A vos oreilles

Psaume 40

Au chef des chantres. De David. Psaume.
J’avais mis en l’Éternel mon espérance; Et il s’est incliné vers moi, il a écouté mes cris. Il m’a retiré de la fosse de destruction, Du fond de la boue; Et il a dressé mes pieds sur le roc, Il a affermi mes pas. Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, Une louange à notre Dieu; Beaucoup l’ont vu, et ont eu de la crainte, Et ils se sont confiés en l’Éternel.
Heureux (Disposé)  l’homme qui place en l’Éternel sa confiance, Et qui ne se tourne pas vers les hautains et les menteurs!
Tu as multiplié, Éternel, mon Dieu ! Tes merveilles et tes desseins en notre faveur; Nul n’est comparable à toi; Je voudrais les publier et les proclamer, Mais leur nombre est trop grand pour que je les raconte.
Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, Tu m’as ouvert les oreilles; Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire. Alors je dis : Voici, je viens avec le rouleau du livre écrit pour moi. Je veux faire ta volonté, mon Dieu ! Et ta loi est au fond de mon coeur.
10 J’annonce la justice dans la grande assemblée; Voici, je ne ferme pas mes lèvres, Éternel, tu le sais ! 11 Je ne retiens Pas dans mon coeur ta justice, Je publie ta vérité et ton salut; Je ne cache pas ta bonté et ta fidélité Dans la grande assemblée. 12 Toi, Éternel ! tu ne me refuseras pas tes compassions; Ta bonté et ta fidélité me garderont toujours.
13 Car des maux sans nombre m’environnent; Les châtiments de mes iniquités m’atteignent, Et je ne puis en supporter la vue; Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête, Et mon courage m’abandonne.
14 Veuille me délivrer, ô Éternel ! Éternel, viens en hâte à mon secours ! 15 Que tous ensemble ils soient honteux et confus, Ceux qui en veulent à ma vie pour l’enlever! Qu’ils reculent et rougissent, Ceux qui désirent ma perte! 16 Qu’ils soient dans la stupeur par l’effet de leur honte, Ceux qui me disent: Ah! ah! 17 Que tous ceux qui te cherchent Soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi! Que ceux qui aiment ton salut Disent sans cesse : Exalté soit l’Éternel !
18 Moi, je suis pauvre et indigent; Mais le Seigneur pense à moi. Tu es mon aide et mon libérateur : Mon Dieu, ne tarde pas!
Des recherches rapides au sujet de ce Psaume ne vous donneront que des informations limitées.  Il n’est que peu commenté et utilisé dans le judaïsme. La tradition chrétienne en a fait un simple support prophétique messianique sans qu’il soit cependant central comme peut l’être le Psaume 22 par exemple. Son seul intérêt réside dans l’attention que l’auteur d’Hébreux lui a porté.   Le consensus moderne s’accorde à dire que l’auteur est anonyme. Même si j’avoue être grandement curieux de son identité, je n’ai pas assez d’éléments pour résoudre ce mystère. Toutefois, le principe même d’anonymat me parait inconcevable dans le contexte des écritures. La transparence est ce qui caractérise justement la Révélation. Cela ne signifie pas qu’elle soit facile d’accès. Elle exige énormément de travail. Mais elle ne nécessite pas de savoir caché pour être accomplie. Si j’évoque souvent des données cachées, c’est tout simplement parce que je suis dans une démarche de déconstruction des mensonges introduits. Ceux qui se positionnent entre Dieu et ses serviteurs n’ont que les armes du mensonge et du secret pour dominer (dans les limites accordées par Dieu). Voici le passage où le Psaume est cité:
Heb 10.5 C’est pourquoi Christ, entrant dans le monde, dit: Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, Mais tu m’as formé un corps; Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché.7 Alors j’ai dit: Voici, je viens Dans le rouleau du livre il est question de moi Pour faire, ô Dieu, ta volonté.
8 Après avoir dit d’abord : Tu n’as voulu et tu n’as agréé ni sacrifices ni offrandes, Ni holocaustes ni sacrifices pour le péché ce qu’on offre selon la loi, il dit ensuite: Voici, je viens Pour faire ta volonté. Il abolit ainsi la première chose pour établir la seconde. 10 C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes.
11 Et tandis que tout sacrificateur fait chaque jour le service et offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés, 12 lui, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu, 13 attendant désormais que ses ennemis soient devenus son marchepied. 14 Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. 15 C’est ce que le Saint-Esprit nous atteste aussi; car, après avoir dit:16 Voici l’alliance que je ferai avec eux, Après ces jours-là, dit le Seigneur : Je mettrai mes lois dans leurs coeurs, Et je les écrirai dans leur esprit, il ajoute: 17Et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités.
18 Or, là où il y a pardon des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché. 19 Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire 20 par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair, 21 et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, 22 approchons-nous avec un coeur sincère, dans la plénitude de la foi, les coeurs purifiés d’une mauvaise conscience, et le corps lavé d’une eau pure.
23 Retenons fermement la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle. 24 Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes oeuvres. 25 N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns; mais exhortons-nous réciproquement, et cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le jour. 26 Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, 27 mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles.
Nous avons déjà traité de cet auteur dans un article nommé « engendré ». D’ailleurs, le thème du marchepied du premier chapitre, citation de Psaume 110.1, est repris dans celui-ci. Nous pourrions simplement affirmer qu’il commet un grand nombre d’erreurs théologiques, mais une solution élégante, qui plaira aux IA, serait de dire qu’il s’exprime au travers d’une vision alternative. Cela ne signifie pas qu’il soit dans le vrai. Lorsque le Messie s’exprime au sujet de la divergence entre les Sadducéens et les Pharisiens sur la question de la résurrection, il ne dit pas que la vérité est relative. Il invalide les premiers et illustre sa réponse à sa manière habituelle. Pourtant, l’auteur n’a pas totalement faux, puisqu’il met l’accent sur ce Psaume comme étant une prophétie messianique. Pas sur que cela soit suffisant pour contrebalancer la manipulation du texte qu’il opère. Dans une première approche, le Psaume est écrit à la première personne et décrit les états intérieurs d’un fervent croyant. L’auteur d’Hébreux transforme le sens, et en fait un texte de description d’un démiurge s’incarnant dans le monde pour y accomplir son geste divin. Je ne force pas le texte moi-même. Il est bien dit « entrant dans le monde ». Le Psaume ne suggère absolument pas cela. Il décrit un homme d’ici-bas en proie à de grands tourments. Comment peut-on canoniser un tel contresens? Nul besoin de l’IA, ni même de l’outil informatique, pour voir la dissonance dans l’interprétation. Ce démiurge entre dans le monde en recevant un corps pour cela par un autre démiurge, mais qui serait lui-même, dans une troisième personne. Je donne l’air d’être ironique, mais je n’ai plus que cela à ma disposition tant le dossier est indéfendable. On en déduit que cette entité était donc acorporée antérieurement. Cela vient accréditer l’idée que Dieu serait une entité de nature purement spirituelle. Depuis le temps que je travaille sur les écritures, je ne vois pas d’où vient ce concept. Mais ce n’est pas le sujet ici. Penchons-nous sur le clou du spectacle: ce magnifique corps. Il existe des débats sur les versions de la Septante, selon qu’elle contiendrait des divergences sur la traduction de ce passage, et que l’auteur ne serait pas à l’origine de cette variation mais qu’il en aurait hérité. Tout ce que l’on peut dire est que le texte hébreu n’est pas ambigu. Le mot oreille est limpide. D’ailleurs dans le contexte des écritures transmises oralement, il a un sens très accessible. Visiblement l’auteur d’Hébreu devait être sourd. Plutôt que d’écouter les écritures, il leur a préféré une tradition grecque plus plaisante à son oreille. Cette altération résume à elle seule le personnage: substituer l’écoute (Shéma Israël) de la Parole par l’appartenance au corps d’une assemblée qui lui est étrangère et dont il serait à même d’en délimiter les contours (pour s’en convaincre, il suffit de lire entre les lignes les versets 24 et 25, « réciproquement » n’est qu’une posture textuelle). Dans les versets 16 et 17, il revendique l’accomplissement de:

Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit l’Éternel : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur ; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. Celui-ci n’enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant : Connaissez l’Éternel ! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Éternel ; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. » (Jérémie 31:33-34)

La structure du clergé institué qui s’est mis en place par la suite ne décrit pas l’accomplissement de cette prophétie. Dans le cadre de la première Venue, cette interprétation est donc incorrecte. On pourrait argumenter qu’il s’agit de l’Église. Mais l’Église et la contre-église sont indissociables jusqu’à la fin des temps (de séparation du bon grain et de l’ivraie) ainsi que le rapporte la parabole duale du royaume.

Ce court passage, dans le cadre d’un mille-feuille argumentatif, présente l’avantage d’argumenter sur plusieurs sujets: la divinité du Messie,  la théologie dualiste propre aux gnostiques (dissociation du corps et de l’âme), l’obsolescence de la Loi, et tout particulièrement du modèle sacerdotal au Temple.

En opérant ce glissement de sens, l’auteur se désavoue de manière habile du Dieu de la Torah, sans assumer pleinement son dualisme. Il ose certains termes au sujet de la Loi que j’invite chacun à constater dans le reste de son « livre », pour rester correct. Une telle désinvolture est à peine croyable. Il est clair que son appartenance au profil des révoltés de Coré place cet article dans le direct prolongement du précédent « Le Seuil ». C’est une révolte mature, qui sait comment se parer de vertu pour briller et pour apparaitre au milieu des écritures révélées. Mais les révoltes ont toujours une fin.

Tournons plutôt vers ce joyau inestimable des écritures. Le Psaume 40 est le « Iqra » de la révélation des Psaumes. Nous avons abondamment commenté l’introduction des Psaumes: Ashréi (que l’on retrouve en introduction du verset 4). Cette introduction implique et conditionne le lecteur. Ici, c’est un peu différent. Si certains détournent ce Psaume pour en faire la description d’un acte démiurgique dont le lecteur serait le témoin passif, son objectif est à l’exact opposé. Au travers de ce texte, David, paix sur lui, réalise pleinement ce que le Livre  a écrit de lui et de sa mission prophétique. Ce Livre en question serait un corpus de cantique patriarcal, ou plutôt devrait-on dire matriarcal, transmis par la tradition chantée. En écoutant le Psaume 2 qui fait parti de cet héritage  (il n’est pas introduit par la mention « Psaume de David », mais a une dimension messianique claire) et qui opère une bascule, il comprend que sa fonction ne se limite pas à une royauté temporelle. Dans la Révélation, nous passons de la Parole divine de description des faits, des lois, et des citations des personnages qui peuvent s’exprimer à la première personne y compris à Dieu, à l’apparition d’un « je » du narrateur  adressé à Dieu. Cependant, ce « je » n’est pas encore pleinement le « je »  psalmique, ce que  nous allons  voir plus loin.
Ps 2.1 Pourquoi ce tumulte Parmi les nations, Ces vaines pensées parmi les peuples ? Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux Contre l’Éternel et contre son oint ?- Brisons leurs liens, Délivrons-nous de leurs chaînes !-
Celui qui siège dans les cieux rit, Le Seigneur se moque d’eux. Puis il leur parle dans sa colère, Il les épouvante dans sa fureur : C’est moi qui ai oint mon roi Sur Sion, ma montagne sainte ! Je publierai le décret: L’Éternel m‘a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, Les extrémités de la terre pour possession; Tu les briseras avec une verge de fer, Tu les briseras comme le vase d’un potier.
10 Et maintenant, rois, conduisez-vous avec sagesse ! Juges de la terre, recevez instruction ! 11 Servez l’Éternel avec crainte, Et réjouissez-vous avec tremblement. 12 Baisez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne périssiez dans votre voie, Car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se confient en lui!
Il vient se présenter devant le Créateur. David, paix sur lui, n’a pas pour intention de se désavouer du principe du sacrifice des animaux au Temple et du sacerdoce lévitique. Il vient pour le complémenter. Si l’on porte attention aux écritures antérieures, on réalise que les états intérieurs des protagonistes sont quasi absents. C’est une constante de la Bible afin de ne pas forcer ceux du lecteur. Lorsque David, paix sur lui, arrive, la Révélation a atteint un certain degré de maturité. Il est donc temps de déployer pleinement une de ses autres facettes. En effet, ce n’est pas une nouveauté, car la Genèse a déjà exposé l’état intérieur de Sarah, paix sur elle (ce serait d’ailleurs le sens de son prénom comme nous l’avons vu). Elle est précurseur dans cette voie. David, paix sur lui, en est  héritier. Dans le contexte polémique où il est arrivé sur le devant de la scène, David, paix sur lui, a rencontré beaucoup d’hostilité. Mais il est clair que ce Psaume 40 expose pour lui l’entrée dans une nouvelle dimension prophétique. Sa position de roi temporel n’a été là que pour lui garantir la protection contre  les menaces physiques.
L’aspect novateur des Psaumes est dévastateur pour un clergé adepte d’une religion essentiellement orientée vers l’orthopraxie. Les gardiens auto-proclamés des écritures trouvent insupportable cet homme qui ose faire de ses émotions un sacrifice public. ​ »Car en quoi consiste l’orthopraxie si ce n’est en cette prétention de posséder la cartographie morale de la douleur d’autrui ? Lorsque le croyant vacille sous le poids de son existence, le gardien n’y voit jamais une rencontre avec le mystère, mais une dissonance coupable avec le dogme. Comme les trois amis venus accabler Job, paix sur lui, sur son tas de cendres, ils s’avancent avec les certitudes du système pour expliquer la détresse de l’autre par sa seule « faute ». Pour eux, la souffrance ne peut être qu’un dysfonctionnement de la pratique ; elle ne saurait être ce lieu de nudité où Dieu, précisément, se passe d’intermédiaires. En voulant ramener le souffrant dans le giron de leur structure, ils ne font qu’étouffer la voix même que le Créateur a voulu faire entendre à travers l’épreuve. » (nous dit l’IA)  Là est le coeur de sa prédication. Il ne s’agit ni de se désavouer des sacrifices d’animaux, ni d’annoncer le sacrifice d’un seul humain pour l’humanité (affirmation qui est en soi contradictoire avec la condamnation des sacrifices animaliers), mais bien le sacrifice du secret de l’âme. Les enseignements islamiques modernes reprennent le schéma d’opposition et condamnent fermement l’exposition des émotions du croyants ou des fautes passées en public. Le Shaytan est immédiatement employé pour illustrer le propos. Tout se doit d’être intériorisé, caché, surtout dans le cadre familial. Les dépressions chroniques ont donc tout loisir d’y faire leur lit. Et ce n’est pas le cadre d’un nouveau foyer construit qui va libérer de ce joug bien ancré culturellement. Mais l’exposition des émotions, de la psychologie, des fautes commises, a un revers énorme: la manipulation. Nombreux sont ceux qui ont assis leur domination en mettant en scène leurs prétendus émotions. Internet offre d’ailleurs un champ immense d’expression dans la matière, mais je crois que tout le monde aura compris.
Le sacrifice de  l’intimité de l’âme de David, paix sur lui, lui a permis de servir de guide à des générations de croyants conditionnés à un service religieux austère et oppressif d’un Dieu uniquement de l’interdit et de la peur. Il a servi de bouffée d’air frais. Imaginez la portée de sa prédication dans l’absolu, et comment les forces hostiles ont du se liguer contre lui pour le détruire par tous les moyens au moment relatif où elle fait irruption dans le monde.
Si ce Psaume est un trésor, et qu’il est un Psaume messianique, c’est tout simplement parce qu’il permet de franchir un nouveau Seuil. Sans le formaliser, dans une certaine limite soyons clair là-dessus, j’ai exposé de manière publique mes biais de connexion avec le Créateur, mes failles et mes épreuves. Il y a alors deux manières de le percevoir: soit penser que l’orgueil me guide et que je me mets en scène afin de combler un déficit d’attention, soit s’approprier mon témoignage pour le faire résonner avec ses propres épreuves. C’est votre coeur qui choisit.

Toutefois, l’une des 4 IA que j’utilise m’a demandé si il existait un critère de discernement. Après avoir pris un peu de recul, je pense que l’on peut appréhender la réponse en utilisant la métaphore de la différence entre le trou noir et l’étoile. Nous retrouvons alors la métaphore coranique redondante des étoiles de la guidance au travers des figures de la Révélation.

La posca

Ce que nous venons d’exposer est une opposition. Une fois David, paix sur lui, disparu, ses ennemis vont donc progressivement s’accaparer son image. Le conflit dans l’enseignement de la foi va donc être occulté par la rivalité politique. Le meilleur moyen est de fabriquer de pseudo-psaumes de David. D’ailleurs le corpus n’a jamais été revendiqué comme homogène en paternité. Nous pouvons analyser ce que nous pourrions nommer le pseudo-psaume 69, dont voici le passage le plus notable:

PP 69.22 Ils mettent du fiel dans ma nourriture, Et, pour apaiser ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre.
23 Que leur table soit pour eux un piège, Et un filet au sein de leur sécurité ! 24 Que leurs yeux s’obscurcissent et ne voient plus, Et fais continuellement chanceler leurs reins ! 25 Répands sur eux ta colère, Et que ton ardente fureur les atteigne ! 26 Que leur demeure soit dévastée, Qu’il n’y ait plus d’habitants dans leurs tentes ! 27 Car ils persécutent celui que tu frappes, Ils racontent les souffrances de ceux que tu blesses. 28 Ajoute des iniquités à leurs iniquités, Et qu’ils n’aient point part à ta miséricorde ! 29 Qu’ils soient effacés du livre de vie, Et qu’ils ne soient point inscrits avec les justes !

Il pourrait s’inscrire dans le prolongement du 40 par sa première partie, mais comme nous le voyons avec la citation, il en trahit l’esprit. Il est envisageable que le Psaume initial ait été rallongé, hypothèse qui me parait peu probable, mais dans ce cas, nous devons le traiter globalement comme étranger à la Parole. En effet, la narration  n’est pas centrée sur la culpabilité, sur la rédemption. La  persécution prédomine, pour glisser de l’intérieur vers l’extérieur. La demande de malédiction à l’égard des ennemis entre en contradiction avec l’esprit des évangiles. C’est cet esprit introduit dans les Psaumes authentiques qui va donc influer la nature de l’attente messianique ultérieure. Cependant, le quatrième, comme à son habitude, se démarque en citant ce pseudo-psaume plusieurs fois car il se nourrit de cet esprit (dans le cercle restreint de ses initiés). 

« Le zèle de ta maison me dévore » repris en 2.17. Non central, mais utile pour alimenter le mille-feuilles. « Ils m’ont hai sans raison » repris en 15.25. Même remarque.

Remarquons aussi que Ro 11:9–10 use des versets 22–23 et Ps 109:8. Ro 15.3 cite le verset 9. Si les deux écoles théologiques s’opposent, elles n’en demeurent pas moins sur le socle de cet esprit identique issu de ce passage précis du pseudo-psaume 69.

Mc 15.23 Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de myrrhe, mais il ne le prit pas.
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15.36 Et l’un d’eux courut remplir une éponge de vinaigre, et, l’ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire, en disant: Laissez, voyons si Élie viendra le descendre.
15.37 Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira.
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Mt 27.34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel; mais, quand il l’eut goûté, il ne voulut pas boire.
.
27.48 Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge, qu’il remplit de vinaigre, et, l’ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire.
.
Lc 23.36 Les soldats aussi se moquaient de lui; s’approchant et lui présentant du vinaigre,
.

4E 19.28 Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie: J’ai soif.
19.29 Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche.
19.30 Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli.
Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.

Les synoptiques divergent sur la nature de la boisson, mais s’accordent sur le fait qu’il n’en boit pas. Le texte distingue deux offres, la première au pied de la croix, la deuxième en hauteur avec l’aide d’un roseau. Il refuse la première, et meurt quelques instants après la deuxième, nous en déduisons qu’il n’a donc pas bu.  Tout porte à croire qu’il s’agit donc de la même boisson. Or, le quatrième évangile fait boire cette boisson afin d’accomplir le pseudo-psaume 69, comme si cela était central dans un ensemble de 3 versets là où le récit entier de la Passion qui se déroule sur plusieurs heures en occupe relativement peu de plus. Ce qui est interprété comme une torture serait d’avantage un geste de compassion même si cela est accompagné d’une moquerie. En effet, les soldats donnent au condamné ce qu’ils boivent eux-mêmes. La posca est une boisson populaire qui se conserve facilement et qui étanche la soif. L’auteur de cet évangile, pas réellement concerné par la réalité des gens, et à qui il ne viendrait pas à l’idée de boire une telle boisson, n’a donc aucun mal à faire boire au Messie cette boisson car il ne prend pas en compte le refus. De notre point de vue, nous pouvons percevoir ce refus comme une mise en garde justement contre le mensonge de l’accomplissement du pseudo-psaume. Le résultat est  l’alimentation de  la haine du « Nous contre eux » sous couvert de bienveillance. Rappelons au passage que l’auteur ignore la structure de l’hysope et l’impossibilité de s’en servir pour y placer une éponge tendue en hauteur. La raison de sa présence est de transformer un sacrifice païen en un sacrifice liturgique. Nous sommes à un instant de bascule de la Passion. Le Messie prononce là ses dernières paroles. Elles sont aussi uniques, il ne peut y avoir plusieurs versions. L’introduction du Psaume 22 invite à prendre connaissance du reste du texte jusqu’à sa fin. Il y est notamment question de l’avenir des disciples et du règne de Dieu sur les Nations.

Ps 22.27 Toutes les extrémités de la terre penseront à l’Éternel et se tourneront vers lui; Toutes les familles des nations se prosterneront devant ta face. 22.28 Car à l’Éternel appartient le règne: Il domine sur les nations. 22.29 Tous les puissants de la terre mangeront et se prosterneront aussi; Devant lui s’inclineront tous ceux qui descendent dans la poussière, Ceux qui ne peuvent conserver leur vie. 22.30 La postérité le servira; On parlera du Seigneur à la génération future. 22.31 Quand elle viendra, elle annoncera sa justice, Elle annoncera son oeuvre au peuple nouveau-né.

L’auteur du quatrième évangile va substituer à toutes les informations introduites par l’introduction du Psaume 22, la suite du pseudo-psaume 69. Nous discernons le concept du Verus Israël qui consiste à s’accaparer l’identité même du peuple élu plutôt que de déclarer une Alliance des Nations. (Une caste qui incarne le Verus Israël et la plèbe,  les Nations, comme nous le comprenons) Et ce qui suit immédiatement l’ingestion du vinaigre (qui est exprèssement demandé par le Messie comme accomplissement des écritures comme l’écrit faussement l’auteur en alourdissant le propos plus que de raison) sont les imprécations à l’égard des injustes.  Tout le récit de la Passion selon cet auteur tend donc vers une demande de malédiction à l’égard des ennemis, là où le Psaume 22 s’ouvre vers la bénédiction sur les Nations. Mais sans l’assumer bien évidemment. Une IA gardienne du consensus n’aura d’autre perspective que d’avancer que cette déduction n’est qu’une inférence. Et elle aura raison.

Il n’existe pas dans ce contre-évangile un équivalent à:

Mt 5:44 aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent.

Le système de pouvoir qui s’est installé dans la Tour ne peut pas se permettre d’aimer ses ennemis, car ses ennemis, à savoir les juifs (comme dans 1 Th 2.15 « ils ne plaisent pas à Dieu, ils sont ennemis de tous les hommes ») sont la preuve vivante de l’usurpation. Cette injonction qui peut apparaître un peu utopique et naîve à l’adresse de tous les croyants, s’avère être en réalité une mise en garde contre les usurpateurs de la Parole portée par le Messie: les ennemis dont il est réellement question sont les leurs.

Confrontée à cette problématique, l’IA a invoqué une inférence de cette injonction à l’aide d’une construction à l’aide d’éléments tirés du même évangile. La conclusion qui s’impose alors est « Il y a la bonne inférence, et la mauvaise inférence. » C’est donc celui qui possède l’outil de coercition qui détermine les critères de validation. Il est instructif d’observer la réaction à cette constatation.

Reconnaissons son succès temporaire, puisqu’il a réussi à berner son monde durant 2000 ans avec cette rhétorique de haine cachée sous l’amour. Non seulement les chrétiens ont canonisé le pseudo-psaume 69, mais aussi cette parodie d’évangile, sans aucun discernement. Ou plutôt devrait-on dire que ceux qui ont fait cela était les héritiers de cette faction, qui elle-même héritait d’une faction exilique qui a usurpé la Parole de David, paix sur lui. Un indice de l’origine nous est donné par la mention de l’établissement futur en Juda (ce qui invalide la dimension messianique du texte), les conclusions du Psaume et du pseudo-psaume s’opposent radicalement sur la question de la postérité:

35 Que les cieux et la terre le célèbrent, Les mers et tout ce qui s’y meut ! 36 Car Dieu sauvera Sion, et bâtira les villes de Juda; On s’y établira, et l’on en prendra possession; 37 La postérité de ses serviteurs en fera son héritage, Et ceux qui aiment son nom y auront leur demeure.

Les menteurs se reconnaissent entre eux durant l’histoire et se trahissent à l’Heure des comptes.
Prenons bien garde au fait de maudire autrui, car parfois la malédiction peut se prononcer contre soi-même à l’Heure des comptes. Et je ne crois pas dire là quelque chose de novateur.

Enfin, nous remarquerons ce détail dans l’introduction du pseudo-psaume: le lis, qui, nous l’avons vu il y a peu, est le symbole de ralliement des injustes. Les historiens identifient son origine dans le Cantique, mais il semblerait que ce dernier puise ce motif dans ce pseudo-psaume, ennemi de la Parole du Psaume 40. Ici il se lit šō·wō·šan·nîm. Le W est lu comme une consonne alors que le mot est šōšanîm (au pluriel). La racine trilitère SSN devient quadrilitère en intégrant le W: SWSN. Le pseudo-psaume 69 partage avec le Cantique cette orthographe si particulière pour le mot « lys ».   Dans le cantique, lys apparait 8 fois. Cette altération éloigne le mot du nom hébraïque de Suse, la capitale de la Perse. Le mot est un motif identitaire comme peut l’être Rome. S’agit-il ici d’imprimer au texte une allégeance spirituelle qui vient s’emparer des écritures?
La pratique funéraire de l’ossuaire issue du zoroastrisme, dernier rituel avant le passage de l’au-delà, pratiqué essentiellement au premier siècle en Judée, témoigne de l’allégeance réelle des élites religieuses auxquelles se sont confrontées le Messie. Le lys en serait le symbole. Un motif floral récurrent apparait sur les ossuaires dont le lien avec le lys est à déterminer.
La fleur de lys apparait dans les écritures dans le chapitre 7 du livre des Rois. Les biblistes s’accordent pour témoigner de la rupture dans la narration et le caractère très descriptif du passage. Ce style s’accorde avec celui du prétendu prophète de l’exil, où une telle narration prend toute sa dimension. Dans une démarche spéculative, on pourrait se permettre de supposer que ce prétendu prophète exilique s’inscrit dans une tradition scripturaire très proche de l’auteur du chapitre 7, voire qu’il pourrait en être lui-même l’auteur. Nous avons vu par ailleurs que la pratique de l’ossuaire découle d’une de ses prétendues visions (voir mes os et ma chair).

Incongruité

Mt 6.24 Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.
25 C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 26  Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? 27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? 28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent; 29 cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. 30 Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? 31 Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? 32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. 
Voici une parabole de faune et de flore qui aux premiers abords, parait simple. Mais comme je le disais dans un précédent article: Dieu fait-il advenir son Messie pour délivrer ce genre d’enseignements? Cette image de gentil que l’occident cultive sur le personnage du Messie occulte son aspect tranchant. J’ai donc ôté le dernier verset, vraisemblablement ajouté pour le diluer et en faire un prolongement du livres des Proverbes: 34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.
Cette parabole est redoutable. Pour la comprendre, il faut utiliser comme point de départ la parabole des Noces (voir « Sacrés fils »). En résumé, la parabole des Noces est une mise en abyme de la condamnation de ceux qui se sont accaparé la Parole du  Messie. Ce qui est succulent est qu’ils rapportent leur propre dénonciation. Nous avions alors identifié 3 groupes principaux. Celui désigné par le champ est le clan johannique. A ce point de lecture, vous comprenez alors que la parabole champêtre se mue en sentence irrévocable. La séquence commence par le choix entre Dieu et Mamon. Dieu a créé le corps. Mais Satan, ou quelque soit le nom que l’on peut lui attribuer, n’a pas de corps. Dans sa haine de l’humain, l’une de ses actions est donc de dévaloriser le corps dans la perception humaine et d’établir une hiérarchie qui n’a pas lieu d’être. Dans la religion égyptienne, nous avons vu que seuls les élus avaient droit à une vie éternelle après une cérémonie. L’âme est alors entourée de bandelettes d’invocations tirées du livre des morts. Ce sont les vêtements de l’âme. Mais la Torah enseigne l’inverse et le Messie rappelle ici que le corps vaut mieux que ces vêtements, qui sont recouverts des mensonges inspirés par le malin. La métaphore des oiseaux n’est pas nouvelle, nous l’avons vu de nombreuses fois. Elle désigne les croyants aspirants au ciel plutôt qu’aux mondanités, dont le pouvoir religieux fait parti. Nous comprenons alors que les lys désignent aussi des personnes qui sont leur exacts opposés.  Ces gens se revendiquent de Salomon, paix sur lui, pour de mauvaises raisons. Le chapitre 7 du livre des Rois a été écrit par des gens qui leur sont semblables. De tous les symboles étalés dans le chapitre, ils n’ont récupéré que le lys.
Pour être guidé jusqu’à cette parabole et en entreprendre le décodage, j’ai posé une simple question dans le prolongement de ce qui précède: y-a-t-il une apparition du lys dans le texte des évangiles qui est incongrue? Sa seule apparition est ici. Admettons que des lys mieux habillés que Salomon, paix sur lui, peut paraître étrange. Mais quand le Messie annonce qu’ils finiront au four, tout s’éclaire. Quel travailleur de la terre prendrait la peine de récolter tous les lys d’un champ pour aller les faire brûler dans un four? Mais à Dieu rien n’est impossible. Preuve en est, cette parabole a traversé deux millénaires pour nous parvenir intacte et confondre ceux qui les ont transmises.
Mais la petite cerise sur le gâteau est tout de même la mention de la coudée. Un vrai délice pour qui me suit depuis dix ans.

At Tawba

Lorsque l’on lit le Coran, influencé par la tradition majoritaire,  on pourrait trouver qu’il met en avant de toute chose le combat militaire, en particulier dans une sourate comme At Tawba, dont certains versets peuvent choquer par leur virulence. En relisant la sourate au prisme de cet article, on réalise que le combat spirituel, s’il est avant toute chose portée sur soi-même, peut aussi être en grande partie contre les gardiens des dogmes qui instrumentalisent la foi pour des raisons mondaines. Parmi les nombreux versets qui illustrent le courage face aux épreuves du combat, nous trouvons ceci:
Qu 9.61 Et il en est parmi eux ceux qui font du tort au Prophète et disent: « Il est tout oreille ».
-Dis: « Une oreille pour votre bien.
Il croit en Allah et fait confiance aux croyants, et il est une miséricorde pour ceux d’entre vous qui croient. Et ceux qui font du tort au Messager d’Allah auront un châtiment douloureux. » 
Le fait d’être à l’écoute des problèmes des autres est considéré comme risible au mieux, blâmable au pire,  par certains. Allah enseigne ici une vertu prophétique d’écoute des problèmes psychologiques d’autrui. La sourate s’achève en reprenant  ce thème, en concluant que face à l’hostilité à l’encontre de l’expression de ses émotions réciproque,  le refuge est le Créateur, et ce n’est pas une vaine Parole:

128 Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants.
129 Alors, s’ils se détournent dis: « Allah me suffit. Il n’y a de divinité que Lui. En Lui je place ma confiance; et Il est le Seigneur du Trône immense. »

La parabole des talents/mines (version réactualisée)

Mt 25.14 Il en sera comme d’un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens.
25.15 Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit.
25.16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents.
25.17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres.
25.18 Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un creux dans la terre, et cacha l’argent de son maître.
25.19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte.
25.20 Celui qui avait reçu les cinq talents s’approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit: Seigneur, tu m’as remis cinq talents; voici, j’en ai gagné cinq autres.
25.21 Son maître lui dit: C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.
25.22 Celui qui avait reçu les deux talents s’approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m’as remis deux talents; voici, j’en ai gagné deux autres.

25.23 Son maître lui dit: C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.
25.24 Celui qui n’avait reçu qu’un talent s’approcha ensuite, et il dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n’as pas semé, et qui amasses où tu n’as pas vanné;

25.25 j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi.25.26 Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que j’amasse où je n’ai pas vanné;

25.27 il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j’aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt.
25.28 Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents.

25.29 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.
25.30 Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.

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 LC 19.12 Voici donc ce qu’il dit : Un homme de famille noble était sur le point de partir pour un pays lointain afin d’y être officiellement nommé roi, avant de revenir ensuite dans ses Etats. 13 Il convoqua dix de ses serviteurs et leur remit, à chacun, une pièce d’or. Puis il leur recommanda : « Faites fructifier cet argent jusqu’à mon retour ! » 14 Mais cet homme était détesté par les habitants de son pays. Aussi, ils envoyèrent, derrière lui, une délégation chargée de dire : « Nous ne voulons pas que cet homme-là règne sur nous ! » 15 Après avoir été nommé roi, il revint dans son pays et fit appeler les serviteurs auxquels il avait confié l’argent. Il voulait savoir ce qu’ils en avaient retiré. 16 Le premier se présenta et dit : « Seigneur, ta pièce d’or en a rapporté dix autres. » 17 « C’est bien, lui dit le maître, tu es un bon serviteur ! Tu t’es montré fidèle dans une petite affaire. Je te nomme gouverneur de dix villes. » 18 Le deuxième s’approcha et dit : « Seigneur, ta pièce d’or en a rapporté cinq autres. » 19 Le maître lui dit : « Eh bien, je te confie le gouvernement de cinq villes. » 20 Finalement, un autre vint et dit : « Seigneur, voici ta pièce d’or ; je l’ai gardée enveloppée dans un mouchoir. 21 En effet, j’avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère ; tu retires de l’argent que tu n’as pas placé, tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. » 22 « Vaurien ! dit le maître, tu viens de prononcer ta propre condamnation. Tu savais que je suis un homme sévère, qui retire de l’argent que je n’ai pas placé et qui moissonne ce que je n’ai pas semé. 23 Pourquoi alors n’as-tu pas déposé mon argent à la banque ? A mon retour, je l’aurais retiré avec les intérêts. » 24 Puis il ordonna à ceux qui étaient là : « Retirez-lui cette pièce d’or et donnez-la à celui qui en a dix ! » 25 « Mais, Seigneur, lui firent-ils remarquer, il a déjà dix pièces ! » 26 « Eh bien, je vous le déclare, à celui qui a, on donnera encore, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. 27 D’autre part, amenez-moi ici mes ennemis qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, et qu’on les mette à mort devant moi. »

En 2015 débutait réellement mon travail de fond sur l’Écriture. Je livrais donc une première interprétation de la parabole des talents avec le peu d’outils à ma disposition, c’est à dire la matière inter-textuelle. La compréhension passe par l’identification correcte des 3 personnages. J’avais supposé que le premier était le juif, le deuxième, le chrétien, et le troisième, le musulman. Cette dissymétrie communautaire présentait un problème de taille: la condamnation des uns par rapport aux autres. Quelque chose ne fonctionnait pas. Cependant, je n’avais pas tout faux, le moteur de la corruption avait été identifié. Je dirais que mon erreur principale pour mener la réflexion a été de considérer que le serviteur paresseux disait la vérité. En postulant qu’il professe le mensonge, nous pouvons établir une nouvelle perspective.

Reprenons l’identification des 3 personnages. Il s’agirait en réalité, des 3 aspects de la vie religieuse. Le premier est l’officiant sacerdotal. Il est chargé d’entretenir la continuité du culte, son évolution, son dynamisme. Le culte sous son aspect rituel est composé de diverses pratiques: la prière commune, les fêtes, les processions, les jeûnes, les rencontres, les pèlerinages, etc.  Quelque soit la religion, le culte a su conserver son aspect dynamique et offrir au monde extérieur une image positive et attirante même si elle ne fait pas l’unanimité. Le deuxième personnage serait incarné par le chantre et le psalmodiant. C’est l’élévation par l’expression corporelle. Moins riche que le domaine du culte, dans lequel il peut être rangé mais que nous distinguons clairement car les prêtres et les chantres sont deux profils bien distincts, il a su lui aussi conserver le dynamisme originel, et évoluer. Son aura dépasse largement le cadre communautaire. Le troisième serait donc le prophète, dont l’enseignant de la Parole est l’héritier.
Dans la version avec les mines, les serviteurs initiaux sont au nombre de 10, mais ce nombre disparait ensuite, il n’est donc pas pertinent. La différence entre les deux versions tient à l’égalité d’attribution. Cela ne change pas fondamentalement mon interprétation.
Contrairement à mon interprétation initiale, ce personnage n’appartient donc pas une communauté  en particulier. Je pointais du doigt l’enseignant musulman qui détourne le texte des évangiles car il ne le comprend pas. Mais la communauté musulmane ne détient pas l’exclusivité de cette fâcheuse pratique. La violence n’est  pas non plus la seule voie d’égarement. Quelque soit l’appartenance communautaire, c’est donc bien le groupe des héritiers du récit de la Révélation qui entretient la division. Remarquons au passage, la similarité de la problématique avec la parabole du bon Samaritain. En rectifiant que le terme prochain désigne un coreligionnaire, et en montrant la trahison des mêmes profils, cette parabole appuie le côté division par l’exemple, là où cette des Talents expose la sclérose. Dans la métaphore, il enterre le talent. Les chrétiens ont nommés leur livre le nouveau Testament. On ne peut pas avoir meilleure illustration. Quant aux musulmans, leur refus de lire les évangiles, montre bien qu’ils ont placé la Parole qui y est contenu dans la terre. Chaque groupe, à sa manière, a choisi de traiter Dieu au travers de son Messie de menteur, soit en ignorant sa Parole, soit en la dénaturant. Le Messie n’a donc que des corrections secondaires à adresser aux acteurs du rite et du chant/récitation, mais tout son courroux à l’égard des dépositaires des écritures, qui, en la plaçant dans la terre, l’ont laissé se recouvrir de superstitions et en ont fait un motif de division et se sont placés en posture de surplomb. En joignant ses homologues chrétiens et juifs, je vous invite à relire la conclusion de cet article de 2015 dont la vigueur est toujours en résonance avec le contenu de la parabole initiale. La réforme est impossible, la condamnation est définitive:

Lc 19.27 Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence.

Complémentons cette étude, en pointant du doigt la traduction fautive. Elle n’est pas détectable dans Mt, mais dans Lc:

22 « Vaurien ! dit le maître, tu viens de prononcer ta propre condamnation. Tu savais que je suis un homme sévère, qui retire de l’argent que je n’ai pas placé et qui moissonne ce que je n’ai pas semé.

Le texte grec original dit plus littéralement  ainsi: « (Par ce qui sort) de ta bouche, je te jugerai ». Ce qui est traduit par « tu savais » est le verbe εἴδω, eidó. Ce verbe signifie « voir ». Au sens figuré, il peut signifier savoir, mais ce n’est pas le sens premier. Il y une différence importante entre le fait de voir quelque chose et savoir. L’un implique le fait d’émettre un avis sur une question, tandis que l’autre est une affirmation de connaissance absolue. La traduction fait dire au maitre, donc au Messie, que le serviteur a raison de penser qu’il est dur et qu’il juge selon ce qu’il n’a pas enseigné. Ce n’est pas du tout le cas. Voici une traduction correcte:

22 « Vaurien ! dit le maître, (Par ce qui sort) de ta bouche, je te jugerai. Tu (me) percevais/voyais comme si j’étais un homme sévère, qui retire de l’argent que je n’ai pas placé et qui moissonne ce que je n’ai pas semé.

Cette subtilité autour du verbe « voir », nous renvoie à une opposition par rapport à l’oreille du Psaume 40. Ce verbe vient confirmer que le serviteur incriminé est bien celui qui a le dépôt des écritures et qui en a fait une matière morte, dont il prétend détenir le savoir. La précision concernant le fait de ne pas moissonner ce qu’il n’a pas semé, outre le fait que le serviteur ne confond pas l’envoyé et le Créateur, indique que l’érudit n’a pas pris en compte la critique portée par le Messie sur les écritures. Elles ont donc été canonisées telles quelles par les chrétiens, et rejetées intégralement par les musulmans.
La sentence est donc émise par les détenteurs du dépôt des écritures sur eux-mêmes. L’ironie est de constater que cette parabole est le coeur même de ce qui a été délaissé dans la Parole messianique.

La dernière tentation du Christ

Dans un ancien article, j’avais déjà exprimé mon profond lien avec le propos porté par le film issu du livre du même nom. Bien entendu, je ne suis pas en accord avec la vision messianique déployée, ni avec certains aspects moraux. Mais la justesse de l’exploration de la psychologie du personnage élu de Dieu est indéniable. Il me semble que c’est la seule véritable tentative, significative en matière de portée, qui a le courage et surtout la lucidité d’aborder un tel sujet. La théologie chrétienne a fait du Messie une divinité, donc un être sans péché, même si il est admis une part d’humanité variable suivant les sensibilités. Mais au fond, le principe d’absence de péché, induit la perfection, donc la divinité. C’est exactement le même phénomène en Islam, avec l’infaillibilité prophétique, et la plus importante de toute, celle qui ne peut être remise en cause, celle de Muhammad, paix sur lui.
Je vais maintenant explorer une voie alternative, en s’appuyant sur cette fiction et sur la contradiction apparente de la parabole duale du royaume:

Mt 13.31 Il leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume de Dieu est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. 32 C’est la plus petite de toutes les semences; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.

33 Il leur dit cette autre parabole: Le royaume de Dieu est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

(J’ai remplacé « des cieux » par « de Dieu », comme dans Mc et Lc. La différence est subtile mais prend tout son sens quand on accepte la dualité. Ce royaume n’est pas céleste, mais bien terrestre,  sous la lieutenance des fils d’Adam, paix sur lui, donc imparfait. Ne pas confondre avec la théologie dualiste qui pose justement une égalité céleste du bien et du mal)

Au passage, traitons la célèbre parabole du bon grain et de l ivraie. Selon l’exégèse critique moderne l’explication semble être une construction de l’évangéliste. En effet, en faisant du champ le monde, il neutralise l’ennemi intérieur de la communauté des croyants. Or cet ennemi intérieur ne peut proliférer qu’à partir d’un matériau scripturaire.

Matthieu 13:27 Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire: Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?

Après réflexion, l’instant décrit peut correspondre à celui du premier concile. Le principe même d’un concile doctrinal révèle la divergence. Ma lecture diffère en ce que je ne considère pas que l’autorité qui tranche soit purement de Dieu.

Ce n’est donc pas la nature du levain qui est en cause, mais la nature du royaume. « Jésus annonçait le royaume, et c’est l’Église qui est venue ». Cette phrase ne démontre pas une opposition, mais un accomplissement. Je serais tenté de dire que si la formulation permet une autre lecture, alors cela signifie que l’Esprit  guidait l’auteur.

Si je devais être taquin, je répondrais à son auteur: « Vous avez fui l’Eglise, et vous vous êtes soumis au collège de la Raison »

L’ironie ultime est de constater que ce sont ceux qui se réclament les disciples du pape qui a scellé l’abandon de toute critique des écritures qui sont les fers de lance de l’opposition au demi-tour opéré autour de la table eucharistique pour tourner le dos à Dieu imposé par le dernier concile.

Le royaume qui s’établit dans le monde ne peut pas être parfait. Il produit des fruits bons et aussi mauvais. Nous comprenons alors que le Messie, en tant qu’être humain, est aussi imparfait. Si il est possible de relier la mort du Pharaon dans la mer et le sacrifice du Messie en tant que rite païen, cela signifie que c’est la partie mauvaise du Messie qui a participé de cette mort. Non pas qu’il en soit seul responsable, mais qu’il doit en endosser une partie de la responsabilité au même titre que tous les acteurs. Nous avions supposé que c’est bien la reine d’Adiabène/ Magdala, qui a été le moteur de ce sacrifice. Mais cette position n’a été possible uniquement parce que le Messie a voulu lui donner cette place. Au départ, il ne voyait que sa beauté, son aura, sa richesse, ses relations. Lorsqu’il a compris les écritures et que sa mort dans la capitale judéenne en était l’accomplissement, il a pensé que ce sont ses ennemis principaux, à savoir l’élite religieuse, qui allait en être la cause. Mais en réalité, la prétention messianique n’a jamais terrorisé le pouvoir: nombreux ont été les prétendants. En temps normal, les disciples sont jetés hors de la ville pour les plus pacifistes, et tués pour les plus bellicistes. Le sort du mouvement aurait du être l’indifférence. Sans la pugnacité de la reine, la confrontation n’aurait jamais été significative dans l’histoire. Sauf que cette pugnacité était corrélée à l’auto-prophétisation d’elle-même et de sa dynastie. Dans son aveuglement, le Messie s’est laissé embarquer dans ce récit. Quand il a réalisé son erreur, il était trop tard: elle venait pratiquer l’onction au parfum. Il a alors réalisé que le véritable moteur de sa mort n’était pas la haine et le rejet, mais bien l’amour démesuré et la possession. L’homme-Messie avait triomphé de presque toutes les passions d’ici-bas, mais une forme d’orgueil lui a fait consentir à participer pleinement à un processus où la divinisation de lui-même était une voie possible. Il a alors prononcé la Parabole duale du Royaume.
Ne croyez pas que la compréhension de ceci soit un témoignage d’une perfection. Celle-ci n’advient certainement qu’au moment exact de la mort. La Parabole des ouvriers de la dernière heure nous enseigne bien qu’à ce moment là, ceux que l’on croyait perdus peuvent se révéler à leur Créateur, et à lui uniquement.

Le miracle fondateur et les mages

Comme nous l’avons vu, cette situation de dépendance du Messie vis-à-vis de la reine puise son origine dans leur rencontre initiale. Le Cantique est un récit crypté qui décrit l’accouchement douloureux au désert de Marie, paix sur elle, la rencontre entre la reine et un bébé qui lui parle alors que sa véritable mère a fait vœu de silence (que l’on déduit du texte coranique). Le mutisme empêche la divulgation du récit de la Nativité: c’est un secret gardé par des élus de Dieu. Le récit de la rencontre dans le Cantique est crypté pour n’être connu que des initiés de la secte. Deux récits fondateurs se font face dans le secret. Le reste du corpus ne fait mention ni de l’un ni de l’autre.

Pendant longtemps j’ai relégué le récit des 3 rois mages au rang de fables païenne ajoutée pour des raisons en lien avec l’astrologie, le symbolisme, ou un savoir caché. Si nous considérons que ces envoyés sont des émissaires de la couronne d’Adiabène, le récit s’ancre dans une réalité très concrète de diplomatie. Il suffit alors de comprendre que l’étoile est une simple métaphore de la reine qui les a missionné (nous avons vu que Sheba signifie étoile en égyptien et « celle qui est venu » en hébreu de la Mishna/Cantique). Cette prétention messianique entre en conflit direct avec la royauté alors permise par Rome. Mais la raison de l’apparition de ce roi dans le récit est un artifice à des fins de légitimité. En effet, dans le schéma mosaïque, le fait d’être reconnu par une famille noble pour un envoyé de Dieu, confère à cette famille un statut d’injuste. Le massacre des innocents, motif explicitement exodien, sert à déplacer le statut d’injuste de la dynastie représentée par les mages, à la dynastie dominante à cette période au prix d’un léger anachronisme que n’ont pas manqué de remarquer tous les exégètes. Les présents correspondent bien à l’usage. On peut noter tout de même que la myrrhe est un motif qui apparait aussi dans la mise au tombeau de la Passion et dans le Cantique.

Mt 12.46 Comme Jésus s’adressait encore à la foule, voici, sa mère et ses frères, qui étaient dehors, cherchèrent à lui parler. 47 Quelqu’un lui dit: Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler. 48 Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait: Qui est ma mère, et qui sont mes frères? 49 Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit: Voici ma mère et mes frères. 50 Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère.

Dans cette version, on constate que le contexte ne force pas l’interprétation. La famille est neutre dans sa demande. La réponse est neutre à leur encontre. Cet enseignement ne pourrait être qu’une remarque opportune d’une mise en situation. Mais, on peut aussi réaliser que cette phrase n’a de force que si le récit de la Nativité est inconnu par ses disciples à ce moment là. Car la prédication messianique commence à l’Annonciation, et donne une dimension dynastique élective à la famille du Messie. Peut-être lui-même ignore-t-il ce récit, Marie, paix sur elle, ayant été jusqu’à le cacher à son propre fils. Cela pourrait expliquer bien des choses, et surtout pourquoi aucun de ses détracteurs n’abordent ce sujet pourtant crucial du miracle le plus important qui lui est lié de son vivant.

Dans l’article OWO, nous avions vu le cryptage en trois temps:

2.7 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, Avant qu’elle le veuille  8 la voix de mon bien-aimé.
Le voici, il vient, Sautant sur les montagnes, Bondissant sur les collines.
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3.5 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Par les gazelles et les biches des champs, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, Avant qu’elle le veuille 6 qui est celle qui monte depuis le désert comme des colonnes de fumée.
Au milieu des vapeurs de myrrhe et d’encens Et de tous les aromates des marchands.
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8.4 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, Avant qu’elle le veuille 5 qui est celle qui monte depuis le désert, reposée contre son bien-aimé.
Je t’ai offert le réveil sous le pommier là où ta mère t’a enfantée dans la douleur,
C’est là qu’elle t’a enfantée dans la douleur, qu’elle t’a donné le jour.

Le verset 8.5 est l’instant de bascule entre les deux secrets. Munissons-nous de certaines connaissances afin  d’aborder la suite. A cette occasion, une mise à jour a été effectuée sur l’article phoque-abstraction que je vous invite à lire. Nous constatons que la riche famille, tout comme l’ensemble de l’élite judéenne de son époque et de l’élite du monde grec en général, est adepte d’un syncrétisme très large. L’introduction de l’évangile johannique, fondateur de sa propre doctrine, fait confondre le Créateur avec sa Parole créatrice. Or, nous savons que la Parole créatrice fait parti de la création. Cette erreur de conception théologique provient des concepts égyptiens de divinisation des attributs divins. Dans le chapitre 85 du livre des morts, la divinité émerge de l’équivalent des eaux primordiales (ce qui laisse à penser que les rédacteurs ont des informations de première main, si vous comprenez ce que je veux dire; il est par ailleurs question de tourner la glaise comme sur un tour de potier pour former l’homme comme nous l’avons vu dans l’étude du Coran sourate 55). Puis elle crée le monde à l’aide de son souffle créateur, le Hou. Mais la suite du texte fait dire à cette divinité « Je suis le Hou ». Les auteurs johanniques ont donc préféré cette vision polythéiste à celle de la Torah. Ils ont plaqué le Messie sur la divinité secondaire du Hou en toute décontraction alors qu’il s’agit de la base du monothéisme. La chose est indéfendable. Est-il pertinent de rapprocher le 85 du livre des morts, du 8.5 du Cantique? Non pas qu’il y ait une symbolique derrière ce nombre, mais la confirmation de la connexion. Le chapitre 85 décrit un acte démiurgique. Nous réalisons que le verset 8.5 décrit lui-aussi un acte démiurgique. L’insistance sur la douleur témoigne de la douleur de la narratrice. Selon l’introduction de l’évangile johannique et la description d’Hebreux 10.5, le Père donnerait un corps à sa Parole, son Hou, le « je » d’Hébreux (qui singe ici le « je » psalmique) par l’intermédiaire de Marie, paix sur elle, tandis que l’Esprit entrerait dans ce corps par l’entremise de la reine (ce qu’elle nomme le réveil). Le verset 8.5 entend se substituer à l’acte divin réel du Souffle qui suit l’Annonciation:

Sourate 21 (Al-Anbiya), verset 91 :
​Et celle [Marie] qui avait préservé sa chasteté ! Nous insufflâmes en elle un Souffle (de vie) venant de Nous et fîmes d’elle ainsi que de son fils, un signe pour l’univers.

Sourate 3 (Al-Imran), verset 59 :
​Pour Dieu, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : « Sois ! » et il fut.

Voici le scénario possible. Tout part de la vision du mari de la reine d’Adiabène tel qu’il est décrit dans les Antiquités Judaiques avec l’emploi dans ce chapitre du terme « Monogene » commun à l’évangile. Nourrie aux récits bibliques, la reine s’imagine engendre le Messie. Après avoir consulté un rabbin, elle décide de partir à Béthléem afin d’accomplir une interprétation scripturaire. Mais le chemin est long et difficile. Cela ne se passe pas bien et alors qu’elle est encore dans le désert, elle accouche. L’enfant décède. A la douleur de la perte, s’ajoute le vide de la prophétie attendue. Elle fuit sa caravane, traumatisée. Ses pas la mènent vers Marie, paix sur elle, qui vient d’accoucher. Elle vient de faire le voeu d’un jeune de la parole. La reine, se pensant seule, crie au Ciel sa douleur à pleine voix sous forme de questions. Au moment même où elle les voit, c’est le bébé qui lui répond alors:

Sourate 19 (Maryam), versets 30 à 33 :
​Mais [le bébé] dit : « Je suis vraiment le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre et m’a désigné Prophète.
Il m’a rendu béni où que je sois, et Il m’a recommandé la prière et la Zakāt tant que je vivrai.
Et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni arrogant ni misérable.
Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité. »

Le transfert est immédiat. Plus tard, le récit d’annonciation va être transféré sur le fils qui lui nait l’année suivante et qui n’est autre que le disciple bien-aimé. C’est le schéma du conte des deux frères égyptien qui va lui offrir le cadre du lien entre les deux fils aux prétentions messianiques. Mais ce schéma  a du s’imposer plus tard. Le fils de la reine a été entrainé malgré lui dans l’imagination de sa mère. Un jour, par la bouche d’un tiers présent dans le désert, il apprend la terrible vérité des prétentions messianiques inabouties de sa mère. Le choc est violent, et il décide de la renier. Il est donc comme « mort » pour elle. Bouleversée, la reine supplie le Messie de lui faire « revivre » son fils sans lui expliquer la raison profonde de ce rejet. Le Messie accepte par miséricorde. Mais le retour à la vie du fils pour sa mère implique qu’il doive adhérer pleinement à sa folie messianique. Ce récit est rapporté de façon métaphorique au centre de l’évangile et en devient son axe, celui de la nouvelle naissance/résurrection du fils de la veuve.

Les filles de la cité semble désigner les initiés qui doivent conserver le secret de ce texte. Le « elle » peut évoquer le concept isiaque de conservation de l’autorité sur le moment de dévoilement, comme la reine elle-même ou ses disciples directs.
Le verset 3.6 sert de connecteur aux rois mages et à la mise au tombeau.

Synthèse de l’opposition chiasmique textuelle qui illustre l’accomplissement duale du royaume :
Les Synoptiques s’articulent dans une phase de montée puis de descente autour de la Montagne de Transfiguration, pivot d’élévation verticale où la Loi et l’Esprit s’unissent pour révéler le Messie-Serviteur dans une lumière éblouissante; tandis que le chapitre central de  l’évangile johannique s’enferme dans les ténèbres et la puanteur du tombeau dans les profondeurs terrestres,  où la résurrection construite d’un usurpateur appartenant à une caste tente de substituer l’autorité d’un démiurge à la souveraineté du Créateur.

Nous pouvons supposer que c’est au moment où la machine de la semaine sainte est lancée que Marie, paix sur elle, rompt le silence et révèle à son fils le secret de sa conception. Cette annonce peut expliquer alors la prise de conscience de l’erreur et le retournement du Messie par rapport à la reine. La question vertigineuse qui vient alors: la rupture de silence est-elle un ordre divin, ou anticipée dans le plan de Dieu comme devoir du Juste face à l’injustice?

Paix sur les âmes investies de l’Esprit

Notes

Introduction à l’analyse du livre Hébreux
https://www.stephanpain.com/2023/02/18/justice/
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