Nous sommes la nuit du 15 Shawwal. C’est la pleine lune de ce mois hégirien. Mais chose particulière, cette année, il tombe au moment de l’équinoxe de printemps. Ce qui fait qu’il se superpose avec le mois de Nissan du calendrier hébraïque. Celui où se célèbre Pessa’h. Mais ce qui est encore plus troublant, est que dans cette même nuit, les chrétiens, par un système de placement basé sur les jours de la semaine et non ceux du calendrier lunaire, ont fixé le moment les plus important de leur calendrier: le Vendredi Saint. Il y a 2000 ans, cette coïncidence des dates entre le 15 du mois lunaire de printemps, ainsi que l’accomplissement de 40 années avant la destruction du Temple, permettent de fixer avec précision la date de la Passion. Pour des millions de chrétiens de par le monde, le drame qui va se dérouler à partir du lever du jour de ce vendredi est un point de bascule de l’histoire. Un semblant de procès y a été convoqué. Mais le véritable procès, le jour du Jugement, il se produit au moment exact de la mort après une longue agonie sur la croix, quelques temps avant le coucher du soleil. Le voile du Temple se déchire.
Dans un procès, il y a des accusés, des témoins, des acteurs du monde judiciaire et un jury chargé de trancher. Dans l’idéal, le jury aimerait avoir un dossier de preuves à charge et à décharge le plus étoffé qui soit afin de rendre un verdict juste. Mais dans les affaires les plus complexes, il y a toujours une part d’ombre. L’échéance de l’issue du procès est inéluctable. Il va donc falloir trancher malgré l’absence de preuves. C’est à ce moment précis que les avocats entrent réellement en scène. Ils ne font que proposer un imaginaire au jury, rien de plus. Un scénario destiné à combler les trous, à assembler des éléments disparates. Les deux plaidoiries viennent clore les débats et ainsi placées, elles sont donc décisives. La justice n’aime pas l’indécision. La société ne peut se permettre de ne pas statuer lorsque certains crimes ont été commis. Selon moi, le Messie a été tué deux fois. Le premier crime a été commis par un groupe restreint, dans une sorte d’urgence, dans l’incompréhension réelle de la portée de l’acte. Le deuxième a été commis par un groupe beaucoup plus vaste, et selon un scénario bien plus planifié et méthodique. Il m’a semblé que ce jour précis marqué par la première phase était le moment opportun pour tenter de prendre la parole et d’argumenter autour de ce crime. Des preuves historiques seront présentées, mais de nombreuses failles demeurent. Mais vous, le jury, allait devoir trancher.
Pour des questions en lien avec l’absolu, les noms des protagonistes vont être remplacés comme à l’habitude. A la différence que tous les acteurs de la Révélation ont quitté la scène, ils ne restent donc que les accusés.
Nous sommes 30 ans après ce Vendredi funeste. Le corpus néo-testamentaire nous livre une vision biaisée de la réalité. Trois groupes principaux de disciples s’opposent sur des questions fondamentales comme la Loi ou la divinité du Messie. Le livre des Actes est en deux parties. Dans la première, les Apôtres sont encore présents, principalement par la présence de Pierre. Si nous nous appuyons sur une certaine interprétation du Coran, le groupe des Apôtres, nommé Naqatallah va quitter la région pour se rendre à Pétra et s’endormir pour 300 ans. Le champ est libre pour celui qui se présente comme l’apôtre des nations. Ce dernier devient le personnage central de la deuxième partie du livre des Actes. Quant à la secte johannique, nous ne savons pas grand chose d’elle. La reine et son fils façonnent leur image de bienfaiteurs du peuple de Judée (tel que cela est rapporté dans la tradition rabbinique). Tout ce que nous pouvons déduire est que l’avorton en fit parti dans les premières années avant de se quereller avec la reine, de prendre son autonomie et de s’appuyer sur un réseau de la diaspora. La reine meurt vers la fin des années 50. L’apôtre auto-proclamé se retrouve en position dominante. Nous le retrouvons en facheuse posture: le voilà en procès après un séjour en prison à la suite d’une accusation portée contre lui par ceux que le texte nomme les juifs.