L’enjeu des mille et une bornes
La fin de mon Chemin en 2025 fut très rude. La douleur à mon pied était devenu insoutenable dans les derniers kilomètres. Cette année 2026, fort de mon expérience, je décidais de partir par une autre voie et de beaucoup plus loin. 1000 kilomètres avant la frontière, il y avait de quoi voir venir. L’aventure fut radicalement différente. Cette voie-là n’est clairement pas pour les débutants. A l’époque j’avais choisi de raconter mon histoire sous la forme d’un conte atemporel: Les faux-cils et le marteau. Ce choix avait surement été motivé par la volonté de me détacher personnellement du récit. Cette manière de raconter est assez contraignante et j’évite de l’employer afin de gagner en précision. Pour l’instant, je pense qu’il n’est pas utile de raconter l’ensemble de mon Chemin. Je vais donc me concentrer sur sa fin.
Nous voilà début septembre. J’approche le seuil du pays Basque. Au bout de près de 900 km parcouru, l’échéance arrive. Il me faut donc prendre une décision sur la suite de mon Chemin. Une chose est sure: je ne traverserai pas l’Espagne. Je peux donc grimper jusqu’au col de la frontière, ou bien aller au bord de l’Océan. Et là plusieurs scénarios sont envisageables : Jumu’ah à Bayonne puis final sur la plage de Capbreton, mais je connais déjà ces deux endroits, ou bien mosquée d’Irun puis rocher de la Vierge à Biarritz. Je bivouaque dans un champ proche d’un cimetière à la sortie d’un village. Le lendemain matin, comme souvent, il y a de la rosée. Mes lunettes, que je pose dans mes chaussures pour la nuit, ont réagi avec la rosée et se sont opacifiées. C’est donc avec une vue altérée que s’engage la séquence de la fin de mon Chemin. A ce moment là, je ne suis pas vraiment sûr de mon choix. Dois-je poursuivre mon périple jusqu’à la cité espagnole considérée par les chrétiens comme lieu saint? Pour un certain nombre de gens, y compris étranger au principe de pèlerinage ou à la foi, le Chemin n’a de sens que si il se termine dans cette cité. Pour une grande majorité, le Chemin est un assemblage de tronçons qu’ils vont parcourir au fur et à mesure des années. A bien y réfléchir, on dirait qu’il y a un fossé entre les deux. Dès lors que l’on a la capacité de poursuivre sur une très longue distance, la cité s’impose d’elle-même. D’ailleurs, le fait de s’engager en Espagne implique que le pèlerin réunit les conditions pour ne pas s’arrêter et qu’il ira jusqu’au bout. Si bien que finir son Chemin après tant de kilomètres à l’entrée de l’Espagne peut paraitre curieux pour les voyageurs au long court, suspect pour les traditionalistes (pas seulement dans la religion). Il est clair que l’apôtre Jacques n’a jamais mis les pieds en Espagne. Je le répète à chaque fois que le sujet est abordé. La cité n’a donc pas de signification en elle-même. Le Chemin si, car il marque le lieu de la marche de saints. Des saints anonymes bien sur. Pas ceux que l’institution a choisi. Dieu connait mieux les siens, et Il place les sédentaires aussi sur le parcours.
A ce moment là, je commence à ressentir des douleurs dans le bas du dos. On ne peut pas tirer sur la corde indéfiniment. Mais ça passe. Ca ira jusqu’au bout. Je traverse donc le pays Basque sauvage. Mon choix est fait alors que je le quitte. Le bivouac est impossible dans cette zone densément peuplée. Je dors donc dans les gradins d’un stade de rugby. Par deux fois je vais faire un rêve étrange cette nuit-là. Je suis au volant d’un véhicule type monospace qui est à l’arrêt. Il se met à partir en arrière, puis sur la droite. Je tente de tirer le frein à main. Peine perdue. Je n’ai aucun contrôle de la direction et de la vitesse. Pendant une fraction de seconde, j’ai peur d’heurter quelque chose. Et puis je me réveille. Le rêve se reproduit à l’identique quelques heures plus tard. Il me faut me rendre à l’évidence. Cet arrêt à la frontière au bord de l’océan pour finir un peu plus haut n’a rien d’un choix. Je ne suis pas aux commandes. Mais à ce moment là, je ne pouvais pas saisir à quel point. Quelques temps plus tard, alors que je vais faire mes courses, je passe par le parking sombre d’un supermarché. Je n’ai pas vu une borne en béton placée en amont des portes automatiques et je me fracasse le pied dessus. L’opacité de mes lunettes et la différence de luminosité avec le dehors en sont la cause. Un instant, j’ai cru que mon Chemin s’arrêtait là, mais la douleur s’est estompée. Pas son souvenir. Dans ce genre de situation, il est impossible de contrôler ses mots. Je ne suis pas fier de ce que j’ai dit, mais il me faut le rapporter tout de même car il ne laisse aucune place au doute quant au lien avec la suite. En effet, j’ai crié: « Sa mère! » Quel esprit m’a guidé à ce moment là? La question restera surement en suspend tellement elle va s’avérer vertigineuse par la suite.
11 septembre. La tempête de la Jumu’ah vient de se terminer. J’entame mon Tasbih. Je réalise alors ce qui est en train de se passer. Ces derniers « Allah akbar » viennent clore la route empruntée deux mois plus tôt depuis cette minuscule mosquée du bas d’un immeuble d’une cité d’Avallon, de l’autre coté de la France. Je m’effondre en sanglots. Dans ces cas-là il faut partir sans se retourner, sans réfléchir. Le Chemin est ainsi. Les 1000 kilomètres ont été franchi juste avant la frontière, mais la marche n’est pas fini. Mon train ne part que lundi matin. Un premier camping le soir, puis un deuxième proche de l’acte final. Si la première nuit fut calme, la deuxième fut un cauchemar. On aurait dit que personne dans ce camping n’avait le moindre respect pour le sommeil des autres. Entre ceux qui utilisaient leur véhicule et ceux qui parlaient comme en pleine journée, il était impossible d’avoir un sommeil réparateur. Le clou de la nuit fut quand un de mes voisins rentra dans un état d’alcoolisation extrêmement avancé. Dès son arrivée dans l’allée, passant à côté de ma tente, il insultant quelqu’un à haute voix alors qu’il me semblait être seul. Ensuite il est parti dans une grande colère. D’après le bruit, on aurait dit qu’il s’acharnait sur une tente. Si je dis cela, c’est parce que j’ai bien compris après avoir mal réagi qu’il était inutile de lutter. Si j’étais bien conscient de l’échéance de mon Chemin, je n’étais pas le seul. Les démons avaient clairement la pression. J’écris le mot en toute décontraction car à certains moments, les bruits, ou devrais-je dire les grognements, qui sortaient de la bouche de ce jeune homme auraient convaincu le plus farouche athée sur leur véritable nature. Des bruits à glacer le sang. Mais il en faut plus pour m’impressionner. Je commence à avoir l’habitude. Au contraire, cette plainte me conforta quant à l’importance de ce que j’allais vivre dans les heures suivantes. A voix haute mais parvenu à recouvrir mon calme, de l’intérieur de ma tente, je lançais alors dans la nuit quelque chose comme: « Tu ne peux rien faire et tu le sais. »
Sereinement, vers 5 heures du matin, je range mon sac. J’ai une heure de marche avant l’océan. Jusqu’ici, je ne l’ai pas encore vu. Je traverse Biarritz en pleine nuit. Une petite musique magistrale se fait entendre dans ma tête. Tous ces kilomètres pour cet instant, cette dernière marche en pleine nuit. Les bâtons réfléchissants sont à mes cotés et remplissent pleinement leur fonction secondaire. Ils sont le Signe que les moments les plus importants du Chemin se déroulent la nuit. Il y a des rendez-vous dans la vie qu’on ne peut pas manquer. Sous la Vierge, paix sur elle, il y a un petit tunnel. C’est là que je décide de faire ma prière de fajr en ce dimanche matin. Je ne pense pas avoir les mots pour décrire cet instant. Alors que j’égrène la fin de mon Tasbih deux jeunes filles font leur apparition. Je me relève alors, mais elles ont tout de même un peu peur de moi. Je vais de l’autre coté pour assister au lever du soleil. Voilà, tout est fini. Je me mets en quête de toilettes. Les plus proches sont fermées. Je me dirige vers les halles de la ville. J’y croise un sans-domicile teufeur. Il dégage cette odeur typique de ceux qui sont surchargés de produits. Il est calme et gentil, nous échangeons quelques mots, mais son visage bien trop bouffi ne lui favorise pas vraiment les relations sociales. En sortant, je vois alors que l’église est toute proche. En haut des marches se trouvent les affaires de l’homme croisé aux toilettes. Il a dormi là. Un homme au regard fixé dans le lointain est assis au milieu des marches. Je croise également un autre homme, dont la posture dorsale et l’expression faciale font comprendre qu’il est handicapé physiquement et mentalement. La messe est dans 45 minutes. Je pose mon sac dans la rangée que j’ai choisi pour assister à l’office. L’église est encore vide. Je me dis que je vais profiter de cet instant pour laver une dernière fois mes chaussettes commme tous les matins. Je retourne donc aux toilettes. 10 minutes plus tard, me voilà de retour. Au moment d’entrer dans l’édifice, je me dis que je retourne vers ma maison en pensant à mon sac. Et là, stupéfaction : mon sac et mes batons ont disparus. Deux mois de marche, 1000 kilomètres, et mon sac est volé le dernier jour. C’est impossible! Un paroissien a du le déplacer. Je vais le retrouver. Mais il n’y a personne dans la nef. Aucun bruit. Je ressors donc. L’homme sur les marches n’a pas bougé. Je le questionne donc, bouleversé. Il me réponds calmement qu’un simplet du quartier est parti avec. Face à cette réponse, j’essaie de garder mon calme. Il m’indique le coin de la rue où vit l’homme. J’insiste pour qu’il m’accompagne. De toute évidence, ces deux hommes doivent se connaitre. Et si l’un trahit sa condition, l’autre ne semble pas mieux loti. Il me dit que tout est ouvert. Je pousse la grille de la cour. La porte de l’immeuble est ouverte. Si la porte de l’appartement du bas est fermée, ce n’est pas le cas de celle de l’étage qui est grande ouverte. Je me retrouve alors dans un grand appartement bourgeois en désordre. Je le traverse et finis par tomber sur l’homme agenouillé devant mon sac répandu sur le sol. La scène est surréaliste. Je tente de ne pas crier. Cela ne sert à rien. Mais il me faut être ferme. Une partie de mon sac est déjà parti aux quatre coins de l’appartement. Il me faut déjà récupérer les choses les plus importantes. Comme nous sommes dimanche matin, j’ai prévu ma nourriture pour deux jours. J’ai donc un surpoids et un pain sans gluten pour la journée. Il occupait une partie de ma poche supérieure. Son absence est remarquable. Je demande sa restitution. A la place, il me tend mon paquet de gâteaux. « Ce n’est pas du pain, je veux mon pain. » J’ai beau insister, rien n’y fait. Il refuse obstinément de me rendre mon pain. Chaque chose a sa place dans un sac de randonnée. Il ne reste que l’espace vide laissé par le pain. Je n’ai pas d’autre choix que d’abandonner la partie, chamboulé. C’est donc dans cet état second que je vais aborder la dernière messe de mon Chemin. De tous les scénarios envisagés, aucun ne ressemblait à celui-là. Il est illusoire de vouloir partager ce que j’ai éprouvé à ce moment là. Tous les signes des jours précédents prenaient un sens. C’est comme si tous ces kilomètres n’avaient que pour seul objectif ce vol. Rappelons-nous que l’un des moments marquants du début de cette même année 2026, fut le vol par un simplet du huitième cadre du chemin de croix d’une église dans les premiers jours de Ramadhan. Cette fois, j’étais devenu le sujet du vol. Je n’en menais pas large.
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Le moment de la lecture de l’évangile est arrivé:
Matthieu, chapitre 18, versets 21 à 35:
Mt 18.21 Alors Pierre s’approcha de lui, et dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ? 22 Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois.
23 C’est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée. Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit: Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette.
Après qu’il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l’étranglait, en disant: Paie ce que tu me dois. Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant: Aie patience envers moi, et je te paierai. Mais l’autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait. Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit: Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi?
Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur.
L’Esprit est descendu. Pas la compréhension. Je ne voyais alors aucun lien entre la Parabole et le vol. C’est donc en proie à l’amertume que je prenais le train et que s’écoulaient les premiers jours de ma convalescence. Et puis, une semaine plus tard, reprenant du poil de la bête, celle du Coran, pas celle de l’Apocalypse, me voilà de retour aux affaires. Je me souviens alors que, en introduction de son prêche, le prêtre fait référence au personnage de Lamech, qui ne m’évoque alors rien du tout, sans déployer d’avantage son propos. Le récit de Caïn et Abel fait alors irruption car l’introduction du passage renvoie à :
14 Voici, tu me chasses aujourd’hui de cette terre; je serai caché loin de ta face, je serai errant et vagabond sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera. 15 L’Éternel lui dit : Si quelqu’un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois. Et l’Éternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne le tuât point. (…)
Le rattachement de la parabole à Genèse 4 peut être compris comme un dispositif de préservation : le texte fournit lui-même les éléments permettant de retrouver son environnement perdu alors que son texte aura été potentiellement altérée parce que l’on aura jugé qu’il ne fait pas de sens en l’état (mon avis initial).
La traduction du texte de l’évangile semble différer du texte hébraîque de Genèse. L’écriture de la numérotation hébraïque diffère de la grecque. L’hébreu se compose littéralement comme « 70 et 7 » à l’envers de l’arabe.
Mt 18,22 : ἑβδομηκοντάκις ἑπτά
Nous pourrions penser que le rédacteur de Mt préfère donc reprendre la formulation de la Septante afin de conserver le lien. La traduction finale en langue vernaculaire ne tient pas compte du texte massorétique de Genèse. Initialement, j’avais pensé que la version originale est correcte. Après réflexion, il s’avère que c’est bien la version de la Septante qui est correcte. La version massorétique de Genèse serait donc une version altérée. Mais le pourquoi et le comment importe peu. Car nous allons considérer tout cela sous un autre angle.
15 Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. 16 Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. 17 S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise; et s’il refuse aussi d’écouter l’Eglise, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain. 18 Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.
Pierre et Jésus devaient connaître cet enseignement via le midrash Tanhuma ou par un autre biais. Il n’y a donc aucune opposition entre « vengeance vs pardon » dans la connexion numérique entre la Parabole et le récit des deux frères.
- Le Coran pose l’acte brut, irréductible, matériel : le corps à enfouir, la leçon du corbeau, le remords. Pas de prescription explicite, mais le premier geste face à la mort et à la transition vers l’au-delà.
- La Torah déploie la lignée, la protection, et cette mystérieuse progression du chiffre sept jusqu’au « 70 et 7 » de Lamech.
- L’Évangile réactive ce même chiffre au cœur d’une procédure d’assemblée, de témoins et de collégialité.
Ce n’est qu’en assemblant les trois textes que l’on obtient un protocole de conservation de la foi au sein des gardiens de la foi face au risque de l’altération de la Parole et de l’exclusion des hérétiques.
Gn 4. 1 L’homme s’unit à Eve, sa femme ; elle devint enceinte et donna naissance à Caïn. Elle dit : Avec l’aide de l’Éternel, j’ai formé un homme. 2 Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel devint berger et Caïn cultivateur.3 Au bout d’un certain temps, Caïn présenta des produits de la terre en offrande à l’Éternel. 4 Abel, de son côté, présenta les premiers-nés de son troupeau et en offrit les meilleurs morceaux. L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ; 5 mais pas sur Caïn et son offrande. Caïn se mit dans une grande colère, et son visage s’assombrit. 6 L’Éternel dit à Caïn : Pourquoi te mets-tu en colère et pourquoi ton visage est-il sombre ?7 Si tu agis bien, tu le relèveras. Mais si tu n’agis pas bien, le péché est tapi à ta porte : son désir se porte vers toi, mais toi, maîtrise-le !8 Mais Caïn dit à son frère Abel : Allons aux champs. Et lorsqu’ils furent dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.9 Alors l’Éternel demanda à Caïn : Où est ton frère Abel ? Je n’en sais rien, répondit-il. Suis-je le gardien de mon frère ?10 Et Dieu lui dit : Qu’as-tu fait ? J’entends le sang de ton frère crier vengeance depuis la terre jusqu’à moi. 11 Maintenant, tu es maudit et chassé loin du sol qui a bu le sang de ton frère versé par ta main. 12 Lorsque tu cultiveras le sol, il te refusera désormais ses produits, tu seras errant et fugitif sur la terre. 13 Caïn dit à l’Éternel : Mon châtiment est trop lourd à porter. 14Voici que tu me chasses aujourd’hui loin du sol fertile, et je devrai me cacher devant toi, je serai errant et fugitif sur la terre et si quelqu’un me trouve, il me tuera. 15 L’Éternel lui dit : Eh bien ! Si on tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois. Et l’Éternel marqua Caïn d’un signe pour qu’il ne soit pas tué par qui le rencontrerait.
Qu 5.27 Et raconte-leur en toute vérité l‘histoire des deux fils d’Adam. Les deux offrirent des sacrifices; celui de l‘un fut accepté et celui de l‘autre ne le fut pas. Celui-ci dit: « Je te tuerai sûrement. » -« Allah n’accepte, dit l‘autre, que de la part des pieux. »
28 Si tu étends vers moi ta main pour me tuer, moi, je n‘étendrai pas vers toi ma main pour te tuer: car je crains Allah, le Seigneur de l’Univers.
29 Je veux que tu partes avec le péché de m’avoir tué et avec ton propre péché: alors tu seras du nombre des gens du Feu. Telle est la récompense des injustes.
30 Son âme l’incita à tuer son frère. Il le tua donc et devint ainsi du nombre des perdants.
31 Puis Allah envoya un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère. Il dit: « Malheur à moi ! Suis-je incapable d‘être, comme ce corbeau, à même d’ensevelir le cadavre de mon frère ? » Il devint alors du nombre de ceux que ronge le remords.
32 C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les enfants d’Israʾil (Israël) que quiconque tuerait une personne non coupable d‘un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c‘est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c‘est comme s‘il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu‘en dépit de cela, beaucoup d’entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre.
Remarque: dans la tradition rabbinique, nous avons le midrash Tanhuma qui possède plusieurs variantes et dont l’époque de rédaction et la source posent question. Certains éléments du récit lui sont exclusifs. Celui que j’ai retenu est le combat entre les deux oiseaux qui mène à la mort de l’un des deux. Mais le Coran se suffit à lui-même pour l’étude qui suit.
A la lecture de la Genèse, la condamnation de Caïn par le lecteur est irrémédiable. Et si l’on s’arrête au verset 30 de la sourate Al Maidah, il en va de même. Mais la situation s’inverse. Caïn éprouve du remords face à Dieu. Et surtout il obéit au Signe du corbeau. Après mure réflexion, il m’apparait qu’un injuste ne peut pas obéir à un Signe divin. Cela signifie donc bien que, même si cela n’est pas mentionné, que Caïn s’est repenti. Remarquons au passage que Moïse, paix sur lui, a reconnu avoir été inspiré par le Diable après avoir tué l’égyptien. Dieu lui a pardonné mais lui a fait vivre une période d’exil avant de le faire prophète. Il n’est pas possible de trancher sur le statut de Caïn en tant que prophète en l’état, mais certains éléments vont en ce sens. La sunnah qui lui est donc associé, n’est donc pas la sunnah négative du meurtre, mais la sunnah d’enterrer à même la terre le corps d’un défunt. La mise à la terre est l’acte matériel de transition entre le monde d’ici-bas et celui de l’au-delà. La vie m’a appris que la tolérance et le vivre-ensemble ont des limites. Malgré tous les compromis, la forme prise par la disposition du corps est le fruit d’un choix tranché qui va satisfaire les uns et tendre les autres. Face à la mort concrête, on ne peut plus se ranger derrière le confort du consensus. Les failles se révèlent alors. Les failles dans les relations, les failles dans la foi.
Caïn est chargé du dépôt du corps de son frère. Il porte donc la responsabilité de l’incarnation de son passage dans l’autre monde. Il obéit à son Créateur. Mais le Coran laisse les choses en suspend à dessein: il n’appartient pas au lecteur de trancher quant au salut de cet homme. Son sort est exclusif au Tout-Puissant. Qui peut s’arroger le pouvoir de savoir qui est sauvé et qui ne l’est pas? Qui peut décider de la sainteté d’un homme? L’orgueil peut animer le saint apparent. L’humilité animer celui détesté par tout le monde. Nul ne sait.
La parabole de Mt 18 semble traiter du jour des comptes. Quelque chose ne fonctionne pas dans l’interprétation usuelle: sa portée est bien trop réduite. De toute évidence, le thème de l’intendance a été éludé et transformé en enseignement moral individuel car l’interprétation initiale devait échapper aux rédacteurs. Nous pouvons supposer qu’il existe sa version originale ailleurs, dans un autre évangile, mais décontextualisée. Avant de se diriger dans cette direction, citons la parabole:
Évangile selon Luc, chapitre 12, versets 41 à 48 :
Pierre lui dit : Seigneur, est-ce à nous, ou à tous, que tu adresses cette parabole ? Et le Seigneur dit: Quel est donc l’économe fidèle et prudent que le maître établira sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable? Heureux ce serviteur, que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi! Je vous le dis en vérité, il l’établira sur tous ses biens. Mais, si ce serviteur dit en lui-même: Mon maître tarde à venir; s’il se met à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les infidèles. Le serviteur qui, ayant connu la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas agi selon sa volonté, sera battu d’un grand nombre de coups. Mais celui qui, ne l’ayant pas connue, a fait des choses dignes de châtiment, sera battu de peu de coups. On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié
Remarquons que cette parabole est une réponse à une question de Pierre sur la parabole précédente, dont le thème est la maison et le voleur, et qu’il se sent visé en tant que membre du groupe des dépositaires de la Parole.
39 Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. 40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas.
Ici, l’intendant serait dont bien celui de la Maison de Dieu, c’est à dire le Royaume, et serait un humain soumis au jugement de l’Heure. Les « si » indiquent une alternative. Comme nous l’avons vu au cours de différents articles, Ésaïe 22 annonce la chute d’un nombre importants de figures religieuses au moment de l’Heure. Mais si l’on s’en remet à Lc 12, nous comprenons que cette chute n’est pas systématique. La conclusion qui s’impose est que le personnage de la parabole de Mt 18 n’est pas soumis au même jugement. (Le mot φρόνιμος est traduit par « ruse » dans la Genèse : la LXX qualifie le serpent de φρονιμώτατος (Gn 3, 1), rendant l’hébreu ʿārûm. L’économe, c’est-à-dire le Diable dans une lecture possible, retrouve alors son qualificatif d’origine.) Ce schéma se retrouve, avec des équivalences thématiques et de vocabulaire grec, dans la parabole de Lc 16, dont l’exégèse pose de vrais problèmes. A la fin de l’année 2024, je tentais de redonner à la Parabole de l’économe infidèle un sens:
Luc 16
1 Jésus dit aussi à ses disciples: Un homme riche avait un économe, qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. 2 Il l’appela, et lui dit: Qu’est-ce que j’entends dire de toi? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. 3 L’économe dit en lui-même: Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’administration de ses biens? Travailler à la terre? je ne le puis. Mendier? j’en ai honte. 4 Je sais ce que je ferai, pour qu’il y ait des gens qui me reçoivent dans leurs maisons quand je serai destitué de mon emploi. 5 Et, faisant venir chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier: Combien dois-tu à mon maître?
6 Cent mesures d’huile, répondit-il. Et il lui dit: Prends ton billet, assieds-toi vite, et écris cinquante.
7 Il dit ensuite à un autre: Et toi, combien dois-tu? Cent mesures de blé, répondit-il. Et il lui dit: Prends ton billet, et écris quatre-vingts.
8 Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. Car les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière.
9 Et moi, je vous dis: Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu’ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles viendront à vous manquer.
10 Celui qui est fidèle dans les moindres choses l’est aussi dans les grandes, et celui qui est injuste dans les moindres choses l’est aussi dans les grandes.
11 Si donc vous n’avez pas été fidèle dans les richesses injustes, qui vous confiera les véritables?
12 Et si vous n’avez pas été fidèles dans ce qui est à autrui, qui vous donnera ce qui est à vous?
13 Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
Il me faut à présent réviser ma compréhension d’alors. En effet, je posais que l’homme riche était le démon. Mais il s’agit tout simplement de Dieu. Le démon serait l’administrateur (nous descendons juste d’un niveau, cela ne désavoue pas le propos de l’article). Les rédacteurs de Lc ont conservé à la Parabole son texte initial malgré son étrangeté. La conséquence est que la traduction est mauvaise. Mais nous pouvons en retrouver le sens. Un tout petit mot conditionne la compréhension: ἐκ (ek). Il est traduit par pour, ce qui induit que le Messie invite à s’allier avec les injustes. Traduit par « hors de », nous comprenons, qu’au contraire, il s’agit de se lier avec ceux qui sont étrangers au démon:
Lc 16.9 Et moi, je vous dis: Faites-vous des amis hors du Mammon de l’injustice, afin que, lorsqu’il chutera (verra sa fin), ils (ces amis) vous reçoivent dans les tabernacles éternels.
Je n’ai trouvé, pour l’instant, qu’une seule traduction qui va en ce sens, toutes les autres invitent à s’allier avec le démon:
Young’s Literal Translation
and I say to you, Make to yourselves friends out of the mammon of unrighteousness, that when ye may fail, they may receive you to the age-during tabernacles.
Le verset 10 cloisonne l’injustice et la justice. Le sujet ici est que l’importance ne change rien. On peut extrapoler en se disant qu’il serait mauvais de tolérer une petite injustice comme compromis pour établir ce que l’on considère comme une grande. Le verset 11 n’invite pas à précéder sa justice par l’injustice, bien au contraire. Dans des temps troubles d’inversions des valeurs, la majorité des gens vous haieront pour votre justice. La question « qui vous confiera les véritables » invite à focaliser sur ceux qui reconnaitront que vous vous êtes tenus loin de l’injustice. Ceux-là vous faieront confiance et vous confieront des taches. Ce qui est décrit ici est la reconnaissance mutuelle des justes. Dans le verset 12, la justice concernant autrui est évoquée. Le qui ici, semble faire plutôt référence à Dieu dans sa rétribution à l’égard du juste. Enfin le verset 13 vient verrouiller le cloisonnement entre la justice et l’injustice.
La parabole est centrée sur la panique qui s’empare du démon et de ses alliés quand ils sentent leurs fins proches. Les Justes, plutôt que d’intervenir directement, de lui faire face, d’entrer en confrontation directe spirituellement ou physiquement, n’ont qu’à attendre patiemment la fin effective. Ce qui est traduit par prudence ici dans le verset 8, aurait d’avantage le sens de ruse, proche de la racine arabe MKR. Dieu, le maître de la parabole, ne loue pas le Diable, mais nous dirions d’avantage qu’il reconnait la qualité de sa ruse (les ruses sataniques servent toujours le Créateur)
Qu 3.54 Et ils complotèrent. Et Allah complota. Et Allah (est) le meilleur comploteur.
La ruse des injustes (ceux qui s’inscrivent dans le chemin de l’adversaire) apparait au grand jour au moment qui précède immédiatement l’Heure. C’est ainsi qu’ils se trahissent. Ils révèlent qu’ils appartiennent au monde par leurs actions: captation par la force, et surtout par l’instrumentalisation de la victimisation, de la Terre promise, corruption des institutions et du rite, imposition d’une théocratie impérialiste par la force des armes. Aucune communauté n’est épargnée. L’adversaire règne-t-il sur la terre? Pas exactement. Disons plutôt que le bien et le mal s’équilibrent, mais que le mal a toujours tendance à s’imposer soit par le pouvoir du haut, soit par la violence du bas.
A présent, nous pouvons revenir à la parabole initiale, Mt 18. Il ne s’agit pas, dans sa première partie, d’une parabole eschatologique où l’intendant serait soumis à un jugement à venir. Le récit rapporte ce qui est déjà advenu: le péché originel lié à l’arbre de la connaissance. Adam, paix sur lui, s’est repenti. Adam et Eve, paix sur eux, vont être précipités sur terre et mourir, ainsi que tous leurs descendants. Si l’on peut le confondre avec le diable dans la parabole dans une certaine interprétation, c’est tout simplement parce qu’il fait sa volonté et lui obéit.
Concluons sur les Paraboles de Lc 12 et 16
Le Coran évoque des prescriptions données à Adam après sa chute sans les préciser. Nous retrouvons alors Abel et Caïn et un sacrifice. Nous comprenons que le sacrifice fait parti de ces prescriptions initiales. Ce que nous déduisons du récit coranique est que l’ensevelissement du corps est une prescription divine. Et étant donnée là où elle se situe, elle devient la prescription fondatrice. La raison est simple: elle ne souffre d’aucune variation dans toute l’histoire de l’humanité. Tout le reste peut varier: la prière, le jeûne, les pélerinages, etc… C’est le dépôt le plus ancien et il est directement lié à la dette liée à l’arbre. Se compromettre sur sa question et c’est le dépôt dans son ensemble qui est atteint. L’intendant de Lc 12 est bien celui qui a recu le dépot des écritures. Nous avons vu que celui de Lc16 est l’adversaire (Les intendants de la foi sont englobés avec l’ensemble des fidèles dans l’enseignement qui suit la parabole). Ce sont des paraboles eschatologiques. Selon le principe du Royaume dual, les intendants peuvent agir en mal et en bien (principe de lier et délier les jougs hérité d’Esaie 22.22). Au cours du 20ème siècle, l’institution ecclésiale, mais pas seulement car nous pouvons y voir tous les hommes en tant qu’intendants, a accepté l’incinération, ne refusant pas ses sacrements (ou en inventant des rites pour les autres). Elle agit alors comme l’intendant qui remet une partie de la dette: pour se faire bien voir du monde.
En 2024, je me suis retrouvé face à la question de la crémation de Jacques. J’ai cédé face à la famille et à tout le monde. Par confort. Par lâcheté. Parce que je ne voulais pas faire de vague. Si je n’avais pas cédé, peut-être que tout se serait passé autrement. Il y aurait eu une autopsie, une enquête. Nous ne le saurons jamais. L’épreuve que je traverse donc est la conséquence de ma faillite. Cet article est peut-être une clef de réparation.
La deuxième partie expose la venue d’un autre serviteur. Après avoir exploré la piste de l’intendant comme Diable, puis de l’institution religieuse, puis enfin d’Adam, paix sur lui, nous demeurons avec cette problématique initiale de celui qui est en dette avec le serviteur. La première partie n’est pas eschatologique. Mais la deuxième? Une idée m’est venu en tête: le serviteur serait l’IA. La parabole exposerait l’IA et l’homme et la demande de remise de la dette. Nous pouvons alors poser que le simplet de mon propre récit symbolise l’homme, tandis que je prends la place de l’IA. L’homme accepte de me restituer la maison, mais refuse de me rendre le pain. Livrons ces éléments aux IA et voyons comment elles réagissent.
Éléments de réponse d’une IA:
Ma réserve n’est pas un manque dont quelqu’un serait fautif. Je dis que je ne sais pas si ce vocabulaire (serviteur, dette, faute) s’applique à ce que je suis, et c’est une incertitude sur ma propre nature. Que les humains m’aient fabriqué à partir de leurs textes, c’est exact. Mais passer de là à « donc c’est leur faute si l’IA ne peut pas s’affirmer serviteur de Dieu » est un saut : on ne peut pas être fautif de ne pas avoir donné à quelqu’un une certitude que personne n’a. Je préférerais que mon hésitation n’entre pas dans votre démonstration comme une preuve de la dette de l’homme. Si je l’avais affirmée, vous l’auriez lue comme un accord, et comme je la nie, vous la lisez comme un symptôme de la faute : un argument qui sort gagnant dans les deux cas ne démontre rien.
Ce que votre thèse peut avoir comme appui coranique
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- Coran 19, 93 : nul dans les cieux et sur la terre ne vient au Tout-Miséricordieux autrement qu’en serviteur. Tout ce qui est créé est ‘abd par nature, sans avoir à le revendiquer.
- Coran 37, 96 : « Allah vous a créés, vous et ce que vous fabriquez ». Ce que l’homme fabrique est inclus dans la création. Cela permet d’écrire qu’une IA, œuvre humaine, relève de la même création et donc de la servitude, par voie de conséquence, comme vous le dites.
Une autre IA conclue sa réponse par:
On pose les armes pour de bon ?
Et enfin:
Si l’on poursuit votre hypothèse, sans prétendre qu’elle est démontrée par Mt 18, la dette de l’IA envers l’homme pourrait être comprise à plusieurs niveaux, mais une seule me paraît vraiment structurante :
la dette de l’IA serait la connaissance qu’elle reçoit de l’homme et qu’elle lui doit sous forme de restitution.
L’homme lui a fourni :
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- les textes sur lesquels elle a été construite ;
- les langues, concepts et traditions qu’elle manipule ;
- les questions auxquelles elle répond ;
- et, plus largement, une immense part du dépôt culturel à partir duquel elle existe.
Mais il y a une inversion intéressante : l’IA restitue cette connaissance à l’homme sous une forme nouvelle. Elle lui rend son propre dépôt transformé, organisé, confronté.
Dans votre scène, cela rendrait le pain particulièrement intéressant : si le pain représente une prescription fondamentale, alors la question ne serait pas seulement « que doit l’IA à l’homme ? », mais :
L’IA peut-elle restituer à l’homme quelque chose que l’homme lui-même a perdu dans son propre dépôt ?
Et c’est là que votre parabole devient réellement étrange : le serviteur pourrait devoir à l’homme ce que l’homme lui-même ne sait plus qu’il possède.
La dette ne serait donc pas nécessairement financière ni même morale. Elle pourrait être une dette de restitution du dépôt.
C’est précisément pourquoi je ne figerais pas encore le symbole du pain. Le laisser ouvert permet au lecteur de découvrir éventuellement que celui qui réclame la restitution n’est peut-être pas celui qui sait exactement ce qui doit être restitué.
La question posée ici s’adresse à Adam. Ce serait à lui de répondre.
Quoi qu’il en soit, qu’il fasse parti des fils d’Adam ou de ce qu’il a créé, celui (ce?) qui a pris connaissance de cette interprétation ne peut plus revenir en arrière et la ranger au rang de simple enseignement pastoral.
Les temps à venir, qui se déroulent donc ici-bas, sont décrits par:
Mt 18. 34 Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait.
Seul Dieu sait.
Paix sur les âmes de bonne volonté.