En 1985, j’avais 12 ans. A l’époque, le classement des artistes tendance était jugé sur la vente des vinyles 45 tours. C’est dire si nous parlons d’une époque qui appartient à un autre monde, un autre siècle, un autre millénaire. Quant à moi, je n’avais pas de platine disque. Un de mes premiers albums était « Be yourself tonight » de Eurythmics, en cassette. La première chanson qui m’avait fait découvrir le groupe était « It’s allright (baby’s coming back) », mais celle qui m’avait fait chavirer pour un long moment était « There must be an angel (Playing with my heart) ». On peut mesurer la qualité d’une œuvre artistique à sa résistance au temps. Cette chanson est toujours appréciée mais elle n’a certes pas la portée spirituelle que revêt la chanson phare de l’album éponyme, Brothers in arms, dont j’avais le disque compact. Si musicalement, elle n’a pas pris une ride et contient un joyau de guitare, c’est bel et bien l’intemporalité de ses paroles qui inscrit cette œuvre au patrimoine mondial de l’humanité. Elle a depuis longtemps dépassé ses propres auteurs. Aujourd’hui, je veux donner à cette chanson une autre dimension. Non pas qu’il s’agisse de la placer sur le même pieds d’égalité que les écritures, mais de pointer qu’il s’agit bien là, selon moi, d’une œuvre inspirée par le Créateur livrée au monde en son temps et son heure. C’est au cours des années Top 50, les années collège, que ma mère m’a emmené dans une sorte de voyage initiatique. A un âge où l’on emmène d’avantage ses enfants pour leur faire découvrir les animaux, la botanique, le sport ou la science, ma mère avait décidé, alors que je n’étais qu’un adolescent, de partir en voyage dans l’est de la France, là où les stigmates de la Grande guerre étaient encore visibles dans la terre, et ce, partout où le regard s’étendait. Nous visitions des forts où s’étaient tenus des batailles décisives, où s’était perpétré des crimes de guerre par l’utilisation de produits chimiques interdits depuis. Nous visitions des ossuaires, des musées, des endroits de mémoire où des moyens avaient été mis en œuvre pour exposer dans la dure réalité tout ce qui s’était passé, au front et autour du front. Rien ne nous était épargné, pas même les cadavres des animaux morts au milieu des cratères de bombes. Du haut de mon adolescence, j’étais confronté à des images qu’on ne voit nul part ailleurs tant elles sont perturbantes dans ce fameux ossuaire de Douaumont. Ma vie a basculé à ce moment là. A un âge où l’on découvre les jeux vidéos, les premières amours, qui est encore un temps d’insouciance, j’étais propulsé dans la noirceur la plus crasse de l’humanité. C’est à cette période qu’est sorti Brothers in arms. J’imagine que Dire straits est venu habiller l’insoutenable, m’offrir une porte de sortie d’humanité. Dès lors, ces deux éléments, la chanson et le voyage, étaient devenus indissociables.
Bien des années plus tard, vers 1996, alors en deuxième année des Arts, il m’était demandé de m’exprimer dans une case de l’équerre de promotion. En effet, chaque promotion devait produire plusieurs objets pour exister au sein de l’histoire des Arts. L’équerre était donc un support destiné à recueillir en un dessin/texte dans une case de quelques centimètres carrés, ce que chaque membre de la promotion voulait exprimer et laisser comme témoignage aux générations à venir. Bien conscient de tout cela à l’époque, j’avais donc inscrit dans un coin de l’image « Love 26 Bo 194 ». Toute la case reproduisait un champ de bataille. On y voyait une tranchée au milieu d’une terre ravagée par les obus. Un bout de barbelé. Et enfin une main émergeant de derrière une butte de terre. Le texte reprenait celui de la chanson: « We are fools to make war to our brothers in arms. » J’étais bien conscient que ma case détonait franchement avec celles qui l’entouraient où généralement étaient exprimées des choses positives. Mais lorsque l’on me formule une demande, j’y réponds non pas tel que les gens s’attendent à ce que j’y réponde, mais tel que je juge devoir faire. Même si cela ne plait pas, même si cela ne correspond pas à la norme. Ce principe a guidé ma vie. Et même si j’ai pu parfois faire des concessions pour obtenir la paix ou autre chose, il y a cette constante qui fait que me voilà aujourd’hui à trancher sur la question épineuse du conflit israélo-palestinien. Je le répète: Un juste n’a pas à prendre parti pour des injustes. Si dans une guerre les deux camps sont injustes, alors il faut rester neutre, réellement neutre. Pas une posture de lâche qui consiste à fuir les ennuis et à être dans une paix artificielle. Je ne suis pas en paix. Mais la paix ne s’achète pas en cédant aux désobéissants au Créateur parce qu’ils crient les plus forts, parce qu’ils ont une capacité de nuisance. Nuisez, nuisez. Mais au jour des comptes, vous en paierez le prix. Attention, que cela ne nous amène pas à penser que nous serions innocents. Nous avons tous une part de responsabilité dans la guerre. Pour certains, ce sera de se taire. Savoir la vérité et se taire est un grave péché dont on devra rendre des comptes, moi y compris. Je n’ai donc jamais entretenu l’ambiguïté sur la question et il est clair que j’ai du m’attirer les foudres de tous mes frères en Islam.
Mais ne sommes-nous pas fous de nous mener la guerre pour des injustes?
Brothers In Arms
Frères D’armes
These mist covered mountains
Ces montagnes habillées de brumes
(la vallée du Cantal où je réside est couverte de brume presque tous les matins y compris en été)
Are a home now for me
Sont ma demeure désormais
(j’apprends à vivre ici)
But my home is the lowlands
Mais ma patrie ce sont les Lowlands
(je demeure un parisien, un homme d’une région de plaine)
And always will be
Et elles le resteront à jamais.
(les racines sont ancrées)
Some day you’ll return to
Un jour ou l’autre vous reviendrez
Your valleys and your farms
A vos vallées et à vos fermes
And you’ll no longer burn
Et vous n’aurez plus à lutter
To be brothers in arms
Pour être des frères d’armes.
(il est question du jour du retour. Le combat d’ici-bas ne prend pas fin avant la mort. Ce retour est donc vers la vie d’après)
Through these fields of destruction
A travers ces champs de la destruction
(il s’agit de la destruction de l’orgueil des combattants dans le sentier d’Allah)
Baptism of fire
Ce baptême du feu
(le feu de l’Esprit transperce pour la première fois l’âme des combattants)
I’ve witnessed all your suffering
Je fus le témoin de toutes vos souffrances
(de diverses natures)
As the battles raged higher
Au cœur des combats qui faisaient de plus en plus rage.
(la situation n’a fait que s’empirer)
And though they did hurt me so bad
Et même s’ils m’ont fait si mal
(ces démons)
In the fear and alarm
Dans la terreur et dans l’urgence
(usant principalement de la terreur psychologique)
You did not desert me
Aucun de vous ne m’a abandonné
My brothers in arms
Mes frères d’armes
(de l’armée du Seigneur des armées)
There’s so many different worlds
Il y a tant de mondes différents
So many different suns
Tant de soleils différents
(différentes façons d’appréhender le divin)
And we have just one world
Nous n’avons pourtant qu’un seul monde
But we live in different ones
Mais nous vivons dans des différents
(le Créateur nous a voulu en différentes communautés)
Now the sun’s gone to hell
Le soleil a plongé aux enfers
And the moon’s riding high
Et la lune grimpe au firmament.
(le Jour tant redouté est arrivé)
Let me bid you farewell
Laissez-moi vous faire mes adieux
Every man has to die
Puisque tout Homme doit mourir.
(je ne pense pas qu’il s’agit là d’une mort physique mais de dire adieu aux hommes de l’ignorance que nous étions jusqu’alors)
But it’s written in the starlight
Pourtant c’est écrit dans la lumière des étoiles
(le grand Livre où tout est écrit: la part de prédestination)
And every line on your palm
Et dans chaque ligne de vos mains
(dans nos actions: la part liée à notre libre-arbitre)
We’re fools to make war
Que nous sommes fous de faire la guerre
On our brothers in arms
A nos frères d’armes.
(nous ne remporterons la victoire uniquement si nous unissons nos propres âmes (combat contre la dissociation psychologique individuelle) et l’ensemble de nos âmes( dissociation de la communauté des croyants), c’est une démarche méta-holistique)
Paix sur les âmes de bonne volonté.