Siloé

« Je 9.2 fait partie du récit  où Jésus guérit un homme aveugle de naissance. Le verset dit :
Je 9.2 Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?
Les disciples demandent à Jésus pourquoi cet homme est né aveugle, pensant que c’était une conséquence d’un péché, soit de l’homme lui-même (avant sa naissance), soit de ses parents. Cette question reflète une croyance commune à l’époque, selon laquelle les malheurs physiques ou les handicaps étaient souvent interprétés comme une punition divine pour un péché personnel ou familial. La réponse de Jésus, qui vient au verset suivant, met fin à cette idée en disant que ce n’est pas à cause du péché, mais pour que les œuvres de Dieu se manifestent à travers lui. »

En guise d’introduction, j’ai choisi de vous faire un copier-coller de la réponse que m’a donné le chat d’IA sur l’enseignement apporté par le verset Je 9.2. J’aurais très bien pu également retranscrire la vidéo courte délivrant cet enseignement depuis un compte évangélique américain qui m’a interpellé. Il est clair que ce genre de format s’adresse essentiellement à des novices en matière de foi. Je ne viens pas apporter aujourd’hui une critique à cette pratique largement répandue parmi toutes les communautés. J’aurais pu dans ce genre de situation, faire tourner la roulette de ma souris, mais j’ai préféré écouter entièrement. Il ne s’agit que de quelques secondes après tout. Bien m’en a pris car ce n’est pas tant le contenu de l’enseignement qui m’a surpris mais sa présence même dans l’évangile. En effet, cet enseignement, s’il peut constituer les bases d’un retour à la foi au 21ème siècle, n’était pas pour la période qui nous préoccupe, le premier siècle de notre ère au sein d’Israël, un enseignement pertinent. Si effectivement les disciples avaient posé une telle question à ce moment là, il n’aurait absolument pas été utile de la transcrire dans l’évangile. La sagesse rabbinique de l’époque, se basant principalement sur le livre de Job, paix sur lui, devait suffire. Les évangiles ne sont pas destinés à reprendre la sagesse rabbinique mais à la prolonger. Si dans les siècles qui ont suivis, beaucoup de lecteurs ignorants de la Torah nécessitaient de recevoir ces enseignements, ce n’était pas le cas des premiers chrétiens imprégnés de cette sagesse et à qui les rédacteurs s’adressaient en tout premier lieu. Il est essentiel de distinguer les enseignements religieux par une autorité et les livres révélés. C’est encore plus vrai pour les évangiles.
Une question m’est venu: Les disciples étaient-ils des novices en matière d’écriture et avaient-ils besoin d’avoir un enseignement aussi classique, ou bien l’auteur de l’évangile commet une erreur théologique, ou bien ce récit dissimule une information cachée? La troisième hypothèse me semblait la plus juste.
Je me suis donc penché sur ce verset. Assez rapidement, j’ai établi le parallèle avec Lc 13.1-5 grâce à Siloé et l’enseignement du lien entre le péché et la punition. Dans le prolongement de l’article « Onction », nous allons devoir réinterpréter ces deux passages dans le contexte de cette guerre clanique scripturaire. Premier indice qui montre que nous sommes dans la bonne voie, il n’y a pas d’équivalent chez Mc/Mt. Connaissant la chronologie, nous allons devoir nous pencher en premier sur Lc.

13.1 En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices.13.2 Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte?13.3 Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également.

 

13.4 Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem?13.5 Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également.

 

13.6 Il dit aussi cette parabole: Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point.13.7 Alors il dit au vigneron: Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Coupe-le: pourquoi occupe-t-il la terre inutilement?13.8 Le vigneron lui répondit: Seigneur, laisse-le encore cette année; je creuserai tout autour, et j’y mettrai du fumier.13.9 Peut-être à l’avenir donnera-t-il du fruit; sinon, tu le couperas.

Regroupé ainsi, nous commençons à comprendre. Dans Onction, nous faisions un lien entre l’onction de parfum par la reine et la prise de décision par le Sanhédrin de la condamnation du Messie, un lien équivalent avec celui entre le Temple et le figuier. Voilà ce fameux figuier qui jaillit du texte de Lc. Il ne s’agit pas simplement d’une juxtaposition. Même si le verset 13.1 ne le mentionne pas, le Temple est pourtant omniprésent dans le texte.  Ce que nous comprenons assez vite est que ce passage n’est pas correctement placé dans le texte. 13.7 indique une période de 3 ans, nous sommes donc bien dans la semaine sainte de la Passion. Ce passage est entièrement lié à l’épisode des marchands du Temple, et donc à la condamnation de Dieu par l’intermédiaire de son Messie, de celui-ci ainsi que de ceux qui y officient. Si les marchands a lieu le lundi, alors nous sommes surement le mardi. Il est pertinent de se demander si le drame rapporté a bien eu lieu dans la mesure où il n’est pas rapporté par Mc/Mt. Dans la problématique d’une transmission/rédaction des évangiles dans un contexte hostile, il est possible que les autres rédacteurs aient choisi d’omettre cet épisode craignant qu’il ne soit trop révélateur de leur hostilité à l’égard de la couronne adiabénienne et expose leur disciples à des persécutions. L’auteur de Lc a choisi de s’exprimer en code. Il faut bien comprendre que le texte n’est pas le seul moyen de transmission. Déjà au premier siècle, les commentateurs expliquaient le contexte et ajoutaient certains détails. La rivalité clanique n’était pas enseignée, elle était de fait vécue de l’intérieur. Avant même de prendre connaissance des textes, on savait déjà de qui se méfier selon son groupe d’appartenance. Ce que nous dévoilons n’en est qu’une trace fossile limitée.

Lorsque les gens lisent le verset 13.1, ils ne s’attardent pas et préfèrent argumenter sur l’enseignement. Cela est bien dommage car ce qu’on y lit pose question. En effet, il est dit que le préfet romain fait couler le sang d’un groupe de pèlerin qui est venu sacrifier au Temple. Il faut bien comprendre que les sacrifices ont lieu sur le parvis et que cet espace est interdit aux mécréants, donc interdit aux soldats romains. Si l’on imagine qu’un groupe d’individus a décidé de mener une action violente et qu’ils se trouvent au Temple pour sacrifier avant d’en ressortir, les romains auraient très bien pu attendre d’intervenir à leur sortie. Mater la rébellion se fait dans le but d’obtenir la paix. Intervenir de manière violente dans l’enceinte sacrée était contre-productif. La conclusion qui s’impose est que les romains n’ont pas eu le choix. Certainement prévenus par un homme infiltré, ils savaient que le groupe d’homme s’est fait passer pour des pèlerins et qu’ils s’apprêtaient à s’en prendre aux prêtres et de prendre possession des lieux. Un tel évènement est rapporté dans certaines versions des toledot Yeshu: 310 disciples se seraient introduit à l’intérieur du Temple.  https://en.wikipedia.org/wiki/Toledot_Yeshu Mais pourquoi faire une chose aussi insensée? Eh bien tout simplement cette décision a été prise à la suite de la condamnation du Temple par le Messie. Ce groupe était venu pour accomplir la prophétie et incarner le bras vengeur du Créateur contre ceux qui étaient condamnés.

Ce groupe était surement entrainé pour une telle opération. Il avait un commanditaire. Un indice nous est donné par la suite du texte. Le verset 13.4 nous parle de la tour de Siloé et de la mort de 18 hommes. Ensuite il est question du figuier et des vignerons, soit du Temple et des prêtres. Puis il nous est rapportée la guérison d’une femme possédée. Une femme possédée depuis 18 ans.

13.11 Et voici, il y avait là une femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser.

Il ne faut pas chercher un sens au 18 car ce nombre n’a pas vraiment de signification. Il a justement été choisi pour verrouiller les deux éléments du texte dans ce chapitre. Nous comprenons que la tour de Siloé est une femme. Vous me direz, cela fut facile, car je sais très bien quelle tour domine le bassin de Siloé, c’est une des tours du palais de la reine d’Adiabène.

En couverture, illustration de la page Wiki: « Au premier plan le bassin de Siloë, sur sa droite la reconstitution du palais avec enceinte fortifiée d’.élène d’Adiabène dans la ville basse de Jérusalem au sud du Mont du Temple d’après la maquette de Jérusalem à l’époque du Second Temple du musée d’Israël (1966). »

Nous savons aussi qu’un des sens de Magdala est « tour ». Au passage, considérant la récente conversion de la reine, il est fort possible que la construction de son palais soit encore en cours à ce moment là. L’effondrement de la tour pourrait résulter d’un accident de chantier. Est-ce que l’auteur introduit le fumier en bordure du figuier tout en escamotant la tour de la parabole initiale dans cette parabole bricolée pour indiquer justement l’implantation de ce palais en bordure de l’enceinte du Temple? C’est tout à fait envisageable. Ce serait une quenelle en bonne et due forme. L’auteur de Lc est donc bien en train de nous rapporter que la reine, alors encore à ce moment là authentique disciple du Messie, a décidé d’envoyer ses hommes pour accomplir la prophétie. Si la parabole des vignerons, comportant l’élément de la tour qui n’est pas altérée par la venue du fils du propriétaire, n’apparait dans le texte qu’au moment où elle est exposée devant le Sanhédrin, il est tout à fait envisageable que cette parabole et son explication était connue depuis quelques jours par les disciples. Les rédacteurs ont choisi de la placer au moment où elle prenait toute sa dimension et non toutes les fois où elle a pu être exposée. De toute façon, la condamnation du Temple et de sa fonction religieuse allait de pair avec la fin du sacerdoce. Étant données les tensions entre le Sanhédrin et la famille royale, et considérant comment cette dernière n’a pas hésité à le trahir comme nous pouvons le voir ailleurs, il n’est pas surprenant que la décision de les éliminer physiquement ait été prise immédiatement après. L’épisode des marchands du Temple est un moment décisif car il projette  tous les protagonistes les uns contre les autres. Il n’est plus temps de temporiser. Une grande partie du peuple va d’ailleurs se désavouer du Messie pour ce geste impardonnable. Voilà pour l’explication de l’évangile lucanien ou dit de la lumière.

9.6 Après avoir dit cela, il cracha à terre, et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux de l’aveugle,9.7 et lui dit: Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (nom qui signifie envoyé). Il y alla, se lava, et s’en retourna voyant clair.

A présent tournons vers le quatrième évangile. Pour le comprendre, il faut partir du postulat qu’il est donc rédigé en dernier, qu’il a pour ambition de contrecarrer le travail de mise en garde des précédents au sujet de la famille royale et de développer sa propre théologie. Immédiatement le thème est engagé autour du péché et de la malédiction, ceci afin de se recoller et d’amplifier cette problématique lucanienne au détriment des détails. Pour appuyer le propos le mot Siloé apparait donc dans le récit. Cette fois le mot tour disparait au profit du bassin et de son eau. Pour achever le travail, l’auteur pratique une incise dans le texte pour préciser le sens du mot Siloé. Le lecteur focalise donc sur le sens du mot et non sur le lieu en lui-même et sa proximité avec des tours. Le thème de l’eau vive est typique de cet auteur. La boue utilisée rappelle l’acte primordial de création d’Adam, paix sur lui. Pourtant, l’aveugle ne recouvre la vue uniquement lorsque il lave ses yeux dans l’eau du bassin. Il faut comprendre ici une volonté d’exprimer une renaissance, un renouvellement de la Création. C’est une préfiguration de la scène finale « Noli me tangere » dont nous avons déjà traité. Le prophète annoncé après le Messie dans plusieurs endroits de l’évangile, c’est celui qui est lié à Siloé. Le messager de Siloé. L’auteur présente la reine comme le messager qui vient renouveler la Création. En écrivant cela, je pousse un gros soupir. Voilà quelle était l’intention de l’auteur.

Quant à mon intention, elle est d’éradiquer toute trace de mensonge dans les écritures. J’avoue que la joie m’a envahi lorsque j’ai compris tout ce que vous venez de lire. Passés les corrections et peut-être les mises à jour, qui sait, rendez-vous très bientôt pour de nouvelles aventures, dans la Torah, l’Injil ou le Coran.

Paix sur vous.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Magdala_(Isra%C3%ABl)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Izat%C3%A8s_II
https://fr.wikipedia.org/wiki/Job_(Bible)
https://www.stephanpain.com/2024/09/23/onction/
https://www.stephanpain.com/2023/05/08/la-tour-prends-garde/
https://www.stephanpain.com/2016/01/17/noli-me-tangere/
https://www.stephanpain.com/2023/12/28/les-sans-roi/
https://www.stephanpain.com/2016/08/31/helene-et-les-garcons/
https://www.stephanpain.com/2016/08/15/le-rouge-et-le-noir/
Omniprésence de la reine dans le texte du toledot Yeshu
https://opensiddur.org/readings-and-sourcetexts/festival-and-fast-day-readings/readings-for-days-on-christian-calendars/nittel-nacht-readings/toldot-yeshu-according-to-the-strasbourg-variant-cantillated-and-vocalized-by-isaac-gantwerk-mayer/