ou géographiques.

47
Le texte est tourné vers les nations. Il contient lui aussi peu de références historiques ou géographiques.   Il exprime la joie.

2 Vous tous, peuples, battez des mains ! Poussez vers Dieu des cris de joie !

48
Un chant de glorification de la capitale de Juda et de la défaite des rois ennemis face au Dieu de l’Alliance.  Je note ce verset, qui est à la fois un résumé, et en opposition avec la huitième station du chemin de croix puisqu’il célèbre les filles dans la réjouissance. Sion est clairement ancré comme un lieu géographique, et surtout il est décrit comme un lieu haut-placé et non une vallée.

12 La montagne de Sion se réjouit, les filles de Juda sont dans l’allégresse, à cause de tes jugements.

49
Le psaume 49 est un psaume qui est attribué aux fils de Coré. Ils l’ont écrit après avoir reconnu l’avidité de richesse de leur père comme la racine de sa chute et pour apporter un le but à la vie humaine sur terre par le développement spirituel et la préparation du monde à venir. (avis usuel)

17 Ne sois pas dans la crainte parce qu’un homme s’enrichit, parce que les trésors de sa maison se multiplient ;
18 car il n’emporte rien en mourant, ses trésors ne descendent point après lui.

Notons, quant à nous, l’introduction:

2 Ecoutez ceci, vous toutes, ô nations, soyez attentifs, vous tous, habitants du globe

84
Il est au coeur de ma théologie. Il s’agit donc d’un Psaume révélé lettre à lettre, qui annonce diverses prophéties à plusieurs époques de la Révélation, notamment la montée des musulmans à Bakkah.  Il  parle de Sion, mais sans mentionner Juda ou sa capitale ou les nations. Son choix a pu être motivé par une opposition entre le sanctuaire authentique et celui des injustes. Ironiquement.

85
Il s’agit d’un chant de demande de retour en grâce. Le rapport aux nations, même si le mot n’est pas utilisé, est évoqué.

5 Rétablis-nous, Dieu de notre salut ! Cesse ton indignation contre nous !

87
Il exprime le contraste entre Sion et les cités puissantes de l’antiquité : l’Égypte, Babylone, ou Tyr. On pourrait en faire une sorte d’archétype d’hymne au sionisme.

2 L’Éternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob.

88
Cette prière d’un supplicant anonyme au seuil du séjour des morts est l’une des pages les plus sombres de l’Ancien Testament. Elle s’apparente aux supplications les plus désespérées de Job, paix sur lui, sans qu’y semble apparaître la moindre lumière d’espoir. Le vocabulaire du psaume est accablant : mort, tombe, ténèbres, abîme, colère, horreur, effroi, épouvante, malheur, perdition. Toutefois, au mystère d’un malheur absolu s’oppose le mystère de la prière. On ne peut prier la nuit [v. 2], le matin [v. 14] et le jour [v. 10] sans l’espérance d’être entendu. C’est une prière à la bienveillance de Dieu, sans « marché » passé avec le Tout-Puissant : aucune demande de secours n’est formulée explicitement ; aucune promesse d’action de grâce n’est faite en retour d’un éventuel secours. Le supplicant se fie à la bonté du Seigneur, bien qu’il n’ai jusqu’ici pas répondu : sa foi est indestructible, malgré les épreuves et le silence de Dieu.

15 Pourquoi, Éternel, repousses-tu mon âme ? Pourquoi me caches-tu ta face ?

Il dénote des autres textes, mais c’est aussi le seul qui mentionne un personnage dans l’en-tête par son nom. Si je devais retenir quelque chose d’assez fort en dehors de son ton sombre en opposition à la joie que devrait impliquer les Psaumes, c’est l’idée de la confrérie. L’isolement serait corrélé avec le desespoir. La notion de comunautarisme si elle peut s’avérer être un point fort, a aussi son côté néfaste puisqu’elle nécessite la conformité à la doctrine dominante du groupe. Le Psaume est donc relié au autres par  cette idée de seuil.

Conclusion
Le motif qui se dégage de cette série de Psaumes est le seuil. La mention des fils de Qoré faite en introduction ne semble pas être en lien avec l’attribution de la composition du texte. Elle fait suite aux instructions musicales, comme dans le Psaume 84, qui s’adresse d’abord au chef des musiciens/choeurs pour lui indiquer le thème musical. Les fils de Qoré sont gardiens du Temple, ils déterminent donc les critères d’accès physiques aux lieux saints. On peut imaginer qu’ils seraient les supérieurs directs d’une police habilitée à user de la violence pour protéger l’accès. Ils auraient donc une responsabilité de jugement attribué divinement. Voilà pourquoi, malgré l’hétérogénéité des textes, et la difficulté d’y trouver un motif récurrent, ce qui les relie est le thème du sanctuaire et des nations. En tant que gardiens, les fils de Qoré se voyaient attribué ce répertoire, et non la paternité. Le Psaume 84 peut donc être attribué à David, paix sur lui, aux dépens des autres.

Quel groupe, à la manière d’une confrérie gardienne de sanctuaires, dont le nom pourrait procéder d’une évolution linguistique en plusieurs étapes de Qoraḥ, s’est arrogé la tutelle des lieux saints établis par le dernier Prophète, paix sur lui, ainsi que le pouvoir califal, en prétendant tirer sa légitimité du fait même qu’il aurait été des leurs et a verrouillé le rite accompli en limitant les fidèles à une simple écoute passive de ses récitateurs officiels et leurs codes?

Paix sur Sarah, paix sur Leah, paix sur Rachel, paix sur Anne mère de Samuel, paix sur Anne mère de Marie, paix sur Marie mère du Messie. Paix sur les femmes et mères des prophètes.
Paix sur les Ashérah.
Paix sur ceux qui  donnent une voie et une voix à l’Esprit dans les assemblées.
Paix sur les âmes investies de l’Esprit.

 

Notes

https://en.wikipedia.org/wiki/Ashrei
https://fr.wikipedia.org/wiki/Clerg%C3%A9_de_l%27%C3%89gypte_antique