Puzzles et patiences

Puzzles et patiences

Dernières modifications le 16 décembre 2014·6 minutes de lecture

Souvent, pour me changer les idées, je fais des patiences ou des puzzles sur ma tablette.

Avant qu’il ne fasse vraiment froid, je préférais néanmoins faire des randonnées dans la nature pour méditer.

La toute dernière fois que je me suis baladé dans la campagne juste avant de reprendre la route vers la grisaille, je repensais aux événements de cet été et à l’attaque de Gaza pendant le Ramadan. Je m’étais rendu à une manifestation. Il n’y avait que des drapeaux rouges tout autour. Pas vraiment le genre de clientèle qui aime disserter sur l’aspect spirituel des choses. Heureusement je trouvais quelques frères avec qui parler, bien que je ne sois pas si sur de leur réelle motivation. Après que les gens se soient dispersé, est arrivé un drôle de barbu perché sur ses rollers. Un salafiste à roulette. Voilà qui n’est pas banal. Il désapprouvait le fait que des musulmans manifestent. Ce n’est pas « sunnah ». Avec moultes hadiths, cela va s’en dire. Il a tenu à me raccompagner. Il m’a expliqué que la seule action dans laquelle il s’investirait de toute sa foi, serait que tous les croyants marchent vers Jérusalem. 1 millions de gens.

Depuis, j’avais repensé de nombreuses fois à ses mots. Le Ramadan s’est terminé. Gaza aussi. Pas la colère. J’étais alors pris d’une irrémédiable envie de voyager. Cela m’avait mené dans de nombreux endroits en France et beaucoup de rencontres.

L’hiver commençait à pointer le bout de son nez. Il y avait une épaisse brume. J’étais seul à marcher sur une route déserte. Je dépassais une ferme tout en méditant une nouvelle fois sur toutes les pièces du puzzle. Et si l’idée du barbu à roulette était la bonne? Et pourquoi pas?

A ce moment là, instinctivement je me retourne, un berger allemand aux poils ébouriffé et à la mine sombre court vers moi. Impossible de l’éviter. Il prend son élan et … il me fait la fête. Ouf! L’espace d’un bref instant, j’ai eu peur. La seule victime ici, sont mes vêtements, que ses pattes sales recouvrent de boue. Tu es très sympathique, j’adorerais jouer plus avec toi mais tu es vraiment trop sale.

Tout en me brossant sommairement en m’éloignant, je réalise ce qui vient de se passer. Quel signe! J’ai beau avoir « l’habitude », je suis toujours stupéfait. Pendant tout le reste de ma marche, j’envisage ce que pourrait être la mise en pratique d’une telle chose. Je nous vois déjà aller de mosquée en mosquée pour faire gonfler la troupe. Puis sortir de France. Quelle organisation cela serait. Quelle preuve de foi cela serait. Et puis surtout quelle épreuve. C’est un peu comme si mes déplacements actuels étaient une sorte de répétition à petite échelle.

Mais je ne suis pas un meneur d’homme. Comment initier un tel mouvement? Les réactions à l’évocation de cette idée autour de moi étaient négatives.

J’ai donc laissé murir l’idée.

Il y a quelques temps je suis allé passer un vendredi dans une mosquée de l’autre coté de Paris. Vers le soir, juste avant la prière, je repensais à cette histoire de marche. Je décidais donc de demander à Dieu de l’aide. J’étais au premier rang, en face de la bibliothèque basse. Quand j’ai relevé la tête, il y avait un mot devant moi. Pendant de longues secondes je me suis demandé ce qu’était cet objet. Cela ne ressemblait à rien de ce qui pouvait être posé dans un tel endroit. Je me lève enfin et je me saisis de l’objet. Le voici:

ASSAULT

J’étais désemparé. C’était là ma réponse? Un assaut? Mon Dieu, mais pourquoi?

S’il le faut, alors cela se fera. Si dur que l’idée puisse être.

Vous savez, quand on fait une demande précise et que l’on a un signe aussi précis, il est dur de nier. Le signe je l’ai dans la main.

Un homme avec un grand sourire vient me serrer la main. Je lui raconte ma petite histoire. Un autre homme vient se joindre à nous. Vous savez comment sont les musulmans à l’égard des soupçons de violence. C’est terrible. L’effet de la propagande médiatique est terrible sur eux.

Le deuxième homme inspecte le bracelet en caoutchouc et tire de toutes ses force dessus. Il veut absolument le détruire. Comme si il voulait qu’il n’ait jamais existé. Vraisemblablement tout le monde est troublé. Et puis un autre homme apporte la solution: c’est un frère qui l’a trouvé par terre dehors, il l’a posé là. Il n’a certainement pas cherché à savoir ce que cela signifiait. Et puis l’un d’eux me fait remarquer les petites bombes. Il est bien question de guerre. Il n’y a pas d’ambiguïté.

Cette fois, je n’en ai parlé à personne. Comme tant de choses d’ailleurs. Je distille au compte goutte. Vous savez, ce n’est pas facile à gérer.

Quelques temps ont passé, je me suis plongé dans la lecture intensive (pour moi). Je réfléchis à de grands concepts philosophiques fumeux. Ce matin, je lisais la page wikipédia de Salman le Perse. Un personnage minorée selon moi. Surement à cause de ses origines non-arabes. Il est pourtant un homme clef parmi les compagnons. Il a fait un long voyage après avoir lutté contre ses propres parents et a fini comme esclave. C’est lui notamment, qui favorise la victoire finale contre les coalisés à Médine. Un moment crucial de la révélation. Son surnom est Loqman en référence à un personnage bien plus ancien. Je clique sur le lien et ce que je lis n’a que peu de rapport avec ce qui m’intéresse. Je décide donc de retourner sur la page précédent de mon navigateur. Et c’est la page de la bataille de la tranchée qui apparait. Un nouveau retour en arrière et me voilà de retour sur la page de Salman. Je clique sur la flèche droite deux fois. Les trois pages ne changent plus. La page de la bataille s’est bien intercalée entre les deux. Je n’ai JAMAIS cliqué dessus. De plus, il n’y a aucun lien vers Loqman depuis la bataille. Même le nom de Salman n’est pas en lien.Visiblement cette bataille doit révéler des choses dont j’ai besoin.

Voici le lien: http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_Tranch%C3%A9e

Le bracelet est là, à coté de moi. Je le regarde. Quel est le lien entre tout ça?

Et puis la réponse tombe il y a quelques minutes. L’un de mes contacts poste des oeuvres d’un artiste contemporain. Le diable est caché derrière le masque d’un clown blanc. Il ne voit pas les cartes qui sont dans notre main.

Une carte qui s’avère être la dernière pièce du puzzle.

Le vendredi 21 novembre 2014 au matin, j’ai fait un rêve.

J’étais à bord d’Enola Gay et j’assistais à la manipulation des commandes de largage de la bombe.

Ensuite, me voilà à coté de celle-ci alors qu’elle chute dans le ciel. Je n’entends que le violent souffle du vent alors que la terre est encore loin.

Enfin, me voilà dans la ville. Tout est calme. Personne ne se doute de rien.

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