Maxime Séraphin

Maxime Séraphin

Dernières modifications le 17 novembre 2016·12 minutes de lecture

Élections présidentielles de 2012. J’étais sur le chemin du retour du bureau de vote. Je venais de dépasser la jardinerie. Lorsque tout à coup, une rafale de vent tournoyante attrape une valise à roulette abandonnée contre le mur. Elle fait un bond d’un mètre juste devant moi. Je suis estomaqué. Je la saisis et l’inspecte. Une fermeture éclair est cassée. Rien de grave. Ni une ni deux, je rentre chez moi avec, sans me poser plus de question. Je dois donc partir en Hongrie le plus tôt possible pour rejoindre Arthur et Xavier, respectivement Abdelhakim et Abdulaziz, tout deux amis de longue date et convertis depuis quelques années maintenant. Je consulte le site d’Eurolines. 22h de trajet à travers toute l’Europe. Me voilà indécis devant la grille des dates de départ. Or, à cette époque, il se trouve que ma souris avait un bug de temps à autre: le curseur se mettait à se décaler lentement de façon aléatoire. Au moment où je suis face à ce choix, la souris dans la main, prêt à sélectionner la date adéquate, voilà que le curseur se met à bouger tout seul sous mes yeux et à se placer dans une case. Je n’ai plus donc qu’à cliquer.

Me voilà à Budapest. C’est dans ce pays de l’est, si particulier, si hostile aux étrangers et tout particulièrement aux musulmans que je vais découvrir réellement la diversité en Islam. Bien loin des salafis de banlieue parisienne, des musulmans s’entraident et tentent de faire vivre leur petite communauté. C’est dans cette petite mosquée perdue au milieu de cette immense ville, que je vais faire notamment la rencontre d’Abdul Bachir (voir l’article sur le pakol). Je suis accueilli dans la colocation. Ils sont 4. 4 musulmans dans cet univers. Ce sont mes premières prières en groupe en dehors de la mosquée. L’ambiance y est différente. Plus naturelle, dirais-je. Assez vite, je présente des troubles. Lorsque je me prosterne, je suis pris de tremblements. Il semblerait que j’évacue des choses. La roqya entamée quelques jours après ma conversion n’est visiblement pas finie. Je pousse des cris. J’ai mal. Autour de moi, ils s’inquiètent. Mais ils savent aussi qu’il faut parfois en passer par là. Alors cela a duré le temps qu’il a fallu. Jusqu’à que je me calme lorsque l’on récite le Coran à coté de moi. Et puis voilà que je me mets à sentir des choses provenant des gens autour de moi. J’absorbe tout ce qu’il y a autour. Alors bien sur, certains prétendront le contraire, tandis que d’autres ne se rappelleront plus de ces moments. Qu’importe. Voici ma version selon mon ressenti. Je ne peux être sur de rien. En tout cas, il y a des choses que l’on oublie pas.

Un après-midi, je partais seul dans les rues. Je pénétrais dans une église remplie de symboles maçonniques. On y célébrait un enterrement. Je mettais mes écouteurs sur mes oreilles pour écouter la récitation de Laylat al Qadr par Abdelbassit Abdessamad. Comme la récitation est très particulière, personne jusque là n’avait pu me dire de quoi il s’agissait. Ce que j’éprouvais me suffisait pour comprendre que c’était bénéfique. Je m’imaginais procéder à une sorte de nettoyage. Je faisais tourner en boucle la sourate jusqu’à que je ne ressente plus rien. Alors que je me tenais dans le hall, j’ai entendu distinctement un pied frapper sur le sol juste derrière moi. Mais il n’y avait personne derrière moi.

1. Nous l’avons certes, fait descendre pendant la nuit d’Al-Qadr.
2. Et qui te dira ce qu’est la nuit d’Al-Qadr?
3. La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois.
4. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre.
5. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube.

C’est pendant le verset 4 que je ressentais des flux d’énergie me traverser.

Une nuit, je fus puissamment tiré de mon sommeil. Je me levais du canapé. Tout le monde ronflait dans l’appartement. Je me place dans l’entrée, debout face à la porte, de sorte qu’ils sont par rapport à moi, aux quatre coins. Je lance la sourate. Je ne saurais décrire avec des mots ce qui s’est passé cette nuit là. J’ai ressenti comme une colonne d’énergie formidable s’élevant au ciel au dessus de moi et puisant aux quatre coins. De chaque coin provenait une lumière. Toutefois, je remarquais que le coin arrière droit brillait plus que les autres. Il sait que c’est lui, puisque j’ai tout raconté ensuite. Voilà.

Et puis est venu le moment de reprendre le bus dans l’autre sens. J’y ai fait la connaissance d’un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il était beau et d’un esprit extrêmement mur pour son âge. J’étais impressionné. Certaines choses que je commençais à peine à comprendre, il les tenait pour acquise. Ce qui me paraissait insurmontable, lui semblait naturel. Il m’écoutait avec curiosité et intérêt. Malgré tout, j’ai fini par réaliser qu’en vérité, je n’avais pas grand chose à lui apprendre qu’il ne savait déjà. J’ai beaucoup parlé. 22h de bus, tout de même. Et puis, il me dit son nom: Maxime Séraphin. Immédiatement, ce nom avait une drôle de résonance. Une fois que j’accédais à internet, j’eus la confirmation: les Séraphins sont les anges les plus proches de Dieu en théologie chrétienne. Ils portent son trône. Maxime, comme l’on peut s’en douter, signifie: le plus grand.

Voilà. Ainsi chacun est libre de son interprétation.

Fin Octobre 2016. Je reçois mon cadeau d’anniversaire. Il s’agit d’une vidéo. Je vais parcourir toutes les versions qui trainent sur le Tube sans parvenir à m’en détacher. Il s’agit de Psaumes en araméen par un choeur orthodoxe. A vrai dire, les détails m’importent peu. Cela parle à mon âme. Plus que tout au monde. Je peux y ressentir la douleur et la beauté qui se mélangent. L’homme officie au sein d’une église. Il est devenu une curiosité. Sa voix hypnotise les fidèles. Le choeur entonne d’autres Psaumes, mais c’est invariablement le même qui revient comme une évidence. Ils ne savent plus eux-mêmes pourquoi. Ils sont happés par une force bien supérieure. Cette même force qui les contraint dans ce Psaume en particulier. Bien sur, je ne connais pas l’araméen. Bien sur, je ne comprends rien. Mais je ne peux m’en défaire. J’écoute. Je vibre.

Lorsque tout le monde baisse les yeux pour chanter ces Psaumes, cet homme lève les yeux au ciel. Il s’appelle Serafim.

J’ai hésité à poster la vidéo pour marquer le jour de mon anniversaire. Je me suis dit que cela n’était pas forcément pertinent à partager. Mais voilà que ce soir, je me suis penché sur le texte. Ce n’est pas seulement l’araméen qui parle à mon âme:

(Selon toute vraisemblance voici le passage repris en boucle par Serafim et son choeur.)

Psaume 51:
2 Lave-moi complètement de mon iniquité, Et purifie-moi de mon péché.
3 Car je reconnais mes transgressions, Et mon péché est constamment devant moi.
4 J’ai péché contre toi seul, Et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, En sorte que tu seras juste dans ta sentence, Sans reproche dans ton jugement.
5 Voici, je suis né dans l’iniquité, Et ma mère m’a conçu dans le péché.

Tryptique du 5 Aout 2015

La suite:
6 Mais tu veux que la vérité soit au fond du cœur: Fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi!
7 Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur; Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige.
8 Annonce-moi l’allégresse et la joie, Et les os que tu as brisés se réjouiront.
9 Détourne ton regard de mes péchés, Efface toutes mes iniquités.
10 O Dieu! crée en moi un cœur pur, Renouvelle en moi un esprit bien disposé.
11 Ne me rejette pas loin de ta face, Ne me retire pas ton esprit saint.
12 Rends-moi la joie de ton salut, Et qu’un esprit de bonne volonté me soutienne!
13 J’enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent, Et les pécheurs reviendront à toi.
14 O Dieu, Dieu de mon salut! délivre-moi du sang versé, Et ma langue célébrera ta miséricorde.
15 Seigneur! ouvre mes lèvres, Et ma bouche publiera ta louange.
16 Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes.
17 Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit briséO Dieu! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit.

(les deux versets finaux d’origine semblent être un ajout postérieur destiné à légitimer Jérusalem, ils rentrent en flagrante contradiction avec les versets 16 et 17 : esprit contre matière)

Mais revenons à la cause du repentir qui est le coeur de ce Psaume. Comme l’indique l’introduction du Psaume, il est question de la relation entre David, paix sur lui, et Bethsabée. Voici le passage coranique qui évoque cet épisode, ainsi que l’interprétation courante qui en est faite:21. Et t’est-elle parvenue la nouvelle des disputeurs quand ils grimpèrent au mur du sanctuaire!
22. Quand ils entrèrent auprès de David, il en fut effrayé. Ils dirent: « N’aie pas peur ! Nous sommes tous deux en dispute ; l’un de nous a fait du tort à l’autre. Juge donc en toute équité entre nous, ne sois pas injuste et guide-nous vers le droit chemin. » Le premier homme dit : Le premier homme dit : « Celui-ci est mon frère : il a quatre-vingt-dix-neuf brebis, tandis que je n’ai qu’une brebis. Il m’a dit : « Confie-la-moi »; et dans la conversation, il a beaucoup fait pression sur moi. » (Coran 38.23) David lui répondit :« Il a été certes injuste envers toi en demandant de joindre ta brebis à ses brebis. Beaucoup de gens transgressent les droits de leurs associés, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres – cependant ils sont bien rares. » Dés le départ des deux hommes, David comprit qu’Allah le mettait à l’épreuve suite à son comportement envers l’un de ses soldats. David avait de nombreuses femmes (99 est un nombre symbolique) et il épousa Bethsabée persuadé que son mari était mort au combat. La Bible (épisode du récit de la brebis racontée par le prophète Nathan) affirme que c’est David qui envoya l’homme en mission « suicide ». A son retour, il apprit que David épousa sa femme et demanda qu’elle lui soit rendue. Mais David insista pour la garder et lésa le droit de son soldat. Ainsi, à travers la parabole des deux plaideurs, David comprit qu’il venait de prononcer son propre jugement.« Et David pensa alors que Nous l’avions mis à l’épreuve. Il demanda donc pardon à son Seigneur et se prosterna et se repentit. Nous lui pardonnâmes. Il aura une place proche de Nous et un beau refuge. Ô David, Nous avons fait de toi un calife sur la terre. Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas la passion sinon, elle t’égarera du sentier d’Allah. Car ceux qui s’égarent du sentier d’Allah auront un dur châtiment pour avoir oublié le Jour des Comptes. » (Coran 38.24-26)

Le Psaume 51 serait donc la prière d’expiation de cette histoire coranique d’adultère.

Cependant, il existe une interprétation alternative. En effet, dans l’histoire coranique, David n’a écouté que l’homme a la brebis seul et a pris immédiatement parti pour lui sans écouter l’autre. Il peut avoir ainsi été injuste envers l’homme aux 99 brebis. Ce serait de cette prise de position partiale dont David se repentirait. Cette version nie totalement l’histoire d’adultère avec Bethsabée.

Dans les évangiles, nous trouvons une histoire similaire:

Mt 18.12 Que vous en semble? Si un homme a cent brebis, et que l'une d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s'est égarée? 18.13 Et, s'il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. 18.14 De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits.

Ici, il est bel et bien question de joindre la 100 ème brebis au reste du troupeau. Si l’on rejoint ce récit et celui de David selon le Coran dans la deuxième interprétation alors nous comprenons que l’homme qui parle symbolise le diable qui cherche à détourner un serviteur d’Allah. La faute de David serait donc d’avoir détourné le regard d’un croyant qu’il jugeait égaré. (Peut-être l’un de ses soldats dont il aurait douté de la foi et envoyé à une mort certaine) Aux yeux de Dieu, un seul croyant vaut plus que tout au monde. David devrait se repentir de cela. Donc, si l’on en revient au Psaume 51, il s’agirait de cela. Cependant, dans la mesure où l’histoire de Bethsabée serait un pur mensonge inspirée par le Shaytan (le soldat n’a aucun lien avec elle), le Psaume 51 change de sens et n’est plus lié à l’histoire de David. Il pourrait ainsi devenir un Psaume prophétique concernant le Messie à sa deuxième venue. Car la mère de David ne l’a pas conçu dans le péché. Du vivant de sa mère, le Messie n’est pas parvenu à lui pardonner pour le secret qu’elle a gardé enfouie concernant sa conception. Pourtant, ce secret était totalement prédestiné pour sa mission. Même en sachant cela, il n’a pas choisi de l’informer de qui il avait compris qu’il était. Il a choisi le silence dans un “oeil pour oeil, dent pour dent”. La miséricorde aurait été préférable.

Le Messie doit se repentir de cela pour être délivré. Il pourra ainsi célébrer ses noces.

Dieu est grand. Paix sur vous.

Remarque: le Psaume 51 est l’un, sinon le Psaume le plus célèbre. Son nom en latin est Miserere. Il a été adapté en musique sous diverses formes, y compris dans l’esprit, par le relativement récent Hallelujah de Leonard Cohen repris par Jeff Buckley. Il apparaît clair que le verset sur la conception dans le péché, alors que la mère de David n’en a pas commis, a engendré une mauvaise compréhension de l’acte sexuel dans la religion chrétienne et partant, du péché originel. Dans ce domaine, il suffit de se référer à la position islamique courante.

Chacun saura trouver la version qui parle le plus à son âme.
Devant le Pape
Répétitions
Devant un public de fidèles
En privé sans micros

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