Mon combat contre les Versets Sataniques

Mon combat contre les Versets Sataniques

23 avril 2013, 19:18

Préambule: L’histoire que je vais vous conter se déroule du printemps à la mi-Aout 2012. Conscient de l’importance de ce que je venais de vivre, je me suis forcé à l’écrire vers le mois de Septembre, mais, étant donné l’implication émotionnelle et le fait que d’autres personnes fassent parti intégrante de l’histoire, je n’avais pas réussi à la rendre public, ni même à la faire lire à qui que ce soit. J’ai eu beaucoup de difficulté à rédiger ce texte, il a fallu l’expulser, aussi vous me pardonnerez le style un peu brut de l’ensemble. Si je le livre ainsi, c’est pour me forcer, pour ne plus me cacher derrière l’excuse de l’état de brouillon. Je tacherai de le retravailler.

Le livre possède deux niveaux de lecture principaux: l’un destiné à troubler le croyant normal et l’autre s’adresse aux futurs messagers d’Allah de la fin des temps. Car oui, Rushdie sait que les temps sont proches.

Recherche de la Vérité

La dénaturation du message christique n’est plus à démontrer. Après m’être penché sur la rédaction du pentateuque et sur les travaux de plusieurs personnes destinés à rétablir la vérité historique, les questions que je me posais à l’encontre du Coran et du contexte dans lequel il a été rédigé par Muhammad devenait pour moi une obsession. Dans ma volonté d’oeuvrer pour la quête de Vérité et sa diffusion, il m’apparaissait évident que pour accomplir cette tache les bases de ma connaissance devaient être inébranlables. Le diable avait posé son emprise sur les deux premières religions du Livre, il me paraissait essentiel, si je voulais donner une quelconque légitimité à mon combat de déterminer totalement si oui ou non celui-ci avait perverti  le message du dernier prophète. Dans mes prières, cette question revenait sans cesse. Et lorsque parfois j’obtenais une réponse, c’était pour me retrouver face à ma propre vérité sur d’autres questions.

J’ai compris alors que ce ne serait qu’au prix d’un âpre combat que j’accéderais à ce but.

Ce n’était donc pas Dieu que je devais harceler de question mais bien le Shaytan, et on ne lui pose pas de question impunément sans en payer le prix.

Par sa main, et par celle de Dieu en réaction.

Inspiré, je me suis donc tourné vers le livre de Salman Rushdie.

Je pensais alors que ce livre m’aiderait à lancer des pistes de réflexion, que je pourrais recouper l’histoire avec d’autres écrits afin d’élaborer une théorie, j’ai donc abordé sa lecture de front avec d’autres sources.

Ma dispersion habituelle.

Passé le sentiment étrange de proximité avec les personnages du début, j’ai cheminé lentement pendant toute la première partie. Le livre est si brillamment construit, que l’on ne décèle pas la montée en puissance de l’emprise qu’il peut avoir sur le lecteur.

Surtout si le lecteur vient y chercher une réponse essentielle.

Et le piège s’est refermé sur moi.

Ouverture

Le texte s’ouvre, comme tout livre destiné à ébranler, par une phrase choc.

« Pour renaître, il faut d’abord mourir. »

Cette phrase fait écho à une prophétie qui me poursuit depuis plusieurs années et que je n’ai décryptée que très récemment (Le prophète qui est mort pendu renait vide). Ce n’était plus seulement une phrase générique comme le début de “la prophétie du cinquième règne”, mais une phrase personnalisée.

Nous faisons alors connaissances avec les deux personnages principaux: Gibreel et Chamcha.

L’avion dans lequel ils sont, explose.

Ils sont morts, mais miraculeusement, atterrissent sur terre.

Ils prennent conscience de leur changement de nature et que leur vie est bouleversée.

D’humains, ils sont devenus anges.

L’un incarne le mal et l’autre le bien.

Nous allons vite comprendre au travers du récit qu’il s’agit des deux acteurs principaux de la fin des temps. Gibreel est la réincarnation de l’archange Gabriel à notre époque, autrement dit il serait en réalité  le Mahdi ou bien plutôt le Messie.

Chamcha, quant à lui, serait l’apôtre du Shaytan, donc le Dajjal.

Rushdie s’intéresse aux origines de l’Islam pour mieux appuyer sa “fiction” sur le présent. Il ne fait que deux incursions à l’époque de Muhammad. Ces chapitres ne sont en réalité que des révélations. Ses révélations.

L’histoire quitte Londres pour un village en Inde où des pauvres gens délaissent leurs maisons pour suivre une prophétesse qui va les mener en pèlerinage à la Mecque.

Si le thème central semble être le combat final entre le bien et le mal, il s’agit aussi d’une quête de la Vérité. Si bien qu’une personne cherchant à connaître cette dernière  va se sentir étonnamment concernée et absorbé au fur et à mesure que le récit avance. Car la première moitiè est d’un rythme plutot lent, Rushdie est assez difficile à suivre par moment. Sans s’en rendre compte, le lecteur a toujours un temps de retard sur le récit. Le changement brusque de temporalité ou d’espace accentue le phénomène.

Avoir un temps de retard dans un rythme lent, voilà bien une belle prouesse littéraire.

Nombreux sont ceux, moins motivés par l’intrigue, qui’auront pas le courage d’aller au bout des

600 pages tant l’épreuve leur paraîtra difficile.

Je ne vais pas m’attarder sur les différentes péripéties initiales des deux protagonistes qui sont à mon avis plus un prétexte à Rushdie pour donner libre cours à son envolée littéraire. On ne peut qu’admirer le travail.

Toutefois il en ressort deux impressions: Gibreel est une star de cinéma, plutôt imbu de sa personne, qui mène une vie un peu dissolue. Il est un pur produit de la société actuelle. (je me suis très facilement identifié à lui)

Chamcha, quant à lui, est de stature plus modeste. Il évolue dans le même milieu mais est talentueux et a su garder son humilité. Il est fidèle en amitié et en amour même si la vie ne l’a pas épargné.

Muhammad et la ruse des versets de Satan

Nous voici à la Mecque, le prophète n’est qu’à la tête d’une poignée de fidèles. Son objectif est alors d’amener à la conversion la population polythéiste locale.

Rushdie réécrit ici, à sa manière, un hadith très contreversé: celui qui donne son titre au roman.

Trois déesses sont adorées par les quraychites.

Muhammad avec l’aide de l’archange va décider de modifier la sourate “l’étoile” et d’y inclure un verset légitimant le culte des déesses.

La foule conquise par la récitation se prosterne et atteste la Shahada.

La Mecque, ville essentielle pour l’Islam, est donc conquise pacifiquement grâce à la ruse.

Rongé par le remord du mensonge, le prophète se retire et lorsqu’il revient de sa retraite, il annonce que les versets concernant les déesses lui ont été inspirés par le Shaytan.

Consternation et rejet. L’acceptation se mue en colère.

Le prophète et ses alliés n’ont plus d’autres choix que de quitter la ville.

Seul une conquête militaire peut désormais permettre à l’Islam de prendre possession de la ville.

C’est le début d’une longue guerre, dite sainte, car elle est menée au nom d’Allah.

Le village indien et la prophétesse

Ce que je retiens de l’histoire du village: la prophétesse est prise au sérieux par les villageois grâce au un miracle des papillons qui tournent autour d’elle. Cet utilisation est très troublante lorsque l’on connaît l’allégorie sur les indignés et les papillons. “Love is all and the butterfly ball”. (le bal des indignés du 26 Novembre 2012)

La prophétesse promet aux villageois que l’océan indien va s’ouvrir en deux pour les laisser aller jusqu’en Arabie, telle un nouveau Moise guidant les gentils musulmans vers leur “terre promise”.

La fin des temps et la cité

A partir du dernier tiers, le rythme devient plus soutenu.

Chamcha est devenu un monstre, il possède une grande force et du pouvoir. Nombreux sont ceux qui, parmi la population londonienne, sont attirés par ce pouvoir. Londres, ville typique de l’occident semble verser dans le mal.

Gibreel ne souhaite pas le pouvoir que Dieu lui donne, il désire rester dans sa vie d’avant. Notamment mener une vie épanouie dans les bras de sa maitresse.

Mais Dieu lui apparait et le menace.

Desemparé, ne sachant comment s’y prendre, Gibreel se lance dans la mission d’accomplir l’apocalypse.

Ici, le mot apocalypse prend son sens populaire, à savoir, synonyme de destruction. Je rappelle en passant que le mot Apocalypse signifie Révélation. Il n’est donc aucunement question de destruction.

A ce moment là du récit, on est stupéfait par la clairvoyance de la vision de Rushdie. Ce qu’il décrit est très précis.

Si au niveau de lecture du simple musulman, le doute s’est installé, si l’on se situe au niveau de lecture d’un acteur de l’apocalypse ayant pour mission de rétablir la Vérité, on se prend à atttendre de Rushdie des réponses à d’innombrables questions.

La tentation est alors grande de s’imaginer que Rushdie puisse être un messager secondaire  de Dieu délivrant un message aux acteurs de la fin des temps (conscient ou inconscient).

Retour au temps de Muhammad

C’est alors que le personnage de Gibreel a une révélation.

Deux individus de l’époque du prophète lui apparaissent en rêve. L’un deux se nomme Salman.

Salman le perse, scribe du prophète et rédacteur du Coran.

Le lecteur n’a qu’une seule pensée: Salman Rushdie est la réincarnation de Salman le perse, le rêve de Gibreel est une ellipse et sa tâche est de transmettre à l’incarnation du bien qui va être amené à lire son livre que ce qu’il écrit est une vraie révélation de Dieu.

Cette révélation est terrible, Salman prétend que le Coran a été inventé de toute pièce par Muhammad.

La réponse? Enfin?

Ma propre vie bascule

J’ai lu ce chapitre avec grande excitation et j’en étais tout retourné. C’était un matin, tôt, tout le monde dormait autour de moi et j’étais en route vers les vacances tant attendues. Jusque là, tout s’était déroulé à merveille et la suite ne s’annonçait que mieux.

Je croyais enfin tenir la Vérité entre mes mains: ainsi, le Shaytan s’était donc emparé de muhammad et lui avait dicté le Coran pour contrer l’oeuvre de d’Allah. Cela pouvait expliquer tant de choses. Mais cela me faisait perdre tous repères, il me fallait reconsidérer mon approche des textes.Nous nous sommes remis en route, et la discussion a vite tourné autour de la révélation.

C’est alors que tout a basculé assez vite. Le voyage a vite tourné au cauchemar, comme si une force invisible nous pourrissait l’existence.

L’oubli de ma pochette. Le retour en arrière. Une heure de voiture perdue. Nous repartons, cette fois direction la voie rapide, un bouchon monstre nous y attend qui dure plusieurs heures. Nous arrivons en Espagne.

Le livre était là, sur le tableau de bord, il me narguait.

Et la pluie s’est mise à tomber.

De plus en plus fort.

Le vent.

La violence des éléments fut telle, que nous fumes  contraints de nous arrêter.

Un temps totalement inhabituel dans une telle région à une époque pareille.

Des comportements, des réactions disproportionnées de chacun.

Les jours qui ont suivis ont été chaotiques. Je n’avais jamais vécu une expérience pareille en festival.

Un vrai combat.

Une alternance de moments forts émotionnellement Monter très haut puis descendre très bas.

Un soir, je me tenais à l’entrée du dance floor principal, une sorte de porte. Mon regard tombe sur le tee-shirt d’un garçon qui se tenait sur le coté. Il y était écrit: The gate of hell.

J’étais systématiquement rejeté vers ce maudit livre, il fallait que je le finisse.

Je suis allé jusqu’au bout. Là-bas.

Une fin atroce

Les gentils pélerins se sont noyés, la mer ne s’est pas ouverte. Les papillons ont menti, il ne fallait pas les suivre.

Gibreel a volé la femme de Chamcha. Ce dernier se venge et lui récite au téléphone des poésies pour le rendre fou et qu’ils quittent cette femme.

Ces poésies sont les véritables versets sataniques.

L’oeuvre de Shaytan à la fin des temps destiné à troubler le messager de Dieu au sujet de ses relations sentimentales.

C’est un franc succès. Le livre s’achève sur le suicide par amour de Gibreel. Quant à moi, une violente dispute s’engage entre ma copine et moi, je ne suis plus moi-même et je m’enfuis avec fracas.

Je fais parti du livre, mais je suis incapable de m’en rendre compte.

J’ai été absorbé.

La mer livre son verdict

Je rejoins mon père et nous partons en mer, bien décidé à affronter les éléments. Mais la mer est calme, étonnamment calme. Même lui en est surpris malgré sa grande expérience.

Pourquoi?

Et puis le moteur du bateau donne des signes de faiblesse au moment de repartir, nous faisons demi-tour et il casse au moment même où nous arrivons en sécurité. Nous sommes coincés dans une baie pendant plusieurs jours. (voir l’épisode sur les chambres à gaz)

Plutôt que de m’appuyer sur le contenu du texte, mon intuition me guide.

Mon ressenti entier.

Les chapitres relatant les aventures de Chamcha recèlent un style magnifique, emportant l’esprit du lecteur dans un tourbillon. L’orgueil du Shaytan l’a trahi. En vendant son ame au diable, Salman Rushdie a acquis une plume qu’il va mettre au service de son maitre.

C’est alors que je referme le bouquin et que l’évidence me saute aux yeux.

RUSH, DIE ( Dépêche-toi de mourir).  Je venais de remporter la bataille mais je ne le savais pas encore.

Le Signe

Je suis rentré chez moi. Elle et moi, nous nous sommes donné rendez-vous dans Paris, près d’un parc.

Calmes, détendus. Nous avons cherché un coin d’herbe pour nous poser. Après avoir un peu tourné dans le parc nous nous asseyons. Près de nous, nous attendait un signe. Une paire d’ailes de pigeon dont le corps avait disparu, gisait au sol.

L’ange déchu?

8 mois ont passés et je n’ai toujours pas répondu à cette question…

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