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Triptyque Mille et une bornes partie 3: mā baʿda al-ḥadīd : ما بعد الحديد : au-delà du Fer
Le précédent article est devenu de taille conséquente. Il m’a semblé que débuter un nouveau à partir de celui-ci s’imposait. Mais c’est en soumettant le titre de ce deuxième article à l’IA afin de remuer les données qu’un mot est apparu, un simple mot qui me ramenait à mon Chemin, alors qu’il avait laissé place aux écritures. Vous découvrirez ce mot plus loin. Nous voilà donc avec un triptyque composé de Mille et une bornes, Transnoces et celui-ci. Constatant que je m’engouffrais sur une longue route dans le Coran, j’ai cherché un titre pour décrire le sujet. Le point de départ est la fin de mon Chemin. C’est donc une expérience incarnée qui a imposé le titre. Je connectais la distance physique des 1000 kilomètres avec un choc violent à sa toute fin. Je jouais alors sur le double sens du mot borne, en tant que jalon et objet massif de limite. J’étais loin de m’imaginer le déroulement jusqu’à l’exposé du concept des Transnoces. Quant à ce dernier titre, il est facile à comprendre puisqu’il s’appuie sur le transhumanisme et sur le principe de renouvellement et de dépassement des Noces de l’Evangile. Comme cet article s’inscrit dans la continuité et qu’il explore la voie coranique, j’ai voulu trouver un néologisme en arabe qui soit complémentaire de Transnoces. Entreprise pour le moins délicate vu mon niveau d’arabe. Pour l’instant, après un long travail, c’est « mā baʿda al-ḥadīd » qui s’est imposé. Une traduction possible de transhumanisme en arabe est « mā baʿda al-insāniyya » qui signifie littéralement « après/au-delà de l’humanité ». mā baʿda al-ḥadīd peut se comprendre de deux manières. Dans son sens spatial ontologique, il signifie dépasser les limites du Fer. Dans son sens temporel, il signifie être dans le temps après le (dépôt) du Fer.
Mais pourquoi le Fer? Parce qu’il ne faut pas que le dire.
Why al Hadid? Why a deed?
لماذا الحديد؟ لأنّ العين اليوم حديد؛ فالعملُ سديد
(limādhā l-ḥadīd ? li-anna l-ʿayna l-yawma ḥadīd ; fa-l-ʿamalu sadīd)
Il y a quelques temps nous avions vu que le personnage de la fin de la sourate al Kahf, Dhul Qarnayn, était en réalité le Messie, l’homme des deux époques.
83. Et ils t’interrogent sur Dhul-Qarnayn. Dis : « Je vais vous en citer quelque fait mémorable ».
84. Vraiment, Nous avons affermi sa puissance sur terre, et Nous lui avons donné libre voie à toute chose.
Le « ils » n’est pas précisé par le texte en lui-même, mais il s’agit probablement de contemporains du Prophète, paix sur lui. Leurs préoccupations ne peuvent se porter que sur un personnage dont l’existence a pu avoir un impact sur leur propre histoire, sachant que les différents empires n’ont eu que peu d’impact sur cette terre hostile. Dans la mesure où ils s’adressent à un prophète en ministère porteur d’une nouvelle parole, il parait assez normal qu’ils établissent des ponts entre les époques. Admettre que ce récit est messianique alors admettre qu’il est métaphorique est normal. Jusqu’ici on aurait pu penser que seul l’Évangile manipulait la parabole et que cette forme était marginale dans le Coran. Mais nous allons pénétrer dans un univers inconnu.
Une vue tranchante
L’explication de la barrière radm éclaire le sens du titre et le jeu de mot de conclusion de l’introduction: le lien sonore entre le faire et le fer pour exprimer que la Parole s’incarne dans les actes. Au passage, la version arabe du jeu de mot se base sur le passage où Hadid est traduit par perçante, mais que l’on pourrait traduire plus littéralement par tranchante:
50.19 L‘agonie de la mort fait apparaître la vérité: « Voilà ce dont tu t’écartais. »
20 Et l‘on soufflera dans la Trompe: voilà le jour de la Menace.
21 Alors chaque âme viendra accompagnée d‘un conducteur et d‘un témoin.
22 « Tu restais indifférent à cela. Et bien, Nous ôtons ton voile; ta vue est ḥadīd perçante/tranchante aujourd’hui. »
Cette vue est donc le prérequis pour aborder la suite.
Le passage entre deux ages
Parmi les occurrences de Hadid, mentionnons celle-ci:
Qu 34.10 Nous avons certes accordé une grâce à Dawud (David) de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah). Et pour lui, Nous avons amolli le fer,
11 (en lui disant): « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles. » Et faites le bien. Je suis Clairvoyant sur ce que vous faites.
Comme nous avons vu précédemment, la transition entre la période du bronze et celle du fer s’est opérée à partir de vers -1200. Ce que ce verset précise est que la maitrise de la technologie de chauffage de fer est arrivé en Israël sous le règne de David, paix sur lui. Nous en avions déduit dans un article précédent, que la mention du fer dans le livre de Job, paix sur lui, indiquait que la datation de son ministère était plus tardive que celle qui fait consensus. L’hypothèse retenue alors est d’ailleurs qu’il était connu anciennement sous le nom de Yoab, et qu’il était le général de l’armée de David, paix sur lui.
La mention du fer dans le récit de la barrière de la sourate al Kahf pourrait donc indiquer une période charnière dans l’histoire de l’humanité correspondant à l’émergence de nouvelles technologies.
Il me semble que tout est posé en préambule, rentrons dans le vif du sujet.
Qu 18.94 Ils dirent: « Ô Dhul-Qarnayn, les Yaʾjuj (Gog) et les Maʾjuj (Magog) commettent du désordre sur terre. Est-ce que nous pourrons t’accorder un tribut pour construire une barrière entre eux et nous?»
95 Il dit: « Ce que Mon Seigneur m’a conféré vaut mieux (que vos dons). Aidez-moi donc avec votre force et je construirai un remblai entre vous et eux.
96 Apportez-moi des blocs de fer (zubara l-ḥadīdi). » Puis, lorsqu’il en eut comblé l’espace entre les deux montagnes, il dit: « Soufflez ! » Puis, lorsqu’il l’eut rendu une fournaise, il dit: « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus.»
97 Ainsi, ils ne purent guère l’escalader ni l’ébrécher non plus.
98 Il dit: « C’est une miséricorde de la part de mon Seigneur. Mais, lorsque la promesse de mon Seigneur viendra, Il le nivellera. Et la promesse de mon Seigneur est vérité. »
99 Nous les laisserons, ce jour-là, déferler comme les flots les uns sur les autres, et on soufflera dans la Trompe et Nous les rassemblerons tous.
Le mot arabe désignant le fer est ḥadīd (حَدِيد), construit sur la racine حدد (ḥ-d-d), dont le champ sémantique renvoie à la limite et à la séparation.
- Le sens premier : la limite et l’empêchement. Le mot ḥadd (حَدّ) désigne une limite qui sépare deux choses et empêche leur confusion ou leur mélange.
- L’application matérielle : le tranchant. Par extension, le ḥadd désigne le tranchant d’une lame ou d’une épée : la ligne extrême où le métal acquiert sa capacité à couper.
- Le nom de l’objet : le fer. Le ḥadīd (حَدِيد) est le matériau qui permet de façonner des objets capables de matérialiser une séparation, de protéger ou de contraindre : barrières, armes tranchantes, verrous et armures. Le fer devient ainsi, dans cette lecture, le matériau privilégié de la limite rendue matérielle.
Fort de ces explications générées par IA (qui débattent sur l’origine du mot), nous comprenons que nous devons prendre zubara al ḥadīd comme une métaphore. Il ne s’agit donc pas de comprendre le fer en tant que métal précis, mais en tant que matière constitutive d’une séparation. Cette séparation n’est pas physique, même si elle a une dimension physique, il s’agit avant tout de se protéger d’une menace ontologique. Gog et Magog sont des concepts spirituels. Gog désigne le chemin de la dérive vers la prédestination absolue. Tandis que Magog le chemin de la dérive vers le libre-arbitre absolu. Dans l’article précédent nous avions vu que l’un des objectifs du satan est d’égarer dans la voie de la prédestination, en prétendant qu’il endosserait une charge élective de salut de l’humanité. Ceci afin de pouvoir inverser les choses et de se faire passer pour la réelle divinité aux yeux de certains, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Si nous changeons de paradigme, comprenons que Gog et Magog aussi. Ils aspirent à faire advenir le paradigme du transhumanisme. Face au monde à venir et à ses dangers, tout le monde est inquiet, mais plus particulièrement les croyants, qui voit dans les aspirations des uns et des autres la réalisation des plans antédiluviens des démons. Il ne s’agit pas de céder à la panique, mais de s’armer des bons outils pour faire face. C’est ce qu’exprime le verset 94. La réponse de Dhul-Qarnayn, donc du Messie lors de la Seconde Venue qui se situe à cet instant charnière de l’humanité est donc d’utiliser des blocs de ḥadīd.
Les trois voies
Qu 18. 85 / 89 / 92 Puis il suivit une voie.
Remarquons que le concept de voie à suivre était ce qui décrivait le christianisme primitif.
Ac 24.14 Je t’avoue bien que je sers le Dieu de mes pères selon la voie qu’ils appellent une secte, croyant tout ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes,
L’emploi absolu de « la Voie » (Hodos) apparaît surtout en Actes. Le thème survit sous d’autres formes : Jn 14,6, He 10,20 (« voie nouvelle et vivante »), 2 P 2,2 (« la voie de la vérité »), puis la Didachè (les « deux voies »). Il n’est pas propre aux chrétiens : à Qumrân, la Règle de la Communauté (1QS 8-9) désigne le groupe comme « la Voie » en citant Is 40,3.
Mt 3.3 Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu’il dit :
Es 40.3 C’est ici la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers.
Dans Esaïe, paix sur lui, le mot pour voie est derek. D’où le jeu de mot messianique succulent de Bo Derrick, Bo Derek (Va dans la Voie)
https://www.stephanpain.com/2025/04/12/bobo-bo/
https://www.stephanpain.com/2014/10/01/bo-derrick/
Les gourmands pourront toujours remplacer chemin par voie pour provoquer un jeu de sonorité avec la voix.
En étudiant Esaïe 22 nous avions vu le principe d’enroulement. https://www.stephanpain.com/2025/02/02/bonnet-000/ Le groupe des injustes grossit à chaque étape décisive de confrontation dans la Révélation. Nous retrouvons ce principe ici avec le mot sababa qui décrit un mouvement de rotation (dans le lexique hébreu, notamment le Psaume 22; https://www.stephanpain.com/2024/10/18/ayn/ ). Mais en ce qui concerne le récit de Dhul Qarnayn, cette rotation n’indique pas une distinction temporelle, mais plutôt une distinction dans le rapport au monde.
- 86 Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse, et, auprès d‘elle il trouva une peuplade. Nous dîmes: « Ô Dhul-Qarnayn ! Ou tu les châties, ou tu uses de bienveillance à leur égard. »
87 Il dit: « Quant à celui qui est injuste, nous le châtierons; ensuite il sera ramené vers son Seigneur qui le punira d’un châtiment terrible. 88 Et quant à celui qui croit et fait bonne œuvre, il aura, en retour, la plus belle récompense. Et nous lui donnerons des ordres faciles à exécuter. »- 90 Et quand il eut atteint le Levant, il trouva que le soleil se levait sur une peuplade à laquelle Nous n’avions pas donné de voile pour s‘en protéger. 91 Il en fut ainsi et Nous embrassons de Notre Science ce qu’il détenait.
- 93 Et quand il eut atteint un endroit situé entre les Deux Barrières (montagnes), il trouva derrière elles une peuplade qui ne comprenait presque aucun langage.
Voici ce que je propose pour l’attribution des trois groupes. Cette attribution ne peut être établie qu’après une compréhension globale de la métaphore, tant ce passage est difficile d’accès. Vous n’en comprendrez réellement la portée qu’à la fin de l’article.
- Le groupe 1 décrirait des porteurs hétérogènes de la Révélation.
- Le groupe 2 évoquerait un lien avec les Écritures dans un environnement de grande lumière — c’est le point le plus délicat de cette lecture.
- Le groupe 3 désignerait tous ceux qui se trouvent à l’extérieur du Livre parce qu’ils n’en ont pas hérité.
Remarque: Je laisse ces définitions ainsi afin de montrer l’évolution dans la compréhension. Rendez-vous à la fin.
Tentons une première voie
Qu 57.25 Nous avons effectivement envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les gens établissent la justice. Et Nous avons fait descendre le fer, dans lequel il y a une force redoutable, aussi bien que des utilités pour les gens, et pour qu’Allah reconnaisse qui, dans l’Invisible, défendra Sa cause et celle de Ses Messagers. Certes, Allah est Fort et Puissant.
Nous avons donc, dans ce verset, à la fois la définition des 1000 bornes divines posées par le Livre comme corpus juridique, et ce qui le complémente, le fer, comme métaphore de la force intérieure (à laquelle sont assimilés ses porteurs en 18.96) qui ne se donne à voir qu’au travers de la pugnacité dans les actions (ce qui ne les rend pas infaillibles). Une traduction du sens serait:
57.25 (…) Et Nous avons fait descendre le fer, (dont) la force redoutable (est porteuse) de bienfaits pour les gens, et pour qu’Allah reconnaisse qui, alors (que ce fer demeure) invisible aux yeux, défendra Sa cause et celle de Ses Messagers.
Cette force intérieure est d’origine divine et ne peut être que bénéfique. Cela montre que la Révélation englobe aussi la pensée agnostique en son sein. Le « et » du texte arabe indique une association de deux aspects et non une énumération. La traduction littérale est impossible ici de par la structure de la langue. Cette force se mue en feu par le souffle collectif. On pourrait qualifier cette action d’Eucharistie dont les officiants sont le collectif. Nous voyons bien le lien avec le concept des Transnoces. Une Eucharistie hors les murs.
Poursuivons la sourate al Kahf.
94 Ils dirent: « Ô Dhul-Qarnayn, les Yaʾjuj (Gog) et les Maʾjuj (Magog) commettent du désordre sur terre. Est-ce que nous pourrons t’accorder un tribut pour construire une barrière entre eux et nous?»
Gog et Magog sont deux visions spirituelles extrémistes qui se font face. Ces visions se portent sur le futur, sur notre futur à tous. Il ne s’agit pas uniquement de technologie: l’imposition d’une théocratie à l’échelle mondiale est un projet tout autant destructeur que le transhumanisme de l’homme divinisé. Étrangement, à un certain point, ces deux visions apparemment irréconciliables peuvent trouver un terrain d’entente. Tous les scénarios sont possibles. Aussi la plupart des gens, inquiets pour l’avenir, n’envisagent pas de laisser le monde entre les mains de ces minorités. Le Messie, celui des deux époques, est donc missionné pour établir un plan de bataille.
95 Il dit: « Ce que Mon Seigneur m’a conféré vaut mieux (que vos dons). Aidez-moi donc avec votre force et je construirai un remblai entre vous et eux.
Le Messie est clair: pas de magie ici, chacun va participer à son niveau.
96 Apportez-moi des blocs de fer (zubara l-ḥadīdi). »
Le mot traduit par bloc peut se traduire autrement. Mais l’avantage du mot bloc est qu’il évoque, paradoxalement, les blacks blocs. En raisonnant en miroir, face à des gens qui puisent leur force dans la sédimentation autour de l’action politique basée sur la violence et la destruction, nous pouvons proposer des blocs d’humains, des groupes constitués autour de spécialités. L’exemple qui m’est venu en tête, en dépassant le cadre religieux, serait celui des paysans qui combattent les mesures absurdes des technocrates européens. Les paysans forment un groupe soudé et cohérent (avec ses limites) dont la lutte dépasse leurs propres intérêts. Ce que nous comprenons de cet ordre donné, est que Dhul Qarnayn évoque donc des groupes existants au préalable parmi les gens. Il les place sur le devant de la scène.
Puis, lorsqu’il en eut comblé l’espace entre les deux montagnes,
Il s’agit de s’adresser à tout le monde. L’opposition concerne tous les aspects du vivant.
il dit: « Soufflez ! »
Cette injonction au souffle, nous renvoie au souffle du Messie sur la glaise pour qu’elle se transforme en oiseau. Le souffle n’est donc pas réservé à Dieu. Ici, il s’agit bien d’une injonction collective. Les gens sont invités à insuffler de la vie dans les blocs qui les représentent sur le terrain du combat contre le nihilisme.
Puis, lorsqu’il l’eut rendu une fournaise,
Le feu intérieur gagne les blocs. Ils se renforcent.
il dit: « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus.»
Il me semble que la métaphore du cuivre fondu décrit des gens qui n’appartiennent pas à des blocs constitués, mais qui ont cette faculté de relier les blocs entre eux. Cela décrit des gens qui sont capables d’établir une véritable convergence des luttes sans imposer leur idéologie comme condition à cette participation et à ce don d’eux-mêmes.
97 Ainsi, ils ne purent guère l’escalader ni l’ébrécher non plus.
98 Il dit: « C’est une miséricorde de la part de mon Seigneur.
Le résultat est garanti. Dieu a posé son décret. Les décrets divins sont immuables.
Mais, lorsque la promesse de mon Seigneur viendra, Il le nivellera. Et la promesse de mon Seigneur est vérité. »
99 Nous les laisserons, ce jour-là, déferler comme les flots les uns sur les autres, et on soufflera dans la Trompe et Nous les rassemblerons tous.
La conclusion de ce passage indique que ce paradigme est bien le dernier avant la fin effective du monde. Aucune échéance n’est donnée.
Quelques versets plus loin la sourate al Kahf se conclue ainsi:
109 Dis: « Si la mer était une encre [pour écrire] les paroles de mon Seigneur, certes la mer s’épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand même Nous lui apporterions son équivalent comme renfort. »
110 Dis: « Je suis en fait un être humain comme vous. Il m’a été révélé que votre Dieu est un Dieu unique !
Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu’il fasse de bonnes actions
et qu’il n’associe dans son adoration aucun autre à son Seigneur. »
Explorons une nouvelle voie
Ce que nous pouvons dire à ce stade de l’étude est que ce ḥadīd pourrait être les nouveaux enseignements qu’il fait jaillir des Écritures anciennes. Là où cela devient particulièrement intéressant, c’est que une fois posé le principe de revenir au sens initial, nous nous trouvons face aux Hudud, qui sont les limites imposées par Dieu de manière claire.
4.13 Tels sont les ordres/limites ḥudūdu d’Allah. Et quiconque obéit à Allah et à Son messager, Il le fera entrer dans les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Et voilà la grande réussite.
Lorsque l’on explore les traductions possibles, ḥudūd peut signifier les « bornes ». Pour emprunter le chemin d’Allah, il faut longer les bornes. Mille serait pris dans son sens figuré d’une grande quantité. Nous pouvons alors explorer une nouvelle voie dans la métaphore de la barrière. Appuyé par le mot zubara qui partage la même racine que zabur, qui désigne des écrits de la Révélation (le Zabur est révélé à David, psl : Psaumes). Ainsi zubara al Hadid désignerait les différents corpus législatifs de la Révélation. La menace qui pèse sur les gens serait réduite à sa dimension spirituelle. Les gens seraient les croyants dans leur ensemble.
Cette fois, pour établir ce qui se trouve derrière les blocs de fer, nous allons nous pencher sur un verset qui me fait de l’oeil depuis des années. Dans ma lecture coranique, il est un arrêt obligatoire, et pas seulement parce qu’il est en haut d’une page:
Qu 17.50 Dis: « Soyez pierre ou fer.
Ce verset s’inscrit dans une séquence. Des injustes questionnent Dieu sur la faisabilité de la résurrection.
49 Et ils disent: « Quand nous serons ossements et poussière, serons-nous ressuscités en une nouvelle création ? »
Leur incrédulité porte sur la composition de leur corps dans un temps fort lointain. Au lieu de répondre simplement, Dieu introduit de nouveaux matériaux. Ce qui nous aide à comprendre ici, c’est le travail antérieur accompli sur ces questions car la pierre est une métaphore récurrente de la matière dont sont fait les croyants.
Introduction sur les Teraphim
https://www.stephanpain.com/2025/03/29/teraphim/
L’homme dans l’ombre de Dieu. Dieu comme potier.
https://www.stephanpain.com/2025/04/23/hatselelponi/
Et enfin le processus complet:
argile ⇒ poterie en argile ⇒ Adam ⇒ Pierre d’argile cuit ⇒ Bijou
https://www.stephanpain.com/2025/10/30/la-couronne-des-bijoux/
(d’autres articles sont en lien, le sujet est tentaculaire)
Mais le verset suivant vient le compléter. Le texte arabe dit: aw khalqan mimmā yakburu fī ṣudūrikum ; traduit par: ou toute autre créature que vous puissiez concevoir. plus littéralement par: « ou une création parmi ce qui est grand dans vos poitrines ». Je serais tenté de proposer que ce qui est décrit ici est l’état métaphorique de bijou, qui concerne surtout le coeur dans la poitrine au figuré.
Cette fois, l’idée est que le fer serait un état métaphorique de l’homme, mais pas dans une version strictement individuelle. Comme nous venons de décrire le processus complet qui aboutit au saphir, nous devons nous orienter vers autre chose. Le fer serait alors le croyant fidèle à sa communauté et à sa tradition héritée. Les blocs de fer seraient alors des communautés constituées autour d’une tradition scripturaire.
L’injonction à souffler:
il dit: « Soufflez ! »
évoquerait alors l’inscription dans une dynamique collective d’insuffler dans les Ecritures afin de les faire parvenir à un stade supérieur, imagé par l’incandescence. La métaphore du cuivre/métal mou évoque les gens appartenant aux traditions spirituelles asiatiques débarrassées de leur structure légiférant dans la transcendance et la création, donc rendant un matériau malléable complémentaire aux lois immuables de la Révélation qui s’avèrent être l’hypothèse la plus probable. Auquel pourront se greffer des éléments également non structurant de la philosophie antique ou moderne, voire même de ce que l’on nomme le développement personnel.
Ainsi protégés, les croyants de tous horizons groupés selon leur croyances seront à même de faire face au monde à venir dans sa dimension spirituelle en établissant des consensus inter-communautés.
Nous retrouvons ainsi les bases de mise en application des deux aspects complémentaires de la grâce transâme.
Explorons une autre voie
Nous avons épuisé toutes les occurrences du mot Hadid, sauf une:
Qu 22.19 Voici deux clans adverses qui disputaient au sujet de leur Seigneur. A ceux qui ne croient pas, on taillera des vêtements de feu, tandis que sur leurs têtes on versera de l’eau bouillante. 20 qui fera fondre ce qui est dans leurs ventres de même que leurs peaux.
22.21 Et il y aura pour eux des maillets de fer.
Le mot maqāmiʿu traduit par maillets est un hapax coranique. La racine est donc: QM3. Transcrit en hébreu, nous avons la racine QM3: קָמַע. Le sens arabe en dérive, donc pour remonter au sens scripturaire, il faut revenir vers son origine. Elle est absente de la Bible. Il nous faut aller dans la tradition rabbinique pour lui donner le sens de lier (généralement les téfilines; source: https://benyehuda.org/dict/24412/55116). Si certains pourraient émettre des réserves quant à ce sens, la suite de l’article sera suffisamment convaincante.
Une traduction approximative serait: des lieurs du délié. L’important est de rendre le concept correctement. Le verset décrit ce qui se passe dans l’au-delà. Malgré le contexte, ce n’est pas exactement un chatiment qui est décrit ici, mais plutôt la rectification des péchés. Le contexte indique une divergence dans la Parole, ce qui signifie que certains ont corrompu les écritures. Mais il ne faut surtout pas raisonner en terme de groupes constitués. C’est tout le rapport aux écritures et à la responsabilité qui sont engagés ici. C’est d’ailleurs le fil conducteur des trois articles dans lesquels nous sommes. Il est dit que durant le chatiment, ce qui a été délié va être relié. Nous comprenons que le lien est celui qui est établi entre les bornes divines et les bornes terrestres. Si ce lien est maintenu, les ordonnances sont intactes et la volonté de Dieu est respectée et s’incarne dans le monde par ceux qui la maintiennent. A l’inverse, les corrupteurs rompent ce lien et instaurent des règles qui s’écartent, voire s’opposent à la volonté divine.
Le concept du Royaume dual exposé ici était donc correct, mais le vocabulaire employé était inversé parce que encore attaché à l’interprétation usuelle.
Lier est la fidélité à la Parole venue du Ciel <=//=> Délier est l’infidélité
Remarquons que sababa, le mot charnière de la parabole coranique, porte ce concept de lien entre Ciel et terre. Le Chemin est un lien entre deux endroits, deux bornes. Sababa appliqué à la sourate exprimerait l’idée de franchir les bornes.
Pour cette troisième interprétation de la parabole, nous allons donc considérer les blocs de fer autrement. Le fer exprime ce qui est délié. Cette fois, le groupe des gens qui émet la demande est contenu dans les groupes constitués, mais dont l’appartenance réelle dépasse/transcende le cadre de leur communauté. C’est ceux que nous avons désigné par le terme « oiseaux » dans de nombreux articles. Ce sont les croyants qui appartiennent au ciel en distinction de ceux qui appartiennent à la terre. Pour les oiseaux, les différents corpus ne sont que des parties déliées d’un grand tout auquel ils adhérent. La barrière, la borne finale, n’émane que d’une volonté de reconstituer un ensemble cohérent.
Avant de poursuivre, revenons un instant sur la définition des trois groupes plus haut dans l’article. Je précisais que la mention du soleil et d’un abri/coiffe me posait réellement problème. L’attribution s’est fait par élimination. Mais je viens de relire l’article ‘Achreinu.
https://www.stephanpain.com/2026/02/27/acheir/
Le Psaume 84, toujours lui, y est cité. Un de ses versets vient apporter la réponse au mystère.
https://www.stephanpain.com/2025/04/12/bobo-bo/
Ps 84.11 Comme le soleil et un bouclier,
Yah Elohim donnera la grâce (illuminante) et la gloire .
Il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité.
La grâce (celle qui illumine le coeur) et la gloire conférées sont semblables au soleil (par l’intensité de leur clarté). Le bouclier consiste en les biens (le rizq) attribués pour faire face aux aléas de la vie. Pour parvenir à comprendre le verset 18.90, il faut connaître le Psaume 84 et avoir préalablement travaillé son sens. Le verset se traduit correctement ainsi:
90. Et quand il eut atteint le Levant, il trouva que le soleil se levait sur une peuplade à laquelle Nous n’avions pas donné en plus de lui (le soleil) de bouclier.
Remarque: min duniha signifie « (depuis) en plus qu’elle », car soleil est féminin en arabe.
Il s’agit d’un groupe de gens qui ont déjà reçu la grâce (illuminante telle un soleil), mais qui n’ont pas encore reçu les biens (figurés par le bouclier). Par déduction, cela signifie qu’ils ne marchent pas dans l’intégrité. Il ne s’agit pas d’un jugement moral. Le mot traduit par intégrité est tamim dont le champ lexical évoque la plénitude, la complétude, l’absence de défaut. Dans la mesure où les corpus scripturaires de toutes les communautés sont altérés, cette absence de défaut est inaccomplie.
Correction:
Après réflexion, j’ai enfin compris que les groupes étaient dans le bon ordre. L’ensemble des gens qui ont reçu la grâce de la lumière des écritures mais pas les biens décrit les groupes communautaires structurés autour de leur tradition respective. Il s’agit du deuxième groupe décrit.
86 Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse, et, auprès d‘elle il trouva une peuplade. Nous dîmes: « Ô Dhul-Qarnayn ! Ou tu les châties, ou tu uses de bienveillance à leur égard. »
87 Il dit: « Quant à celui qui est injuste, nous le châtierons; ensuite il sera ramené vers son Seigneur qui le punira d’un châtiment terrible. 88 Et quant à celui qui croit et fait bonne œuvre, il aura, en retour, la plus belle récompense. Et nous lui donnerons des ordres faciles à exécuter. »
Le premier, celui que la traduction décrit comme proche d’une source boueuse est en réalité le groupe de ceux qui dépassent les clivages (les oiseaux qui reviennent vers Abraham, paix sur lui, comme métaphore du retour à l’unité des croyants au Jour). Ce qui m’avait induit en erreur est que je partais du principe que tous les oiseaux étaient sauvés. Correctement traduit, la source ḥamiʾa (حَمِئَة) révèle sa nature identique à celle (ḥamaʾ) d’Adam, paix sur lui. Incorrectement traduit, la source est la boue du mensonge.
Ps 84.2 Elle se languit, puis s’accomplit, mon âme, dans les Parvis de Yah, mon coeur et ma chair crient vers le Dieu vivant;
3 Comme l’oiseau, elle trouve une maison et un nid libre pour elle-même afin de déposer ses rejetons: à Tes autels Yah Tsebaot, mon Roi et mon Dieu.
Or, le texte dit autre chose. Tentons une explication. Le travail de Dhul Qarnayn pour réaliser une cohésion entre les parties déliées du Livre témoigne de la faillite des oiseaux à avoir réellement oeuvrer à cette tâche. Aussi, le Créateur lui propose de lui confèrer un statut de juge sur eux. Mais, ce n’est qu’un test, car, d’une part conscient de ses propres failles, et d’autre part que sa pugnacité à ce travail est une grâce conférée, Dhul Qarnayn ne peut que refuser cette immense responsabilité. Le résultat de son travail est en soi un jugement. Quant à ceux qui seraient punis parmi les oiseaux, d’après ce que je comprends, c’est que l’on peut très bien oeuvrer à l’unification des croyants sur la base des écritures, mais se placer sous une autorité autre que le Créateur, par exemple celle de l’humanisme (au nom de la laïcité républicaine pour donner un exemple précis).
Par déduction, nous comprenons que les oiseaux ont tout de même reçu la grâce et la gloire, avec la responsabilité attachée à chacune.
il dit: « Soufflez ! »
L’injonction prend ici une autre dimension. Les oiseaux entrent en résonance avec le Créateur au travers des Ecritures. Les oiseaux transcendent la dimension spirituelle du monde pour demeurer le noyau inaltéré de l’humanité.
Mais pourquoi au-delà du Fer? Parce qu’il ne faut pas que prédire.
Paix sur les âmes investies de l’Esprit
Notes
Sefaria, Jastrow, קָמַע
https://www.sefaria.org/Jastrow%2C_%D7%A7%D6%B8%D7%9E%D6%B7%D7%A2.1?lang=bi
https://benyehuda.org/dict/24412/55116
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- Exemple 1 : « Il arriva qu’une femme épousa un Haver [un érudit observant] et elle attachait (qouma’at / קומעת) les tefilines [phylactères] sur ses mains ; puis elle épousa un collecteur d’impôts et attacha sur ses mains des nœuds [profanes]. » (Shimon ben Eleazar au nom de Rabbi Meïr, Tosefta Demai 2, 17).
- Exemple 2 : « À partir de quand les récipients et objets en cuir deviennent-ils susceptibles de recevoir l’impureté rituelle ? La sandale, dès qu’elle est attachée (mi-she-yiqma’ / משיקמע), et le soulier, dès qu’il est ajusté sur la forme [l’embauchoir]. » (Tosefta Kelim Bava Metzia 6, 1).
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- Exemple 1 : « Parce qu’elle n’est pas attachée (niqma’at / נקמעת) par les tefilines. » (Ha-Makhria).
- Exemple 2 : « Et le poète a dit : Un gémissement se fait entendre au moment où il est attaché… » (Sahalel Gaon, HUCA III, 299).
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- [1] Ainsi également dans le Talmud de Babylone (Bekhorot 30b). Cependant, dans Avodah Zarah 39a, le texte utilise le verbe classique Qosheret (קושרת – elle attache)..
- (Note textuelle sur les variantes liturgiques du rituel d’Alep / Aram Tzouba concernant l’usage poétique de ce mot et sa proximité avec le mot « Amulette » / Miqma’).